September 3, 2016 / 10:22 AM / 2 years ago

Merkel se prépare à un vote sanction dans son fief

par Andreas Rinke, Hans-Edzard Busemann et Noah Barkin

Dans le land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, où la chancelière fédérale a entamé sa carrière politique après la chute du mur de Berlin, la CDU pourrait être devancé par Alternatif für Deutschland (AfD). /Photo prise le 30 août /REUTERS/Stefanie Loos

BERLIN (Reuters) - Les élections régionales de dimanche dans le land de Mecklembourg-Poméranie occidentale pourraient traduire dans les urnes le rejet par une partie de la population allemande de la politique d’accueil des réfugiés décidée il y a un an par Angela Merkel.

Dans cette région de l’ex-Allemagne de l’Est où la chancelière fédérale a entamé sa carrière politique après la chute du mur de Berlin et dont elle est toujours élue au Bundestag, son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), pourrait être devancé par Alternatif für Deutschland (AfD).

Créé en 2013 initialement contre les plans de renflouement financier dans la zone euro, l’AfD s’est mué en parti anti-immigration, incarnant une ligne opposée à celle défendue depuis un an par Angela Merkel.

En mars dernier, il a engrangé le fruit de ses prises de position aux régionales dans les länder du Bade-Wurtemberg, de Rhénanie-Palatinat et surtout en Saxe-Anhalt où, avec plus de 24% des voix, il est devenu la deuxième force politique régionale, talonnant la CDU.

Dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, à l’extrémité nord du pays, non loin de la frontière polonaise, il pourrait cette fois devancer la CDU, ce qui constituerait une première en Allemagne et un coup de tonnerre, dans le fief de Merkel, un an avant les élections législatives fédérales où elle pourrait briguer un quatrième mandat.

Un sondage Insa publié mercredi crédite l’AfD de 23% des voix contre 20% pour le parti de Merkel. Les sociaux-démocrates du SPD, qui dirigent l’exécutif dans le cadre d’une “grande coalition” avec la CDU, restent en tête avec 28% des intentions de vote.

Une autre élection régionale, dans la cité-Etat de Berlin, suivra le 18 septembre. Là encore, les sondages tablent sur une nette progression de l’AfD.

“Aucune de ces deux élections ne sera belle pour la CDU”, reconnaît un conseiller de Merkel. “Mais nous passerons à autre chose. Cela ne la détournera pas des défis auxquels nous sommes confrontés, en Allemagne et en Europe.”

PARTICULARITÉS RÉGIONALES

Si la percée de l’AfD se confirme, ces scrutins pourraient fragiliser Angela Merkel même si le sondeur Manfred Güllner, qui dirige l’institut Forsa, met en garde contre la tentation de surinterpréter ces résultats.

“Ces élections avec toutes leurs particularités n’auront qu’une faible signification à l’échelle de l’Allemagne tout entière”, dit-il, faisant observer que la CDU est généralement plus performante lors des élections générales.

Dans la dernière enquête nationale Forsa, avec 33% contre 22% pour le SPD, le parti de Merkel cède huit points sur un an mais reste largement en tête des intentions de vote en vue des prochaines législatives.

La chancelière, au pouvoir depuis 2005, n’a pas encore dit si elle briguerait à cette occasion un quatrième mandat. Invitée le week-end dernier sur la chaîne de télévision ARD, elle a dit qu’elle ferait connaître sa décision “en temps voulu”.

D’après un sondage publié dimanche dernier par le Bild am Sonntag, un Allemand sur deux serait hostile à un quatrième mandat.

La série d’attaques meurtrières qu’a connues l’Allemagne en juillet, dont deux ont été revendiquées par le groupe djihadiste Etat islamique, a relancé le débat sur la politique d’accueil de la chancelière, qui a autorisé l’entrée sur le sol allemand, l’an dernier, d’environ un million de réfugiés, venus essentiellement du Moyen-Orient et d’Afrique.

IMPRÉPARATION ET ERREUR D’APPRÉCIATION

Longtemps considérée comme une figure rassurante, surnommée “Mutti” (maman) par ses compatriotes, Merkel est contestée jusque dans les rangs de la CDU.

“Merkel est une dirigeante indispensable de l’Europe du fait de la position de l’Allemagne mais aussi de son statut et de son expérience”, note l’historien Timothy Garton Ash. “Mais il existe une loi universelle en politique qui veut que dix ans suffisent. Quand des dirigeants restent plus longtemps, ils se mettent à commettre des erreurs. Ce fut le cas pour De Gaulle, Kohl, Thatcher et jusqu’à Erdogan et Poutine. Cela semble à présent se produire pour la pragmatique et prudente Angela Merkel.”

Ces dernières semaines, à l’approche du premier anniversaire de sa décision spectaculaire, les médias allemands ont minutieusement reconstitué les événements qui l’ont conduite à suspendre les règles européennes en matière d’immigration, autorisant de fait des dizaines de milliers de réfugiés à quitter la Hongrie, le pays de première arrivée dans l’espace européen, pour gagner l’Autriche puis l’Allemagne.

Un an plus tard, le consensus est qu’elle a eu raison d’ouvrir les frontières pour éviter une crise humanitaire majeure mais qu’elle a été lente à reconnaître les conséquences de sa décision et qu’elle s’est trompée sur ses partenaires européens, pensant à tort qu’ils accepteraient de partager le fardeau.

“Elle n’a pas compris que l’opinion en Allemagne finirait par tourner et ne s’y est pas préparée”, note un parlementaire CDU qui a travaillé étroitement avec la chancelière. “Pendant des mois, Merkel s’est enferrée. C’était une erreur majeure”, ajoute-t-il en rappelant que le “Wir schaffen das” (“Nous y arriverons”), prononcé pour la première fois le 31 août 2015, a longtemps été sa seule réponse aux questions posées sur la façon dont la société allemande pourrait intégrer les nouveaux arrivants.

D’où, peut-être, le changement de ton de la chancelière qui a souhaité cette semaine devant des parlementaires de la CDU que le rythme des expulsions des demandeurs d’asile déboutés s’accélère. “La chose la plus importante dans les mois à venir, c’est le rapatriement, le rapatriement et encore une fois, le rapatriement”, a-t-elle martelé selon des participants.

Henri-Pierre André pour le service français

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