June 28, 2016 / 10:32 AM / in 2 years

Onzième journée anti loi-Travail sur fond d'essoufflement

PARIS (Reuters) - Plusieurs milliers d’opposants au projet de loi Travail se sont retrouvés mardi dans la rue pour la 11e journée d’une mobilisation qui tend à s’essouffler, à l’approche d’un nouvel examen de ce texte par l’Assemblée nationale.

Les opposants au projet de loi Travail se sont retrouvés mardi dans la rue pour la 11e journée d'une mobilisation qui tend à s'essouffler, à l'approche d'un nouvel examen de ce texte par l'Assemblée nationale. Cette journée de mobilisation intervient le jour du vote solennel du Sénat sur un projet de loi réécrit par la majorité sénatoriale de droite dans un sens beaucoup plus libéral que celui sur lequel le Premier ministre. /Photo d'archives/REUTERS/Stéphane Mahé

Après avoir menacé la semaine dernière d’interdire toute nouvelle manifestation risquant de dégénérer en affrontements à Paris, le gouvernement a autorisé un défilé sur un itinéraire court mais proposé par la CGT, Force ouvrière et cinq autres organisations syndicales et de jeunesse.

Le cortège parisien a rassemblé “plus de 55.000 personnes”, selon la CGT et Force ouvrière. La préfecture de police en dénombrait entre 14.000 et 15.000. La manifestation de jeudi dernier dans la capitale avait rassemblé de 19.000 à 20.000 personnes, selon la police, et 60.000 d’après les organisateurs.

Pour l’ensemble de la France, le ministère de l’Intérieur a dénombré près de 65.000 manifestants, contre 70.000 jeudi dernier, tandis que la CGT en revendique 200.000; 81 personnes ont été interpellées sur tout le territoire, a-t-il précisé.

Un important dispositif de sécurité, similaire à celui déployé pour la manifestation de la semaine dernière, encadrait le défilé parisien, avec le déploiement de 2.500 policiers et gendarmes pour prévenir l’intrusion de “casseurs”.

Trente-huit personnes ont été interpellées lors des filtrages opérés en amont et au cours de la manifestation, de la Bastille à la place d’Italie, a indiqué la préfecture de police.

Seul incident, un groupe de jeunes gens vêtus de noir a tenté de casser un abribus.

Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a promis d’autres mobilisations d’ici la rentrée, soulignant qu’une “nouvelle journée d’actions” était ainsi prévue le 5 juillet.

“C’est possible qu’il y ait d’autres manifestations (...). Tout l’été, il y aura des initiatives pour bien préparer la rentrée”, a-t-il dit au départ du cortège parisien.

En province, les cortèges étaient tous très maigres, au point que les manifestants de Toulouse ont renoncé à se compter. A Marseille, les manifestants étaient 38.000 selon la CGT, 3.000 d’après la police, une affluence légèrement en baisse par rapport à jeudi dernier. De 1.650 personnes, selon la préfecture à 7.000, selon les syndicats, ont défilé à Bordeaux.

LA CFDT EXHORTE VALLS À TENIR BON

La CGT a remis mardi matin à l’Elysée les 704.129 bulletins de sa votation citoyenne, avec une expression de 91,99% pour le retrait du projet de loi Travail.

Cette journée de mobilisation intervenait le jour du vote solennel du Sénat sur un projet de loi réécrit par la majorité sénatoriale de droite dans un sens beaucoup plus libéral que celui sur lequel le Premier ministre, Manuel Valls, a engagé sa responsabilité en première lecture à l’Assemblée nationale.

Le gouvernement a annoncé qu’il rétablirait cette version lors de son retour en juillet en deuxième lecture devant les députés et qu’il n’en modifierait pas la “philosophie”.

Manuel Valls et la ministre du Travail, Myriam El Khomri, recevront successivement mercredi et jeudi les principales organisations syndicales et patronales. Mais les services du Premier ministre disent qu’il s’agira de faire le point sur le texte sorti du Sénat et la suite du processus, pas de rouvrir des négociations.

Si des “évolutions” sont possibles, il ne faut pas attendre de changements fondamentaux, notamment concernant l’article 2, qui instaure la primauté des accords d’entreprise sur les conventions de branches et interprofessionnelles.

Cette “inversion de la hiérarchie des normes” est un des points les plus contestés, comme l’a rappelé mardi le secrétaire général de FO sur Radio Classique.

Jean-Claude Mailly a dit espérer encore que Manuel Valls annoncerait des modifications au texte, notamment pour garantir le rôle des branches professionnelles. “C’est bien qu’on soit reçus, mais il faut des réponses aux questions qu’on pose”, a dit Philippe Martinez. “Ce n’est pas une visite de courtoisie”.

Lui aussi a insisté sur le “problème” de l’inversion de la hiérarchie des normes. “Il doit y avoir un cadre collectif. Ça ne peut pas être entreprise par entreprise”, a-t-il dit.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui soutient le projet de loi adopté en première lecture par les députés, comme la CFTC et l’Unsa, exhorte au contraire Manuel Valls à tenir bon, en particulier sur l’article 2.

Il s’oppose notamment à ce qu’un droit de regard soit donné aux branches professionnelles sur les accords d’entreprise, que ce soit a priori ou a posteriori. “La CFDT, s’il y avait un recul du gouvernement sur l’article 2, serait évidemment vent debout et complètement opposée”, a dit Laurent Berger sur France 2.

Emmanuel Jarry, avec service France, édité par Sophie Louet

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