June 15, 2016 / 11:37 AM / 2 years ago

Le gouvernement écarte toute faille dans le suivi d'Abballa

PARIS (Reuters) - Le gouvernement français a écarté mercredi toute faille des renseignements dans le suivi du tueur d’un couple de policiers lundi soir à Magnanville (Yvelines), soulignant la difficulté de déceler le passage à l’acte “solitaire” en matière terroriste.

Le gouvernement écarte toute faille des renseignements dans le suivi de Larossi Abballa, tueur d'un couple de policiers lundi soir à Magnanville et souligne la difficulté de déceler le passage à l'acte "solitaire" en matière terroriste. /Image diffusée le 14 juin 2016/REUTERS TV/Réseau social

Larossi Abballa, 25 ans, était parfaitement connu de la justice antiterroriste et du renseignement français. Dès 2011, il disait vouloir partir “à la chasse” aux mécréants, et menaçait de “faire tomber la tête” d’un avocat.

Placé sur écoute à plusieurs reprises, il était toujours surveillé, lundi, quand il a revendiqué le double assassinat.

“Le drame, c’est qu’on ne l’a jamais perdu de vue”, a déclaré mercredi à l’Assemblée nationale le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas.

Le parcours de Larossi Abballa est celui d’un homme seul, peu armé, dont le geste n’a pas été anticipé. Un dissimulateur dont le passage à l’acte était très difficile à appréhender, selon des spécialistes.

“Je ne laisserai pas dire qu’il y a eu de la part de nos forces chargées de la lutte contre le terrorisme la moindre négligence ni le moindre manque de discernement”, a déclaré sur France Inter le Premier ministre, Manuel Valls, soulignant la difficulté de la tâche.

En mai 2011, Larossi Abballa a été incarcéré pour sa participation à un réseau d’acheminement de djihadistes vers le Pakistan.

Derrière les barreaux, il s’est fait remarquer pour son prosélytisme radical, et à deux reprises, le bureau du renseignement pénitentiaire a transmis des éléments le concernant à la justice et aux renseignements, a fait savoir Jean-Jacques Urvoas.

SON EX-PETITE AMIE N’A RIEN VU

En février dernier, il a de nouveau été placé sur écoutes par un juge dans le cadre d’une enquête sur une filière de départs vers la Syrie. Mais à aucun moment les autorités n’ont perçu de risque imminent de sa part.

“Cet individu, devenu un monstre à l’instant où il tue, auparavant n’avait pas annoncé de signes de préparation” d’un acte violent, a souligné mercredi le ministre de la Justice.

“En France, nous ne jugeons pas les intentions, nous jugeons les faits”, a-t-il ajouté sur France Info.

Après sa condamnation pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, en septembre 2013, Larossi Abballa a respecté toutes les obligations fixées par le juge dans le cadre de son sursis avec mise à l’épreuve.

Jusqu’à fin 2015, en dehors de quelques reports justifiés par son travail de nuit, il a répondu présent à toutes les convocations du Service d’insertion et de probation (SPIP). Celui-ci a même pointé son “discours lisse”, d’après le procureur de Paris.

Le jeune homme a réussi à tromper jusqu’à certains de ses proches. Sur France Info, son ex-petite amie raconte ainsi ne pas avoir perçu le moindre signe de radicalisation chez lui.

“C’était un petit jeune de quartier qui pensait à s’amuser, à faire la fête”, raconte-t-elle. Il avait changé, reconnaît-elle, mais “dans le bon sens”. “Il s’est rapproché de Dieu, il a voulu faire ses prières correctement, mais rien d’alarmant.”

Le contrôle auquel il a été astreint à sa sortie de prison était-il trop restreint ? Faut-il renforcer les modalités du contrôle judiciaire et du sursis avec mise à l’épreuve en matière terroriste ?

FILATURE 24H SUR 24H ?

“Quand il nous arrive un tel drame, le devoir de la puissance publique est de s’assurer que nous avons les outils pour y répondre”, estime le ministre de la Justice. Mais “la réponse doit être réfléchie, rien ne serait pire que l’improvisation”, ajoute-t-il.

Le cas de Samy Amimour, l’un des trois assaillants du Bataclan, où 90 personnes ont trouvé la mort en novembre 2013, avait lui aussi soulevé cette question. Il avait pu rejoindre la Syrie malgré son placement sous contrôle judiciaire pour un projet avorté de départ vers le Yémen.

Interrogé à ce sujet devant une commission d’enquête parlementaire, Jean-Jacques Urvoas a récemment jugé cette question légitime. “Ce n’est pas une question de volonté, ni d’intention, ni même de droit”, a-t-il dit. “C’est la question des moyens.”

Pour le député socialiste Sébastien Pietrasanta, spécialiste du sujet, les enquêteurs font face à plusieurs difficultés, dont la capacité technique de dissimulation des suspects, qui se parlent de moins en moins par téléphone, et utilisent des méthodes de cryptage de plus en plus sophistiquées.

La commission d’enquête dont il est le rapporteur, et dont les conclusions sont attendues le 5 juillet prochain, fera notamment des propositions sur le “paradoxe” selon lequel la prise en charge judiciaire d’un suspect met un terme à son suivi administratif, indique-t-il.

Mais “on ne peut évidemment pas faire une filature 24H sur 24H de toutes les personnes” radicales, dit-il.

Environ 14.000 personnes figurent au fichier des signalés pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), apprend-on de source proche des renseignements.

édité par Yves Clarisse

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below