April 4, 2016 / 5:31 AM / 2 years ago

Enquêtes et démentis après les révélations des "Panama papers"

par Jane Wardell et Elida Moreno

La firme panaméenne Mossack Fonseca, spécialisée dans le montage de sociétés offshore, citée dans l'enquête "Panama Papers". Cette enquête menée pendant un an par 378 journalistes dans 77 pays a permis de divulguer des informations sur des avoirs cachés dans des paradis fiscaux par des dirigeants politiques, des personnalités sportives, voire des organisations criminelles. /Photo prise le 3 avril 2016/REUTERS/Carlos Jasso

PARIS/SYDNEY/PANAMA (Reuters) - Les réactions se multiplient lundi dans le monde entier après la publication par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et une centaine de médias internationaux d’informations sur des avoirs cachés dans des paradis fiscaux par des milliers de personnes ou organisations, parmi lesquelles figurent des dirigeants politiques en exercice, des personnalités sportives, voire des organisations criminelles.

Ces révélations, regroupées sous l’appellation “Panama papers”, sont l’aboutissement d’une enquête menée pendant un an par 378 journalistes de 77 pays sur 11,5 millions de documents provenant du cabinet juridique panaméen Mossack Fonseca, spécialisée dans le montage de sociétés offshore.

Ces documents, remis au journal allemand Süddeutsche Zeitung par un lanceur d’alerte dont l’identité n’a pas été révélée, ont permis d’analyser dans le détail près de 214.500 entités créées par ce cabinet entre 1977 et 2015 dans une vingtaine de paradis fiscaux, pour le compte de clients issus de plus de 200 pays.

“Je crois que ces fuites conduiront sans doute au coup le plus important jamais porté au monde ‘offshore’ en raison de l’étendue des documents”, a déclaré Gerard Ryle, directeur de l’ICIJ.

L’analyse de ce que le journal Le Monde décrit comme une “immense caverne d’Ali Baba de l’évasion fiscale” a révélé qu’un millier de ressortissants français auraient eu recours aux sociétés écrans mises en place par Mossack Fonseca.

Le président François Hollande a promis que le fisc et la justice mèneraient les investigations nécessaires.

“Ce que je peux vous assurer c’est qu’à mesure que les informations seront connues, toutes les enquêtes seront diligentées, toutes les procédures seront inscrites et les procès éventuellement auront lieu”, a-t-il dit.

“C’est une bonne nouvelle que nous ayons connaissance de ces révélations parce que ça va nous faire encore des rentrées fiscales de la part de ceux qui ont fraudé”, a-t-il ajouté.

LE RUSSE POUTINE ET LE PAKISTANAIS SHARIF MIS EN CAUSE

Le quotidien britannique The Guardian fait notamment référence à un réseau de transactions offshore et de prêts pour un montant total de deux milliards de dollars (1,75 milliard d’euros) menant à des proches de Vladimir Poutine. Reuters n’a pu obtenir de confirmation de ces informations de source indépendante.

Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire de Reuters.

La semaine dernière, il avait déclaré que les informations de presse sur les transactions financières effectuées par le violoncelliste Sergueï Roldouguine, l’un des plus proches amis de Poutine, faisaient partie d’une campagne politique visant à discréditer le président avant les prochaines élections.

En Australie, le fisc a annoncé enquêter sur plus de 800 clients fortunés de Mossack Fonseca.

“Nous avons identifié pour l’instant plus de 800 contribuables particuliers et nous avons désormais relié plus de 120 d’entre eux à un fournisseur associé de services à l’étranger basé à Hong Kong”, a annoncé la direction des impôts australienne (ATO) dans un courriel adressé à Reuters. Elle ne précise pas le nom de la société de Hong Kong.

Le directeur de Mossack Fonseca, Ramon Fonseca, a nié toute infraction mais il a expliqué que le cabinet avait été victime d’un piratage “limité” de ses bases de données.

“Nous pensons qu’il y a une campagne internationale contre le droit au secret”, a dit Ramon Fonseca à Reuters dimanche par téléphone. “Le secret est un droit humain sacré mais il y a des gens qui ne le comprennent pas. Nous croyons au secret et continuerons à oeuvrer pour qu’il soit protégé juridiquement.”

LE CABINET MOSSACK FONSECA SE DÉFEND

Cofondateur du cabinet, Ramon Fonseca, qui était jusqu’au mois dernier conseiller du gouvernement panaméen, a affirmé que sa firme avait mis en place plus de 240.000 sociétés, dont “l’immense majorité” a été utilisée, selon lui, “à des fins légitimes”.

“Nous nous consacrons à créer des structures juridiques que nous vendons à des intermédiaires tels que des banques, des avocats, des comptables et des trusts”, a-t-il dit. “Ils ont leurs clients, que nous ne connaissons pas”, a-t-il dit.

Au total, selon les “Panama papers”, la liste des clients ayant eu recours à des montages financiers offshore pour dissimuler leurs actifs comprend les noms de 128 dirigeants politiques et douze chefs d’Etat ou de gouvernement, dont six encore en activité.

Y figurent également plusieurs membres de la famille du Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, parmi lesquelles sa fille Mariam et son fils Hussein.

Le ministre pakistanais de l’Information, Pervez Rasheed, a démenti toute infraction.

“Tout être humain a le droit de faire ce qu’il veut de ses biens : les jeter à la mer, les vendre ou créer un trust. Il n’y a aucun délit à cela dans le droit pakistanais comme dans le droit international”, a-t-il dit.

Plusieurs médias citent aussi, parmi les bénéficiaires des services de Mossack Fonseca, des responsables actuels ou passés de la FIFA, la Fédération internationale de football, dont Michel Platini, le président de l’UEFA suspendu de ses fonctions.

Le comité d’éthique de la FIFA a annoncé dimanche avoir ouvert une enquête sur l’un de ses membres, l’Uruguayen Juan Pedro Damiani, au sujet de ses relations d’affaires avec son compatriote Eugenio Figueredo, ancien vice-président de la FIFA et ex-président de la Confédération sud-américaine (Conmebol). Des informations sur ces relations d’affaires apparaissent dans les documents étudiés par l’ICIJ.

Avec Myriam Rivet, Yann Le Guernigou et Elizabeth Pineau à Paris; Patrick Vignal et Marc Angrand pour le service français

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