August 26, 2016 / 2:27 PM / 2 years ago

La droite veut légiférer sur le burkini, Valls en porte-à-faux

PARIS (Reuters) - La droite et l’extrême-droite ont appelé vendredi à modifier la loi et à bannir les signes religieux de l’espace public après la suspension d’un arrêté anti-burkini par le Conseil d’Etat, qui sonne comme un désaveu pour le Premier ministre.

Les Républicains déposeront dès la rentrée parlementaire une proposition de loi visant à "sécuriser" les décisions des maires qui ont pris des arrêtés anti-burkini et ont été désavoués par le Conseil d'Etat. /Photo d'archives/REUTERS/Tim Wimborne

Des représentants musulmans ont salué comme une victoire de la sagesse cette décision, qui a vocation à faire jurisprudence mais place en porte-à-faux Manuel Valls, lequel a soutenu ce type d’arrêtés, pris cet été par plusieurs dizaines de maires, sans pour autant juger nécessaire de légiférer.

Cette ordonnance “est une claque pour le Premier ministre”, a déclaré à Reuters le secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri.

Deux ministres, Najat Vallaud-Belkacem (Education) et Marisol Touraine (Santé), des membres de la majorité et du Parti socialiste se sont opposés au chef du gouvernement au sujet des arrêtés interdisant de baignade les musulmanes portant des costumes de bains intégraux.

Le chef de l’Etat, François Hollande, s’est abstenu de trancher, se bornant à appeler “chacun” à se conformer aux règles communes “sans provocation ni stigmatisation”.

Comme lors du débat avorté sur la déchéance de nationalité pour les auteurs d’actes terroristes début 2016, le gouvernement et la gauche se retrouvent pris au piège d’une polémique qui les divise et les affaiblit.

Le Conseil d’Etat a suspendu l’arrêté interdisant au motif d’un risque de trouble à l’ordre public l’accès aux plages de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) aux baigneurs portant des vêtements religieux.

“FAIRE RECULER LES ISLAMISTES”

Dès l’annonce de cette décision, des élus du parti Les Républicains (LR), principale formation de l’opposition de droite, ont dit qu’ils déposeraient une proposition de loi pour “sécuriser” les décisions des maires prenant de tels arrêtés.

“Cette proposition de loi sera présentée à l’Assemblée nationale lors de la rentrée parlementaire en septembre”, a dit Guillaume Larrivé, député et porte-parole de LR sur BFM-TV. “Les islamistes veulent faire reculer la République. C’est la République qui doit faire reculer les islamistes.”

Pour Guillaume Larrivé, le Parlement doit jouer pleinement son rôle en la matière : “Nous sommes convaincus (...) que le pouvoir politique doit prendre ses responsabilités. C’est à la Nation d’affirmer un choix et ce choix, ce doit être le refus absolu de la régression islamiste.”

Cette proposition de loi permettra aux maires “de ne plus être invalidés lorsqu’ils prennent des arrêtés qui préviennent tout trouble à l’ordre public”, a précisé le maire LR de Villeneuve-Loubet, Lionnel Lucas.

Christian Estrosi, premier adjoint LR du maire de Nice, a tenté d’enfoncer un coin dans la majorité et le gouvernement, à huit mois de l’élection présidentielle, dont les questions identitaires et de sécurité seront sans doute des thèmes centraux, sous la pression de la droite et de l’extrême-droite.

“Manuel Valls, qui a soutenu ces arrêtés, doit passer de la parole à l’acte et déposer un projet de loi afin de fixer un cadre législatif qui s’appliquera à l’ensemble de notre pays”, écrit-il dans un communiqué.

“UN CLIMAT IDÉOLOGIQUE (QUI) PUE”

L’ex-chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire de la droite et du centre pour la présidentielle, a demandé jeudi une loi interdisant sur tout le territoire français le port du burkini, vêtement de bain recouvrant l’essentiel du corps, porté par des femmes musulmanes.

Alain Juppé, son principal rival pour la primaire, se prononce certes contre le port du burkini, mais se distingue en appelant à “résister à la tentation d’exiger des lois de circonstance (...) au fil des polémiques médiatiques”.

“Aujourd’hui, dans l’état de tension et de souffrance dans lequel se trouve la société française, nous serions tous bien inspirés d’arrêter de jeter de l’huile sur le feu”, dit le maire de Bordeaux dans Le Figaro, à paraître samedi.

Marine Le Pen a estimé en revanche, elle aussi, que le législateur était seul habilité à agir.

“La balle est donc dès ce soir dans le camp du législateur français, qui doit faire voter au plus vite une loi d’extension de la loi de 2004 à l’école, pour bannir les signes religieux ostensibles dans l’espace public”, écrit la présidente du FN dans un communiqué. “Le burkini en fera évidemment partie.”,

Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a estimé sur Twitter que la décision du Conseil d’État ouvrait la voie à l’instauration de la loi islamique : “Si on accepte le burkini aujourd’hui, on finira avec la charia demain”, écrit-il.

A l’inverse, à gauche du PS, Olivier Dartigolles, porte-parole du Parti communiste, a dénoncé un “climat idéologique (qui) pue” et accusé la droite et Manuel Valls de “jouer avec le feu”, tout en déplorant le “silence” de François Hollande.

“On voit comment Manuel Valls, récidiviste en la matière, s’est aussi prêté à ce jeu très dangereux dans un silence du président de la République, tout cela profitant au final à Marine Le Pen et aux islamistes”, a-t-il déclaré à BFM TV.

Gérard Bon, avec Chine Labbé, édité par Emmanuel Jarry

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