July 20, 2016 / 10:53 AM / 2 years ago

La Turquie prépare des mesures d'urgence

ISTANBUL (Reuters) - La Turquie devait annoncer mercredi une série de mesures d’urgence censées permettre le retour à la stabilité et à prévenir des retombées économiques après la tentative avortée de coup d’Etat du 15 juillet, qui a conduit Ankara à des purges massives au sein de l’armée, de la police, de l’administration et de l’éducation nationale.

La Turquie devait annoncer mercredi une série de mesures d'urgence censées permettre le retour à la stabilité et à prévenir des retombées économiques après la tentative avortée de coup d'Etat du 15 juillet, qui a conduit Ankara à des purges massives au sein de l'armée, de la police, de l'administration et de l'éducation nationale. /Photo prise le 20 juillet 2016/ REUTERS/Kayhan Ozer/Presidential Palace

Quelque 60.000 soldats, policiers, juges, fonctionnaires et enseignants ont été suspendus, arrêtés ou mis en examen depuis vendredi.

La chaîne de télévision publique TRT a rapporté mercredi que le Haut conseil de l’enseignement avait interdit à tous les universitaires du pays de se rendre à l’étranger jusqu’à nouvel ordre, une mesure censée empêcher des complices de la tentative de coup d’Etat de fuir le pays.

“Les universités ont toujours joué un rôle clé pour les juntes militaires en Turquie et certaines personnes passent pour être en contact avec des cellules au sein de l’armée”, a déclaré un responsable turc.

Le président Recep Tayyip Erdogan accuse les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, d’être à l’origine du putsch manqué de vendredi, qui a fait plus de 230 morts. Il a promis d’éliminer le “virus” responsable du coup d’Etat dans toutes les institutions du pays.

L’ampleur des purges des derniers jours a suscité l’inquiétude chez plusieurs alliés occidentaux d’Ankara, qui craignent qu’Erdogan ne tente d’étouffer toute dissidence potentielle, y compris en visant des opposants sans aucun lien avec le putsch.

Erdogan devait présider mercredi un Conseil des ministres puis un Conseil de sécurité nationale à l’issue desquels une série de mesures d’urgence devait être annoncée.

Les ministres et les principaux responsables concernés n’ont pas été informés à l’avance de la tenue de ces réunions.

ANKARA CHERCHE À PRÉSERVER L’ÉCONOMIE

“Le Conseil des ministres est classé au plus haut niveau pour des raisons de sécurité nationale. Le palais (présidentiel-ndlr) ne donnera un dossier aux ministres que juste avant”, a dit un haut responsable à Reuters. “Les ministres ne savent pas encore de quoi il sera question.”

Environ un tiers des 360 généraux turcs en fonctions ont été arrêtés depuis vendredi, a précisé une autre source, précisant que 99 avaient été inculpés et que 14 autres restaient en état d’arrestation.

Le ministère de la Défense enquête sur tous les juges et procureurs militaires et a déjà suspendu 262 d’entre eux, a rapporté la chaîne NTV. On compte parallèlement 900 suspensions au sein de la police d’Ankara et la purge vise jusqu’aux fonctionnaires des ministères de l’Environnement et des Sports.

La menace d’une période prolongée d’instabilité en Turquie, pays membre de l’Otan et voisin de la Syrie, ébranle par ailleurs la confiance des investisseurs.

La livre turque est tombée mercredi à son plus bas niveau depuis dix mois et la Bourse d’Istanbul a chuté de 9,5% depuis le début de la semaine.

Le vice-Premier ministre Mehmet Simsek a déclaré à Reuters que la priorité des mesures examinées mercredi serait d’empêcher une dégradation de la situation économique.

Dans un témoignage publié par le quotidien Hurriyet et corroboré par un responsable turc, un colonel d’infanterie explique que les responsables de la tentative de coup d’Etat ont tenté de convaincre le chef d’état-major de l’armée, Hulusi Akar, qui était retenu en otage, de se joindre aux putschistes pour renverser Erdogan, mais qu’il a refusé.

“Quand il a refusé, ils n’ont pas réussi non plus à convaincre des officiers de haut rang. Le refus d’Akar de participer a conduit à l’échec de la tentative de coup d’Etat”, ajoute le procès-verbal publié par le journal.

PLUSIEURS MÉDIAS FERMÉS

Erdogan, le Premier ministre, Binali Yildirim, des ministres, des officiers supérieurs et des généraux étaient censés être arrêtés un par un pendant la nuit du coup d’Etat, précise-t-il.

Si les alliés occidentaux de la Turquie lui ont manifesté leur solidarité et leur soutien, ils ont aussi exprimé leur préoccupation face à l’ampleur et à la sévérité des décisions prises ces derniers jours, rappelant à Ankara la nécessité de respecter les principes démocratiques.

Mardi, les autorités ont fermé plusieurs médias présentés comme des soutiens de Gülen et annoncé la suspension de 15.000 fonctionnaires de l’éducation et de 100 membres des services de renseignement. On compte en outre 492 suspensions au sein de la Direction des affaires religieuses, 257 dans les services du Premier ministre et 300 au ministère de l’Energie.

Ces décisions se sont ajoutées à l’arrestation de plus de 6.000 membres des forces armées, des simples soldats aux officiers de commandement, et à la suspension de près de 3.000 juges et procureurs. Environ 8.000 policiers ont aussi été suspendus.

Zeid Ra’ad Al Hussein, haut commissaire de l’Onu aux droits de l’homme, a exprimé sa “vive inquiétude” mardi et appelé la Turquie à autoriser des observateurs indépendants à rendre visite aux personnes incarcérées.

Le ministère des Affaires étrangères a estimé que toute critique des mesures prises par le gouvernement en réaction à la tentative de coup d’Etat revenait à soutenir celle-ci.

Ankara a par ailleurs communiqué aux autorités américaines des documents censés appuyer une future demande formelle d’extradition de Gülen.

Une telle demande se heurterait à de nombreux obstacles juridiques et politiques aux Etats-Unis et même si elle était approuvée par un juge, la décision définitive relèverait du secrétaire d’Etat, John Kerry, qui peut prendre en considération des facteurs autre que juridiques.

“J’appelle le gouvernement américain à rejeter toute tentative d’abus de la procédure d’extradition à des fins de vengeance politique”, a dit Gülen mardi dans un communiqué publié par un groupe proche de son mouvement.

avec Humeyra Pamuk, Can Sezer et David Dolan; Marc Angrand pour le service français

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