13 septembre 2017 / 11:56 / il y a 2 mois

Juncker exhorte les Vingt-Sept à profiter de l'embellie pour relancer l'UE

STRASBOURG (Reuters) - Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exhorté mercredi les dirigeants des Vingt-Sept à profiter des vents favorables dont bénéficie pour le moment l‘UE pour approfondir l‘intégration sans laisser des pays de côté.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exhorté mercredi les dirigeants des Vingt-Sept à profiter des vents favorables dont bénéficie pour le moment l'UE pour approfondir l'intégration sans laisser des pays de côté. /Photo prise le 13 septembre 2017/REUTERS/Christian Hartmann

Porté par l’amélioration des indicateurs économiques et la nécessité de valoriser son bilan aux trois cinquièmes de son mandat, celui qui évoquait en 2014 une “Commission de la dernière chance” et s’inquiétait l’an dernier de la “crise existentielle” de l’Europe, s’est montré cette fois optimiste.

“Il faut parachever la maison européenne maintenant qu’il fait beau et tant qu’il fait beau”, a-t-il lancé en conclusion de son discours sur l’état de l’Union prononcé à Strasbourg, devant le Parlement européen.

Il a proposé qu’un sommet spécial se tienne en Roumanie en mars 2019, à la veille des prochaines élections européennes, pour “prendre les décisions nécessaires à la construction d’une Europe plus unie, plus forte et plus démocratique”.

Jean-Claude Juncker est revenu sur les cinq scénarios esquissés par le livre blanc sur l’avenir de l’Europe, publié en mars 2017 à l’occasion du 60e anniversaire du traité de Rome, pour en privilégier un sixième qui ressemble fort au “faire beaucoup plus ensemble” du cinquième.

L’ancien Premier ministre luxembourgeois, fédéraliste convaincu, a prôné un renforcement politique de l’Union européenne via une extension du vote à la majorité qualifiée dans des domaines comme la politique étrangère ou la fiscalité.

Il a plaidé pour “plus de démocratie et d’efficacité” en proposant de fusionner les présidences de l’Union européenne, actuellement occupée par le Polonais Donald Tusk, et celle de la Commission européenne, qu’il assume.

Il a par ailleurs rejeté la perspective d’une Europe à plusieurs vitesses, esquissée par le troisième scénario, “ceux qui veulent font plus”, et perçue, après le départ programmé du Royaume-Uni en 2019 en raison du “Brexit”, comme une réponse aux Etats, notamment à l’est de l’Europe, qui affichent leurs divergences avec les politiques européennes.

“L’Europe doit respirer avec ses deux poumons, avec celui de l’Est et avec celui de l’Ouest, sinon, notre continent s’essouffle”, a-t-il dit avant d’inviter les Etats membres à plus de solidarité, qu’il s’agisse de la question du développement économique ou des travailleurs détachés.

Ancien président de la zone euro, Jean-Claude Juncker a également dit son opposition à un renforcement de ses institutions, via un budget ou un parlement propre défendus notamment par la France, prônant plutôt une intégration de tous les Etats membres à l’intérieur du club.

“Les Etats membres qui veulent intégrer la zone euro doivent avoir la capacité de le faire”, a-t-il dit en proposant la création d‘un “instrument d‘adhésion à l‘euro, offrant une assistance de pré-adhésion technique et parfois financière”.

Voici les principaux points de son discours :

INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS

Jean-Claude Juncker propose un “cadre de l’UE sur l’examen des investissements”, par des entreprises publiques étrangères, dans des domaines stratégiques tels que ports européens, infrastructures énergétiques ou entreprises du domaine de la Défense. “Il est de notre responsabilité politique de savoir ce qui se passe chez nous afin d’être en mesure, si besoin, de protéger notre sécurité collective”, dit-il.

ZONE EURO

Tous les Etats membres doivent avoir une perspective d’entrée dans la zone euro. Jean-Claude Juncker propose à cette fin un “instrument d’adhésion offrant aide technique et financière”.

Il s’oppose en revanche à la création d’un budget et d’un parlement de la zone euro tout en reprenant l’idée française d’un ministre des finances de la zone euro qui serait également le commissaire européen aux Affaires économiques et veut une “ligne budgétaire de l’Eurozone” au sein du budget de l’UE.

Jean-Claude Juncker est favorable à une transformation du Mécanisme européen de stabilité en un Fonds monétaire européen, une idée soutenue par la France et l’Allemagne.

POLITIQUE COMMERCIALE

Après l’accord de libre-échange avec le Canada, ceux, en cours de discussion avec le Japon d’une part, le Mexique et l’Amérique latine d’autre part, la Commission propose d’ouvrir des négociations avec l’Australie et la Nouvelle Zélande. Jean-Claude Juncker souhaite finaliser tous ces accords avant la fin de son mandat et promet “la plus grande transparence” en publiant “l’intégralité des projets de mandats de négociation” que la Commission présentera au Conseil.

POLITIQUE INDUSTRIELLE

Jean-Claude Juncker annonce “une nouvelle stratégie industrielle pour l‘Europe qui permettra à notre industrie de rester ou de devenir le numéro un mondial en matière d‘innovation, de numérisation et de décarbonisation”, présentée ce mercredi, et “une proposition de réduction des émissions de carbone dans le secteur des transports” qui viendra “sous peu”.

SÉCURITÉ

La Commission propose une agence européenne de cybersécurité pour lutter contre les cyberattaques. Contre le terrorisme, Jean-Claude Juncker “plaide pour la création d‘une cellule européenne de renseignement chargée de veiller à ce que les données relatives aux terroristes et aux combattants étrangers soient automatiquement échangées entre les services de renseignement et la police”. Il propose de charger “le nouveau parquet européen de poursuivre les auteurs d‘infractions terroristes transfrontalières”.

IMMIGRATION

Jean-Claude Juncker se félicite de la mise en place d’un corps de gardes-frontières et de gardes-côtes européen fort de 1.700 officiers et du fait que les arrivées de migrants irréguliers ont baissé de 97% dans les Balkans grâce à l’accord passé avec la Turquie. En Méditerranée centrale, ces arrivées auraient baissé de 81%. Le président de la Commission veut néanmoins mettre fin aux conditions de vie “inhumaines” des réfugiés en Libye et invite les Etats membres à plus de solidarité avec l’Afrique via le fonds fiduciaire de développement mis en place par l’Union européenne.

DROIT SOCIAL

“Dans une Europe où tous sont égaux, il ne peut y avoir de travailleurs de seconde classe”, dit Jean-Claude Juncker à propos du projet de révision de la directive sur les travailleurs détachés, pomme de discorde entre les pays de l’Est et de l’Ouest. Il propose la création d’une “Autorité commune du travail pour veiller au respect de l’équité dans notre marché unique”.

COUR DE JUSTICE

“L’Etat de droit n’est pas une option dans l’Union européenne. C’est une obligation. Notre union n’est pas un Etat, elle est une communauté de droit”, dit Jean-Claude Juncker s’adressant implicitement à la Pologne qui menace de ne pas appliquer un jugement de la Cour de Luxembourg relative à l’accueil de réfugiés sur son sol.

RENFORCEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE ET DE SES INSTITUTIONS

Jean-Claude Juncker plaide pour que tous les Etats membres soient invités et aidés à rejoindre la zone euro, l’union bancaire et l’espace Schengen de libre circulation des personnes. “L’euro a vocation à devenir la monnaie unique de toute l’Union européenne”, a-t-il dit.

Le Conseil devrait prendre ses décisions à la majorité qualifiée (ce qui implique un droit de veto du Parlement) concernant “l’assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés, la TVA, une fiscalité juste pour l’industrie numérique et la taxe sur les transactions financières”, a dit Jean-Claude Juncker. Cette règle pourrait également valoir, selon lui, pour certaines décisions de politique étrangère.

La présidence du Conseil européen et de la Commission européenne devraient fusionner “pour plus de démocratie et d’efficacité”. “Le paysage européen serait plus lisible et plus compréhensible si le navire européen était piloté par un seul capitaine”, a ajouté Juncker.

TURQUIE

Elle “s’éloigne à pas de géants de l’Union européenne”, du point de vue du respect de l’état de droit et de la démocratie, ce qui exclut “une adhésion dans un avenir proche”.

Edité par Yves Clarisse

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