June 10, 2016 / 3:28 PM / 3 years ago

Au coeur de la coopération militaire dans le Sahel

DANS LA ZONE FRONTALIÈRE ENTRE LE MALI ET LE NIGER (Reuters) - La rencontre a lieu à la mi-journée sous un soleil écrasant dans une zone désertique au sol rocailleux. Ni barrière ni clôture, seuls des acacias rompent la ligne d’horizon, offrant une éphémère oasis d’ombre aux pick-ups militaires.

Soldats français de l'opération Barkhane en patrouille à Tombouctou, au Mali. Quelque 1.300 soldats maliens et nigériens, appuyés par une quarantaine de soldats français, cherchent à contrôler la zone frontalière entre le Mali et le Niger. Leur objectif est de traquer et d'entraver la liberté de mouvement des groupes armés qui ont trouvé refuge dans les immenses zones désertiques jouxtant une frontière connue pour sa porosité. /Photo d'archives/REUTERS/Joe Penney

“On est sur la ligne frontière”, explique le capitaine Eric du détachement français Barkhane, aux côtés de ses homologues nigérien et malien engagés dans l’opération transfrontalière Siham. “L’objectif c’est de lancer la suite des opérations de façon à contrôler cette zone de transit des populations et d’autres groupes armés”.

Un rapide coup d’oeil au paysage qui s’étend sous leurs yeux suffit pour avoir un aperçu de l’ampleur de la tache : traquer et entraver la liberté de mouvement des groupes armés qui ont trouvé refuge dans les immenses zones désertiques jouxtant une frontière connue pour sa porosité.

Pendant deux semaines, quelque 1.300 soldats maliens et nigériens, appuyés par une quarantaine de soldats français, vont quadriller la zone : rencontre avec les autorités politiques locales, contact avec la population, contrôle de campements “suspects”, recueil d’informations...

L’enjeu est de taille. L’Afrique de l’Ouest est secouée depuis un an par une série d’attentats, de Bamako au Mali à Ouagadougou au Burkina Faso en passant par Grand Bassam en Côte d’Ivoire, qui menacent de déstabiliser une région déjà ébranlée par le groupe islamiste Boko Haram et le vide sécuritaire en Libye.

Ces attaques, revendiquées par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et son allié Al Mourabitoune, ont conduit le Mali et le Niger, deux pays en première ligne face à la menace djihadiste, à renforcer encore davantage leur coopération.

“Avec la coopération, on arrive à contrôler cette zone qui est restée longtemps incontrôlée, on arrive à aller de part et d’autre de la frontière”, souligne le Capitaine Hamani Zakaria, du Niger. Mais “il faut beaucoup, beaucoup plus de présence.”

Le contact avec la population et les autorités locales est crucial, abonde le lieutenant malien Mohamed Lamine.

“Notre premier objectif, c’est de nous assurer que les ennemis ne sont pas infiltrés au sein de la population, cette information, on ne peut l’avoir que par le chef de canton”, estime-t-il, après une opération de contrôle dans un camp signalé comme potentiellement suspect.

En quelques minutes, les quelques maisons en terre cuite sont encerclées par les soldats maliens et français sous le regard des habitants assis paisiblement à l’extérieur.

“Nous avons trouvé que c’était un campement nomade”, explique Mohamed Lamine. “J’ai envoyé des éléments pour prendre contact avec le chef, il nous a rassurés, mais ça ne nous a pas empêché de faire les fouilles point par point jusqu’à la fin du campement”.

COMPLÉMENTARITÉ

Chassés en grande partie par l’intervention française Serval en 2013 dans le nord du Mali où ils avaient établi des sanctuaires, les groupes armés n’ont pour autant pas disparu de la région et conservent leur puissance de frappe, comme l’ont montré les récentes attaques contre la Minusma ou les attaques visant des intérêts occidentaux dans la région.

“Si l’on veut éviter, comme l’ennemi a tendance à le faire, qu’il opère dans un pays A, se réfugie dans un pays B et aille se ravitailler dans un pays C, il faut que ces frontières soient contrôlées”, souligne un officier français au QG de Barkhane à N’Djamena.

Ce constat nourrit depuis 2014 les opérations transfrontalières, bilatérales ou trilatérales, qui se multiplient au sein du G5 Sahel (Tchad, Niger, Mauritanie, Mali et Burkina Faso). L’opération Siham, la treizième du genre, s’inscrit dans une mécanique bien huilée.

Deux fois par an, les chefs d’état major des pays du G5, ainsi que celui de la France, se réunissent pour définir les grandes lignes stratégiques de leur partenariat militaire.

Des comités opérationnels prennent ensuite le relais en se rencontrant tous les deux trois mois pour appliquer la feuille de route.

“Avec la coopération, c’est surtout l’efficacité qui est visée”, souligne le colonel nigérien Moussa, assis au QG tripartite de l’opération Siham, dans les locaux de l’état-major du Niger, à Niamey.

“La complémentarité des armées existe et se concrétise par l’échange d’un pays à l’autre d’informations mais surtout on partage les expériences et les connaissances”, ajoute-t-il.

Les armées régionales apportent à la France “la connaissance du terrain, qui nous permet de nous déplacer beaucoup plus rapidement, le contact avec la population”, souligne de son côté le capitaine Eric. “Et nous, on peut leur apporter de l’appui avec une force de frappe. Ils ont maintenant l’habitude de travailler avec Barkhane”.

ÉCHANGES FLUIDIFIÉS

Comme sur le terrain, la coopération est omniprésente dans la petite salle de Niamey où une dizaine d’officiers maliens, nigériens et français suivent côte à côte et en direct le déroulé de l’opération devant leurs ordinateurs ou au téléphone.

Encore timide il y a quelques années, la coordination régionale s’est récemment musclée en se dotant de nouveaux outils.

Tombée en désuétude, une fréquence radio commune a été réactivée. Un annuaire cartographique recensant les numéros de téléphone des militaires des deux côtés d’une même frontière se met progressivement en place afin de fluidifier les échanges.

Les opérations se multiplient et montent en gamme. “La confiance s’établissant, les partenaires investissent plus de moyens”, souligne-t-on à Barkhane.

Seule la question délicate du droit de poursuite reste encore en suspens.

“Les groupes terroristes armés ne connaissent pas les frontières, les armées nationales, elles doivent s’arrêter aux frontières”, note le commandant Alexis, membre de la cellule tripartite. “L’objectif c’est de permettre à ces armées nationales de travailler de manière coordonnée, voire de pouvoir franchir la frontière s’ils découvrent des adversaires et de pouvoir les poursuivre et intervenir dessus sans prendre les frontières comme une contrainte”.

Dans les faits, si les armées régionales ont pu donner leur feu vert au cas par cas par le passé, aucun accord bilatéral n’a été encore officiellement conclu.

L’enjeu désormais, souligne-t-on à Barkhane, est de créer des “mécanismes permanents d’échanges d’informations, de renseignement, de coopération de manière à combler les intervalles entre les différentes opérations”.

D’ici là, l’organisation d’opérations similaires à Siham “seront souhaitables”, estime le capitaine malien Camara. “Ça dissuade les groupes armés et ça rassure la population”.

Edité par Yves Clarisse

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