October 13, 2016 / 12:57 PM / 2 years ago

Le prix Nobel de littérature décerné à Bob Dylan

STOCKHOLM (Reuters) - Le prix Nobel de littérature 2016 a été attribué jeudi au chanteur Bob Dylan, figure légendaire de la culture populaire américaine et artiste dont l’oeuvre accomplit une synthèse des courants musicaux et des mouvements politiques qui ont façonné l’histoire des Etats-Unis depuis un demi-siècle.

Le chanteur américain Bob Dylan s'est vu décerner jeudi le prix Nobel de littérature 2016. /Photo d’archives/REUTERS/Mario Anzuoni

L’auteur compositeur, âgé de 75 ans, était cité depuis plusieurs années parmi les lauréats possibles de cette distinction mais jamais l’Académie suédoise n’avait poussé l’audace jusqu’à étonner les observateurs.

Jeudi, la vénérable institution a enfin osé et créé une surprise de taille en récompensant pour la première fois de son histoire un musicien qui est “probablement le plus grand poète vivant”, selon les mots de Per Wastberg, membre de l’académie.

Mieux encore, l’identité du récipiendaire n’a pas fait l’objet d’hésitations ou de tractations, la secrétaire permanente de l’académie, Sara Danius, indiquant que le comité avait fait preuve d’une “grande unité” dans son choix.

“Dylan est une icône. Il a une profonde influence sur la musique contemporaine”, affirme le communiqué de l’Académie Nobel.

En plus de 50 années d’une carrière entamée en 1962 par un premier disque portant tout simplement son nom, Bob Dylan a enregistré 37 albums studio et 11 albums en concert. Son oeuvre a donné lieu une trentaine de compilations, une moisson de “singles” ainsi que depuis 1991 à des séries de “bootlegs” réunissant des morceaux rares ou inédits.

Ayant traversé les époques sans céder plus que nécessaire aux modes ambiantes, Bob Dylan a conservé une popularité aussi forte que celle d’artistes de renommée mondiale comme Paul McCartney ou de groupes comme les Rolling Stones ou The Who.

PÉRIODE DE CONTESTATION

Son style fait d’un mélange du folk dépouillé, de blues lancinant et de rock électrique et rageur, sa voix nasillarde inimitable et ses textes ancrés dans la réalité quotidienne sont devenus les signatures d’un talent unique qui le place à l’égal de chanteurs comme Johnny Cash ou Hank Williams.

Né le 24 mai 1941 à Duluth dans le Minnesota, Robert Allen Zimmerman construit son succès grâce à une activité débordante tout au long des “sixties” où il enregistre une dizaine d’albums en l’espace de huit années.

La période est propice à la création littéraire et à l’effervescence musicale. La contestation contre l’engagement militaire au Vietnam se répand sur les campus américains, les revendications pour les droits des Noirs aboutissent à l’adoption du Civil Rights Act en 1964, une contre-culture émerge en faveur du féminisme et de la reconnaissance des homosexuels.

C’est dans ce contexte de bouleversements sociaux que Bob Dylan compose ses premiers tubes, “Blowin’ in the Wind” et “A Hard Rain’s a-Gonna Fall” sur l’album “The Freewheelin’ Bob Dylan” (1963) ou encore “The Times They Are a-Changin’” sur l’album éponyme (1964).

Ces titres deviennent les hymnes de la contestation et des appels en faveur de changements dans une société américaine marquée par le développement d’une classe moyenne péri-urbaine, conformiste voire conservatrice et satisfaite du confort matériel que lui procurent les progrès techniques.

Ces chansons s’imposent comme des cris de ralliement pour une jeunesse qui ne redoute rien tant que de ressembler à ses parents et qui aspire à une aventure individuelle pimentée par la libération sexuelle et la consommation de drogues.

UN MUSICIEN AVANT TOUT

Dylan, associé à la chanteuse Joan Baez, est propulsé au rang de figure de la contestation. Ensemble, ils participent à la célèbre marche sur Washington conduite par Martin Luther King le 28 août 1963.

Dans ses chansons, Dylan reprend souvent des événements tragiques du quotidien comme le meurtre du militant Medgar Evers à Jackson en juin 1963 (“Only A Pawn In Their Game”) ou l’arrestation du boxeur Hurricane Carter dans des conditions contestables en 1966 (“Hurricane”) sur son magnifique album Desire (1976).

Pourtant, ce statut d’icône d’une vague protestatrice, qui culminera avec les violences lors de la convention démocrate de Chicago et avec les “Jours de Rage” organisés par le mouvement des Weatherman en 1968, ne convient pas totalement à Dylan qui demeure avant tout à chanteur et un compositeur.

Des albums comme “Nashville Skyline”, un duo avec son ancien mentor Johnny Cash, ou des tubes comme “All Along The Watchtower” qui sera repris par Jimi Hendrix prouvent que sa préoccupation première demeure musicale.

La seconde moitié des seventies marque pour Dylan le début d’une période de transition difficile. Ses meilleures années sont derrière lui et s’éloignent inexorablement, comme lui-même prend ses distances avec ses anciens engagements.

La résurrection s’accomplit au début des années 90 avec des albums marqués par la maturité et un regain de confiance tels que “Oh Mercy” et “Under The Red Sky”. Dylan écrit moins mais il écrit à nouveau mieux, suivant un parcours assez similaire à celui d’une autre légende de sa génération, Lou Reed, décédé en 2013.

Si ses admirateurs s’accordent sur la qualité d’un nombre appréciable de ses disques, ses talents poétiques ne font toutefois pas l’unanimité. “Si Dylan est un poète, alors moi je suis basketteur”, disait l’écrivain américain Norman Mailer, créateur du “nouveau journaliste” et observateur attentif de la seconde partie du XXe siècle.

Mia Shanley, Daniel Dickson et Simon Johnson; Danielle Rouquié, Marc Angrand, Jean-Philippe Lefief et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Tangi Salaün

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