June 20, 2016 / 5:36 AM / in 2 years

Percée du M5S aux municipales en Italie, revers pour Renzi

par Crispian Balmer et Gavin Jones

Lors des élections municipales de dimanche, le Parti démocrate dirigé par le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a perdu Rome et son bastion de Turin, battu largement par le mouvement anti-système Cinq Etoiles (M5S). /Photo prise le 20 juin 2016/REUTERS/Tony Gentile

ROME (Reuters) - Le Parti démocrate du chef du gouvernement italien Matteo Renzi a été battu à plates coutures à Rome et à Turin par les anti-système du Mouvement 5 Etoiles (M5S), dimanche lors du second tour des élections municipales.

Ce résultat représente une percée majeure pour le M5S de l’humoriste Beppe Grillo. Il met aussi en position difficile le président du Conseil qui a lié son avenir politique aux réformes constitutionnelles qu’il veut faire adopter par référendum au mois d’octobre.

A Rome, Virginia Raggi, candidate du M5S, l’emporte haut la main avec 67% des suffrages exprimés, face au candidat de centre gauche Roberto Giachetti et entre dans l’Histoire en devenant la première femme maire de la capitale.

L’intérim était assuré depuis fin 2015 par le préfet Francesco Paolo Tronca, le maire de centre gauche, Ignazio Marino, ayant démissionné après avoir été mis en cause dans une affaire liée à ses notes de frais.

“C’est une nouvelle ère qui commence avec nous”, s’est félicitée Virginia Raggi. “Nous travaillerons à redonner égalité et transparence aux institutions de la ville.”

Magnanime, Matteo Renzi a reconnu les victoires “claires et incontestables” du M5S et assuré que le PD aurait une discussion “très concrète et très franche” sur les implications nationales et politiques du scrutin vendredi lors d’une réunion de sa direction.

“Je ne crois pas ce que soit un vote de protestation, c’est un vote pour le changement”, a déclaré le président du Conseil devant des journalistes à Rome, promettant que son gouvernement collaborerait avec les maires nouvellement élus, quelle que soit leur étiquette politique.

“Les résultats du second tour à Rome et à Turin sont un échec clair et total pour les candidats du PD”, a commenté la direction du Parti démocrate dans un communiqué.

LE PD DOIT “SE RÉORGANISER”

Le vice-président du PD Matteo Ricci a déclaré lundi que son parti devrait se livrer à une “analyse profonde” des résultats et “se réorganiser”, en particulier à la base.

“Nous avons besoin d’un parti plus fort, plus structuré, avec une direction plus visible qui soutient Renzi”, a-t-il dit, par allusion aux divisions internes au Parti démocrate, qui devraient encore être exacerbées par les résultats de ces municipales.

Le PD reste toutefois aux commandes à Milan, la capitale financière, ainsi qu’à Bologne, où ses candidats ont devancé leurs adversaires traditionnels de centre droit.

Matteo Renzi avait exclu de démissionner dans tous les cas de figure, mais a promis de se retirer de la vie politique si ses réformes, qui prévoient notamment la réduction des pouvoirs du Sénat, sont rejetées par les électeurs au mois d’octobre.

Le chef du gouvernement les juge nécessaires à la stabilité politique.

Les défaites du Parti démocrate à Rome et à Turin laissent toutefois planer le doute sur sa capacité à les faire adopter. L’opposition y est hostile et son mouvement lui-même est divisé.

Arrivé au pouvoir en 2014 après avoir promis de revitaliser l’Italie, le chef du gouvernement a du mal à relancer la croissance économique et la création d’emplois après des années de stagnation. Il a aussi été affecté par des affaires à répétition dans le secteur bancaire.

Le PD avait anticipé sa défaite à Rome après les critiques acerbes sur sa gestion de la ville, mais la perte de Turin, bastion traditionnel du centre gauche et berceau du groupe automobile Fiat, constitue un choc.

Le maire sortant, Piero Fassino, un poids lourd du PD, a été balayé par la candidate du M5S, Chiara Appendino, 31 ans, élue avec 55% des suffrages alors qu’elle accusait 11 points de retard à l’issue du premier tour.

FAIBLE TAUX DE PARTICIPATION

Créé il y a sept ans, le M5S ne détenait jusqu’à présent qu’une poignée de communes de taille moyenne. S’il arrive à gérer efficacement Rome et Turin, le parti anti-système, qui prône l’abandon de l’euro, sera en position de force pour les élections législatives de 2018.

L’impétueux Beppe Grillo, 67 ans, s’est retiré de la ligne de front politique ces 18 derniers mois pour laisser la place à une génération de jeunes dirigeants qui ont donné du M5S une image plus modérée et lui ont permis de toucher un public plus vaste. Il a toutefois salué le succès de son mouvement en prédisant qu’il “volerait haut jusqu’au gouvernement national”.

Quelque 8,6 millions de personnes, soit un cinquième de l’électorat, étaient concernées par ce second tour qui se déroulait dans les 126 communes où aucun candidat n’avait remporté plus de 50% des voix au premier tour, le 5 juin.

A Naples, le maire sortant sans étiquette, Luigi de Magistris, l’a facilement emporté face au candidat de droite. Celui du PD avait été battu dès le premier tour.

Le centre droit ne remporte aucune des cinq plus grandes villes d’Italie dont la mairie était à pourvoir, mais il a réussi à prendre Trieste au centre gauche.

Le taux de participation est tombé à 50,5%. Il était d’environ 60% il y a deux semaines.

Danielle Rouquié, Jean-Philippe Lefief et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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