June 17, 2016 / 9:03 AM / 2 years ago

Le gouvernement et la CGT campent sur leurs positions

PARIS (Reuters) - Le gouvernement ne dénaturera pas le projet de loi Travail, qui donne la primauté aux accords d’entreprise sur les accords de branche et nationaux, a déclaré vendredi la ministre du Travail après une réunion d’une heure et demie avec le patron de la CGT.

Philippe Martinez à l'issue d'une réunion vendredi d'une heure et demie sur la réforme du marché du travail avec la ministre du Travail, Myriam El Khomri. Cette dernière déclaré que le gouvernement n'entendait pas dénaturer son projet de loi qui donne la primauté à l'accord d'entreprise sur les accords de branche et nationaux et le leader syndicaliste a demandé de son côté la réécriture ou le retrait de six articles essentiels. /Photo prise le 17 juin 2016/REUTERS/Jacky Naegelen

Myriam El Khomri a reconnu après l’entretien la persistance des désaccords avec ce syndicat à la pointe de la contestation, notamment sur la place de la négociation collective.

Elle a promis de regarder “attentivement” les propositions remises par Philippe Martinez et n’a pas exclu d’”enrichir” le projet de loi, actuellement examiné par le Sénat.

“L’enrichir, oui, mais sans en dénaturer la philosophie et notamment la question de la primauté de l’accord d’entreprise en matière de temps de travail”, a-t-elle ajouté. “Dialoguer, ça ne veut pas dire être dans un consensus (...) Donc, en effet, nous n’avons pas trouvé de consensus par rapport à la loi Travail.”

Philippe Martinez avait auparavant jugé “nécessaire” et “constructif” cet entretien mais ajouté que cette rencontre avait “confirmé” les désaccords entre la CGT et le gouvernement.

Il a évoqué “six articles essentiels”, dont celui qui inverse la hiérarchie des accords collectifs, les dispositions relatives aux licenciements économiques, à l’organisation de référendums dans les entreprises ou à la médecine du travail.

Pour la CGT, les accords d’entreprise ne doivent pas pouvoir déroger aux accords de branche, sauf à donner les moyens à ceux qui négocient “de vérifier que juridiquement et économiquement une dérogation pourrait être justifiée”, a dit son numéro un.

En tout état de cause, donner un simple droit de regard aux branches sur les accords d’entreprise ne contentera pas la CGT, a-t-il ajouté, car “un avis ce n’est pas contraignant”.

“Il faut retirer ou réécrire ces articles”, a ajouté le secrétaire général de la CGT, qui a également réitéré sa demande de suspension du débat parlementaire sur la loi, “pour pouvoir aller au fond des choses”.

“MAUVAIS CALCUL”

Ce rendez-vous intervenait au lendemain de l’échec de négociations sur l’assurance chômage, polluées par le projet de loi Travail qui a cristallisé oppositions et clivages dans le camp patronal comme dans celui des syndicats.

Il a été maintenu malgré la polémique entre le gouvernement et la CGT sur la responsabilité des violences de mardi lors de la manifestation parisienne contre la loi Travail.

Le dernier tête-à-tête entre Philippe Martinez et Myriam El Khomri remontait au 31 janvier ; il l’avait revue le 7 mars dans le bureau du Premier ministre, Manuel Valls.

En revanche, selon l’entourage de la ministre, il n’était pas venu à un rendez-vous auquel il était “personnellement convié” le 3 mars au ministère du Travail. Il avait alors envoyé d’autres responsables de la CGT.

“C’était important ce matin de renouer le dialogue avec la CGT”, a souligné Myriam El Khomri.

Il n’est pas sûr que cela suffise à apaiser les tensions, alors que la CGT, Force ouvrière (F0) et cinq autres syndicats et organisations de jeunesse appellent à deux nouvelles journées de manifestations et de grèves, les 23 et 28 juin.

Philippe Martinez a dit qu’il n’y avait, à ce stade, aucune raison pour que ces organisations renoncent à ces deux journées.

“Ça fait trois mois que le gouvernement compte sur l’essoufflement des mobilisations. Je pense que c’est un mauvais calcul”, a-t-il déclaré. “Notre position avant l’été, si le texte ne bouge pas, ne changera pas après l’été.”

Mais le chef de file des députés socialistes, tout en souhaitant l’”élargissement” des soutiens à un texte sur lequel le gouvernement a dû engager sa responsabilité en première lecture à l’Assemblée nationale, a lui aussi fermé la porte à des modifications substantielles.

“S’il faut le 49-3” pour l’adopter en deuxième lecture, “il y aura le 49-3”, a dit Bruno Le Roux sur Radio Classique. “Nous ne changerons rien en deuxième lecture (...) qui ne recueille pas l’assentiment du gouvernement et de ceux qui soutiennent le projet, c’est-à-dire la CFDT, l’UNSA, la FAGE.”

Avec Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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