February 14, 2018 / 1:49 PM / 7 months ago

Des réfugiés sur la voie de l'intégration par le travail

SAINT-OUEN, Seine-Saint-Denis (Reuters) - “Ce n’est pas facile le français, mais j’essaie. Et je suis bien entouré”, dit Abdelwood Osman Ahmed, casque sur la tête, au moment de commencer son travail sur l’immense chantier de l’allongement de la ligne 14 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud (photo), reste vague quant au nombre de réfugiés qui pourraient bénéficier des programmes de l'integration par le travail à l'avenir. Elle précise seulement qu"'il y aura dans toutes les formations qu'on va mettre en place dans le plan de développement des compétences de plus en plus de réfugiés". /Photo prise le 15 novembre 2017/REUTERS/Gonzalo Fuentes

Il fait partie des quelques centaines de réfugiés qui participent au programme HOPE (Hébergement orientation parcours vers l’emploi), un partenariat entre l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes), les branches professionnelles, Pôle Emploi, l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) et le gouvernement.

Ce Soudanais, chanteur de rues persécuté dans son pays parce qu’il était “communiste”, a bénéficié d’une formation de 400 heures de français et prépare maintenant son titre de coffreur bancheur, une spécialité pour la construction en béton armé, grâce à un contrat de professionnalisation de six mois.

“J’étais volontaire. Je voulais reprendre une formation. Maintenant j’ai deux métiers”, explique-t-il en plein débat dans la classe politique sur l’accueil des réfugiés.

Abdelwood Osman Ahmed est arrivé en France en 2014 sans aucun papier après avoir traversé la Méditerranée en zodiac et avoir passé un an et demi dans un camp de réfugiés en Grèce.

Il a obtenu l’asile, puis a multiplié les “petits jobs” en intérim, principalement dans la construction. Mais il voulait quelque chose de “plus stable”, dit-il.

Dans le cadre de ce programme, il alterne tous les 15 jours entre son centre de formation de Bernes-sur-Oise (Val-d’Oise) et le chantier de Saint-Ouen. Il est hébergé par l’Afpa et jouit d’un accompagnement global pour son intégration (administratif, social, professionnel, médical, citoyen).

POUR DES MÉTIERS EN TENSION

“C’est un très bon programme, HOPE, et c’est vraiment le genre de dispositif qu’on veut encourager”, déclare Aurélien Taché député La République en marche du Val-d’Oise, en visite sur le chantier de la ligne 14. Il doit remettre cette semaine au gouvernement un rapport sur l’intégration des réfugiés.

Il souligne le caractère “complet” du projet qui permet “aux gens d’être rapidement autonomes”.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, voit elle aussi tout l’avantage d’un tel dispositif, à l’orée des Jeux Olympiques 2024, alors que la main-d’oeuvre se fait déjà rare sur les chantiers du Grand Paris Express.

“On a actuellement beaucoup de métiers en tension en France”, a-t-elle dit, estimant que c’est une occasion pour “les jeunes, les demandeurs d’emploi et les réfugiés”.

Reste la question du coût. Le programme HOPE doit bénéficier à terme à 1.000 réfugiés sur l’ensemble du territoire. Une cohorte de 200 personnes a déjà fait office de test. “C’est un vrai partenariat public-privé”, se félicite Pascale Gérard, directrice insertion professionnelle de l’Afpa.

Le dispositif est payé à 25% par les fonds publics -ministères de l’Intérieur, de la Cohésion des territoires, du Travail et Pôle Emploi. Ces derniers se partagent les frais d’hébergement, de restauration et d’accompagnement.

Les OPCA et le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) assument les frais de formation. Les entreprises, la rémunération des stagiaires - 80 à 100% du smic - comme tout contrat de professionnalisation.

Au total, le programme coûte 20.000 euros par réfugié, hors rémunération, selon l’Afpa.

“Si les entreprises investissent à ce point, c’est parce que cela répond à leurs besoins de main-d’oeuvre. Donc le taux de recrutement est important par la suite”, dit Pascale Gérard.

85% DE RÉUSSITE AUX EXAMENS

Sur la cohorte de 200 personnes qui ont terminé le programme, le taux d’intégration dans l’emploi était de 60% et le taux de réussite aux examens de 85%. Presqu’aucun abandon n’a été enregistré - mis à part quelques cas d’arrêt pour maladie.

“Ce sont des gens qui ont une énergie folle et qui donnent tout”, ajoute Pascale Gérard. Mais elle admet que “si ce projet fonctionne autant, c’est grâce à l’accompagnement”. Une personne par groupe de 12 à 15 réfugiés est dédiée à leur suivi pour les aider dans leurs démarches administratives.

Muriel Pénicaud reste vague quant au nombre de réfugiés qui pourraient bénéficier de ce genre de programmes à l’avenir. Elle précise seulement qu”‘il y aura dans toutes les formations qu’on va mettre en place dans le plan de développement des compétences de plus en plus de réfugiés”.

Le gouvernement a entrepris une réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’assurance chômage pour ramener le taux de chômage actuel de quelque 9% de la population active à 7% d’ici la fin du quinquennat.

Les demandes d’asile ont augmenté de 17% l’an dernier en France, à 100.000 demandes, selon l’office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Au total, près de 43.000 personnes ont obtenu le statut de réfugié.

Edité par Yves Clarisse

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