October 26, 2016 / 7:12 AM / 2 years ago

L'évacuation de la "jungle" de Calais touche à sa fin

CALAIS, Pas-de-Calais (Reuters) - L’évacuation de la “jungle” de Calais, devenue un symbole de la crise migratoire, était quasiment achevée mercredi soir, après trois jours d’une opération de grande envergure qui s’est déroulée sans incident majeur.

Débris carbonisés de la "jungle" de Calais. L'évacuation du site, devenue un symbole de la crise migratoire, était quasiment achevée mercredi soir, après trois jours d'une opération de grande envergure qui s'est déroulée sans incident majeur. /Photo prise le 26 octobre 2016/REUTERS/Pascal Rossignol

“C’est aujourd’hui la fin de la jungle”, a dit la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, sur le site qui abritait des milliers de migrants depuis une décennie dans des conditions très précaires.

“Il n’y a plus de migrants au sein de la lande”, a-t-elle ajouté lors d’un point de presse.

Selon les chiffres donnés dans la soirée par les ministères de l’Intérieur et du Logement, 5.596 personnes ont été “mises à l’abri” en comptant les 1.348 évacuées au troisième jour des opérations.

Parmi elles, environ 4.400 adultes ont été dirigés vers des Centres d’accueil et d’orientation (CAO) disséminés dans tout le pays et les mineurs isolés ont été provisoirement placés dans un local en “dur” à Calais ou dans un CAO dédié aux plus jeunes.

Les deux ministères précisent que 234 mineurs ont par ailleurs été “orientés” vers la Grande-Bretagne depuis le 17 octobre.

“C’est une page qui se tourne et une page positive puisque ces gens sont accueillis en France et vont pouvoir commencer une nouvelle vie”, a déclaré Fabienne Buccio lors de son point de presse.

Quatre Afghans ont été interpellés et placés en garde à vue pour avoir participé à la mise à feu des abris de fortune vides, provoquant de nombreux incendies dans le camp et, à plusieurs reprises, des explosions de bouteilles de gaz, a-t-elle ajouté.

Des moyens mécaniques plus importants que les petits tractopelles utilisés depuis le début du démantèlement ont ensuite été mobilisés pour raser les abris restants.

“PAS DE HEURTS”

“Pour certains migrants, il s’agit d’une coutume de mettre le feu à leur habitation lorsqu’ils sont amenés à la quitter”, a dit un porte-parole de la préfecture.

La préfecture assure qu’elle avait anticipé ce phénomène et prépositionné des pompiers, qui ont mis du temps à intervenir.

En revanche, aucun heurt entre des militants “No Border” et les 1.250 policiers déployés sur place - un scénario que redoutaient les autorités - n’a été signalé depuis lundi.

Calais, “c’est un beau visage de la France. Voilà une opération humanitaire qui est menée en tenant compte d’hommes et de femmes qui fuient la guerre, qui demandent l’asile et qui est menée aussi avec fermeté”, s’est félicité dans la matinée le Premier ministre, Manuel Valls.

Les pouvoirs publics avaient planifié en amont l’évacuation du campement, qui nécessitait de trouver des places d’accueil dans les régions françaises et de régler la question des mineurs isolés désireux de gagner le Royaume-Uni.

DE SANGATTE A CALAIS

Même si rien ne garantit que des migrants ne resteront pas dans la région, l’opération qui a débuté lundi dernier représente un succès pour le gouvernement sur ce dossier qui empoisonne la vie politique française depuis 20 ans.

A partir du milieu des années 1990, la suppression des contrôles aux frontières entre les pays de l’espace Schengen a permis aux migrants qui arrivaient dans des pays du sud de l’Europe, essentiellement d’Afrique au départ, de se diriger vers les pays du nord de l’UE, plus prospères.

Ceux qui voulaient passer au Royaume-Uni, qui n’a jamais été membre de Schengen, pour rejoindre leurs puissantes communautés issues de l’immigration, ont alors commencé à se regrouper dans des camps de fortune près de Calais, avec son port et son tunnel sous la Manche propices aux passages clandestins.

Un hangar désaffecté d’Eurotunnel leur a été ouvert en 1999 sur la commune de Sangatte mais trois ans plus tard, en 2002, sous la pression de son homologue britannique David Blunkett, le ministre français de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, a décidé la fermeture définitive de ce lieu.

Les quelque 1.600 migrants qui s’y trouvaient se sont alors déplacés vers la “jungle” de Calais et en, en février 2003, Paris et Londres ont signé les accords du Touquet qui établissent que les contrôles aux frontières auront désormais lieu du côté français de la Manche.

Avec la crise migratoire, notamment due aux affrontements au Soudan et à la guerre en Syrie, le nombre de migrants a explosé et jusqu’à 10.000 d’entre eux se sont retrouvés dans la jungle.

Le durcissement des conditions d’accueil au Royaume-Uni en 2016 et le vote des Britanniques en faveur du “Brexit”, surtout motivé par la volonté de mieux contrôler l’immigration, ont progressivement changé la donne à Calais. Et des migrants de plus en plus nombreux ont commencé à demander l’asile en France.

Pierre Savary et Matthias Blamont, édité par Yves Clarisse et Simon Carraud

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