September 26, 2016 / 7:22 AM / 2 years ago

La Colombie va tourner la page de 52 années de conflit

CARTHAGÈNE, Colombie (Reuters) - Le président colombien, Juan Manuel Santos, et le chef des rebelles marxistes des Farc, Timoléon Jimenez Timochenko, vont signer ce lundi un accord de paix qui mettra fin à 52 années d’une guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts.

Manifestation contre un accord avec les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) à Carthagène. Le président colombien, Juan Manuel Santos, et le chef des rebelles marxistes des Farc, Timoléon Jimenez Timochenko, vont signer ce lundi un accord de paix qui mettra fin à 52 années d'une guerre civile qui a fait quelque 250.000 morts. /Photo prise le 26 septembre 2016/REUTERS/John Vizcaino

Au terme de quatre ans de négociations à La Havane, le président Santos, 65 ans et Timochenko, nom de guerre du révolutionnaire Rodrigo Londono, 57 ans, échangeront pour la première fois une poignée de main sur le sol colombien, en présence de dirigeants de la communauté internationale.

L’accord de paix, qui met fin au plus long conflit civil d’Amérique latine, fera des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) un parti politique à même de lutter dans les urnes et non plus sur le champ de bataille comme il l’a fait depuis 1964.

Les signataires utiliseront un stylo fabriqué à partir d’une balle “pour illustrer la transition des balles vers l’éducation et à l’avenir”, a déclaré le président Santos, qui a joué sa réputation sur la conclusion de la paix.

Deux mille cinq cents dignitaires colombiens et étrangers assisteront à la cérémonie, lundi, à partir de 17 heures (22h00 GMT) dans la ville coloniale de Carthagène des Indes.

Parmi les invités, à qui il a été demandé de porter du blanc, figurent le Secrétaire général des Nations unies, le président cubain, Raúl Castro, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, mais aussi des victimes du conflit.

John Kerry a salué l’accord de paix lors d’une visite à un centre de formation pour les victimes du conflit et les anciens combattants. “Tout le monde peut prendre une arme, faire sauter des choses, faire du mal à d’autres, mais ça ne mène nulle part... La paix est un dur travail”, a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

Le département d’Etat américain a promis de verser 390 millions de dollars (345 millions d’euros) à la Colombie l’an prochain pour soutenir le processus de paix. Les Etats-Unis ont également annoncé qu’ils allaient réfléchir à la possibilité de faire sortir les Farc de leur liste des organisations terroristes, a déclaré John Kerry.

EN DIRECT

Si la perspective d’un arrêt du bain de sang et des enlèvements apporte un profond soulagement, l’accord n’en a pas moins provoqué des dissensions au sein de la société colombienne.

Certains, comme l’ancien président Alvaro Uribe, n’admettent pas que l’accord permette aux rebelles de se faire élire au Congrès et de ne pas purger la moindre peine de prison.

L’accord doit être ratifié par un référendum qui aura lieu le 2 octobre, mais les sondages laissent penser qu’il sera entériné sans difficulté.

Lundi à Carthagène, de grands panneaux appelaient à voter “oui”, tandis qu’Alvaro Uribe et plusieurs centaines de ses partisans, qui portaient des parapluies aux couleurs du drapeau colombien, demandaient de voter “non”.

Les Farc, qui au plus fort de leur lutte ont disposé de 20.000 combattants, devront remettre leurs armes aux Nations unies dans les 180 jours.

Les Colombiens se demandent comment les 7.000 guérilleros restants vont être intégrés à la société, mais la majeure partie d’entre eux estiment que la paix apportera davantage de points positifs que de problèmes.

“Je n’arrive pas à croire que ce jour est enfin arrivé, la paix arrive en Colombie!”, s’est exclamé un homme de 43 ans, Juan Gamarra, joaillier à Carthagène.

Cet accord de paix ratifié, le président Santos espère pouvoir tirer parti de son crédit politique pour faire adopter ses projets économiques, notamment une réforme fiscale destinée à compenser la baisse des revenus pétroliers provoquée par la chute des cours de l’or noir.

Dans toute la Colombie, des écrans géants ont été érigés pour permettre aux 49 millions de Colombiens d’assister à la cérémonie de signature en direct.

“C’est un jour tellement important; maintenant nous pouvons lutter sur le plan politique, sans verser de sang, sans guerre”, a déclaré Duvier, un rebelle âgé de 25 ans qui a participé au congrès des Farc qui a ratifié l’accord la semaine dernière dans les plaines amazoniennes du Yari.

Eric Faye et Danielle Rouquié pour le service français

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