June 10, 2016 / 6:52 AM / 2 years ago

Le gouvernement offre une porte de sortie à la CGT

par Emmanuel Jarry

Manifestatin à Nantes. François Hollande et Manuel Valls n'excluent pas des réquisitions pour acheminer les supporters de football vers les stades qui accueillent l'Euro, notamment ce vendredi, pour le coup d'envoi de la compétition au Stade de France. /Photo prise le 9 juin 2016/REUTERS/Stéphane Mahé

PARIS (Reuters) - François Hollande et Manuel Valls n’excluent pas des réquisitions pour acheminer les supporters de football vers les stades qui accueillent l’Euro, notamment ce vendredi, pour le coup d’envoi de la compétition au Stade de France.

Les cheminots grévistes ont reconduit jeudi leur mouvement pour un 10e jour de grève consécutif. Mais le gouvernement tente d’introduire un coin dans le front présenté jusqu’ici par la CGT cheminots et Sud-Rail, à la pointe du conflit contre la réforme du Code du travail et un nouveau cadre social pour la SNCF.

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a ainsi offert une porte de sortie au secrétaire général de la CGT en l’invitant à la rencontrer le 17 juin, trois jours après la journée nationale de mobilisation du 14 contre son projet de loi.

“C’est ce que nous réclamons depuis des mois, il était temps”, a déclaré à Reuters Philippe Martinez. “C’est mieux quand on se parle.”

La SNCF a fait état de 7,9% de grévistes jeudi et prévoit une amélioration du trafic vendredi, avec quatre TGV sur cinq, sept TER sur 10, un Transilien et train Intercités sur deux.

L’attention se concentre sur les lignes B et D du RER censées amener le soir des dizaines de milliers de personnes à Saint-Denis, où la France affrontera la Roumanie.

Les dirigeants de Sud-Rail font état de 100% de conducteurs de la ligne D ayant annoncé leur intention de faire grève, comme une proportion très importante de leurs collègues de la ligne B.

“L’ouverture de l’Euro va en remobiliser certains”, a ainsi dit à Reuters Eric Descamps, secrétaire fédéral de Sud-Rail.

“MESURES NÉCESSAIRES”

Cela contraint, selon eux, la direction à faire appel à des cadres et au “pool fac”, des conducteurs mobilisables à tout moment face aux aléas, afin d’assurer la desserte du stade.

Interrogés sur d’éventuelles réquisitions, le chef de l’Etat et le Premier ministre ont dit que ce n’était pas d’actualité, sans pour autant exclure cette éventualité.

“Pour l’instant, nous n’en sommes pas là”, a déclaré François Hollande en marge d’une visite à Tulle (Corrèze), en appelant à la responsabilité des syndicats engagés dans ce conflit.

L’Etat “prendra toutes les mesures qui sont nécessaires”, a cependant ajouté le président de la République. “S’il doit y avoir des décisions, elles seront prises.”

Manuel Valls avait lancé un message analogue un peu plus tôt, lors d’un déplacement à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

“Maintenant c’est le temps de la fête (...) et je suis déterminé à ce que les choses se passent dans les meilleures conditions”, avait-il dit. “Je n’exclus aucune hypothèse.”

Dans l’après-midi, Philippe Martinez, en déplacement dans le Loiret, a pour sa part assuré que son intention n’était pas de gâcher la fête de l’Euro.

“Je ne suis pas sûr que bloquer les supporters, empêcher la tenue de matches de football soit la meilleure image qu’on peut donner de la CGT”, a-t-il dit. “La CGT et ses organisations souhaitent que l’Euro se passe comme une fête populaire, que ce soit dans les stades comme dans les ‘fan zones’.”

La CGT distribuera des tracts en plusieurs langues pour expliquer sa position, a précisé le dirigeant de la CGT, qui a déclaré ne pas vouloir céder sur la loi Travail.

SORTIR PAR LE HAUT

Il a cependant redit qu’il laissait les salariés “décider de la reprise du travail” ou de la poursuite du mouvement.

Manuel Valls a jugé ces propos “responsables” et assuré que le dialogue restait “ouvert”, même si le cap est maintenu.

Confirmation en a été donnée par l’annonce du rendez-vous donné par Myriam El Khomri à Philippe Martinez, dont la ministre du Travail a dit ces derniers temps attendre des “propositions”.

Le dirigeant de la CGT paraît pour sa part soucieux de sortir par le haut de cette épreuve de force. “Si demain on nous dit qu’on suspend le projet de loi et qu’on discute, il n’y a plus de grève”, a-t-il ainsi répété jeudi.

Manuel Valls a en revanche dit condamner des “propos tout à fait irresponsables” de Sud-Rail, qu’il a appelé “à la raison”.

Des cadres et militants de ce syndicat se sont dits prêts, jeudi, à bloquer la desserte du Stade de France. Ses dirigeants contactés le soir par Reuters ont cependant nuancé ces propos.

“Bloquer l’accès aux stades n’est pas un mot d’ordre chez nous”, a ainsi dit Eric Descamps. “Il n’y a aucune volonté de bloquer l’Euro ou l’acheminement des supporters”, a confirmé un autre secrétaire fédéral de Sud-Rail, Eric Meyer.

Selon la SNCF, une cinquantaine de trains sur les lignes B et D du RER seront dédiés vendredi à la desserte du Stade de France. “Compte tenu du renforcement du plan de transport de la RATP, il n’y a pas d’inquiétude majeure pour l’acheminement des spectateurs”, ajoute-t-on de même source.

Dans un communiqué diffusé jeudi soir, la SNCF recommande cependant aux supporters d’anticiper leur déplacement.

Avec Mourad Guichard à Saran Loiret, édité par Jean-Stéphane Brosse

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