May 25, 2016 / 11:47 AM / 2 years ago

Le gouvernement tient bon sur la loi Travail, face aux blocages

PARIS (Reuters) - Le gouvernement a promis mercredi d’empêcher les syndicats opposés à la réforme du Code du travail de paralyser la France, notamment en bloquant les dépôts de carburant, et s’est engagé à maintenir le projet de loi, malgré la contestation.

Blocage d'un dépôt de carburant SFDM près de Donges. Le gouvernement s'est engagé à maintenir le projet de loi malgré la contestation. La porte ouverte par le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, qui a évoqué une modification de l'article 2 du projet de loi donnant la priorité aux accords d'entreprise, coeur de la réforme, a rapidement été refermée par le porte-parole du gouvernement. /Photo prise le 25 mai 2016/REUTERS/Stéphane Mahé

La porte ouverte par le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux, qui a évoqué une modification de l’article 2 du projet de loi donnant la priorité aux accords d’entreprise, coeur de la réforme, a rapidement été refermée par Manuel Valls.

“Ma porte est toujours ouverte pour le dialogue mais la CGT ne fait pas la loi dans ce pays”, a déclaré Marnuel Valls lors des questions au gouvernement à l’Assemblée. “Il n’y aura ni retrait du texte ni remise en cause de l’article 2.”

Le bras de fer s’est durci entre le gouvernement et la CGT, qui, avec l’appui de Force ouvrière dans certains secteurs, multiplie les actions dans le ferroviaire, le nucléaire, l’aérien et les ports, notamment lors d’une nouvelle journée d’action jeudi dans toute la France.

Les personnels des 19 centrales nucléaires françaises ont voté la grève pour cette journée, a déclaré Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération de l’énergie et des mines de la CGT. Ce mouvement devrait entraîner des baisses de charge, mais non l’arrêt des centrales, a-t-elle précisé.

Mais la CGT et SUD-Rail, qui ont appelé à une grève à la SNCF mercredi et jeudi, peinent à mobiliser : l’entreprise a annoncé 10,6% de grévistes mercredi, le taux le plus bas depuis le début de la mobilisation contre la loi Travail.

“Nous agissons pour les Français et pour que notre économie ne soit pas asphyxiée par les agissements de quelques-uns”, a expliqué Manuel Valls devant les députés.

DÉBLOCAGE DES DÉPÔTS

Pour les organisations patronales Medef et CGPME, il est temps d’agir pour éviter des faillites d’entreprises.

“Les grèves dans les transports et les difficultés d’approvisionnement en carburant commencent à impacter l’activité économique dans notre pays”, peut-on lire dans un communiqué. “Certaines entreprises tournent au ralenti, les plus fragiles d’entre elles voyant même leur existence menacée.”

Le gouvernement, qui a fait savoir que la situation était “tendue” en région parisienne, avec un peu plus de 40% des stations-service en difficulté mercredi, continue à “libérer” les accès aux dépôts de carburants.

Onze dépôts ont été débloqués depuis le début de la crise, dont, mercredi, celui de Douchy-les-Mines, selon le secrétaire d’Etat chargé des Transports, Alain Vidalies.

Dans la soirée, le préfet de la zone Ouest a fait savoir que “compte tenu des efforts très importants réalisés pour approvisionner le réseau des stations-services”, les préfets des régions Normandie, Bretagne, Centre et Pays-de-la-Loire sont sur le point de lever les restrictions d’approvisionnement.

De nombreuses préfectures d’un grand quart nord-ouest de la France avaient pris ces derniers jours des mesures pour limiter les volumes de carburant que les automobilistes pouvaient se procurer.

Les compagnies pétrolières ont commencé il y a deux jours à utiliser les stocks stratégiques de pétrole en France, en collaboration avec les pouvoirs publics, a annoncé le président de l’Union française des industries pétrolières.

Ces stocks ont toutefois été utilisés “d’une manière qui reste relativement marginale, trois jours sur 115 jours de stocks”, a assuré à la presse Alain Vidalies à la sortie du conseil des ministres.

Des experts du dossier soulignent eux aussi qu’il n’y a aucun risque de pénurie : les stocks stratégiques se situent toujours au-delà du seuil de cent jours de consommation requis par les traités internationaux mais tous ne sont pas pour le moment accessibles aux camions de livraison.

RÉQUISITIONS PAS ENCORE ENVISAGÉES

Pour empêcher un blocage, le gouvernement peut également réquisitionner des personnels dans les raffineries en cas de grève, une possibilité à laquelle le gouvernement de Nicolas Sarkozy avait eu recours en 2010.

Plusieurs élus de l’opposition ont demandé au gouvernement de mettre en oeuvre des mesures de réquisition. Cette possibilité n’a pas encore été évoquée, selon Alain Vidalies, mais, selon le ministre de la Justice; Jean-Jacques Urvoas, le gouvernement n’exclut pas de l’étudier.

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a quant à lui assuré que la mobilisation allait “continuer”.

“Monsieur Hollande, dans son programme des élections présidentielles, n’a jamais dit ‘je vais casser le Code du travail’”, a-t-il dit sur France Inter, ajoutant que la mobilisation contre la loi Travail était “le reflet de tout ce mécontentement que nous connaissons depuis des années”.

Selon un sondage, réalisé par l’institut Elabe pour BFM TV, 69% des Français sont favorables au retrait du projet de loi Travail pour éviter un blocage du pays.

Chine Labbé, avec Michel Rose, James Regan, Ingrid Melander, Jean-Baptiste Vey, Elizabeth Pineau et Emile Picy, édité par Simon Carraud

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