April 1, 2016 / 5:01 PM / 2 years ago

L'application de l'accord UE-Turquie sur les migrants incertaine

ISTANBUL/ATHENES (Reuters) - Des centaines de réfugiés et migrants ont manifesté vendredi sur l’île grecque de Chios tandis que des organisations de défense des droits de l’homme soulignaient les obstacles à l’application, prévue lundi, de l’accord contesté entre l’Union européenne et Ankara sur le renvoi de demandeurs d’asile vers la Turquie.

Mouvement de protestation de migrants non loin d'Idomeni, près de la frontière gréco-macédonienne. Des organisations de défense des droits de l'homme ont souligné vendredi les obstacles à l'application, prévue lundi, de l'accord contesté entre l'Union européenne et Ankara sur le renvoi de demandeurs d'asile vers la Turquie. /Photoi prise le 1er avril 2016/REUTERS/Marko Djurica

A Chios, plusieurs centaines de personnes sont parvenues à franchir l’enceinte de barbelés du camp dans lequel elles étaient rassemblées et se sont dirigées vers le port pour protester contre la perspective de leur expulsion, disant craindre pour leur sécurité, a rapporté la police. Cette dernière n’est pas intervenue dans l’immédiat.

Des incidents ont eu lieu jeudi dans ce centre. Des vitres ont été brisées et dix personnes légèrement blessées, a expliqué un autre responsable policier.

“Ils disent qu’ils ne veulent pas retourner en Turquie et qu’ils ont des craintes pour leur sécurité après les affrontements d’hier dans le ‘hot spot’”, a dit un responsable de la police de Chios en utilisant le terme choisi par l’UE pour désigner les centres d’enregistrement devenus ces dernières semaines des lieux de rétention administrative.

Les tensions à Chios font craindre d’autres résistances à la mise en application de l’accord conclu le 20 mars entre l’UE et la Turquie, censée intervenir lundi 4 avril.

Même si le rythme des arrivées a baissé, plus de 1.900 personnes ont franchi la mer entre la Turquie et la Grèce depuis le début de la semaine, portant à 5.622 le nombre de nouveaux arrivants recensés depuis le 20 mars.

L’UE prévoit d’envoyer plusieurs centaines de policiers et de fonctionnaires de l’immigration en Grèce pendant le week-end pour organiser les premiers retours en Turquie, censés contribuer à tarir le flux des migrants, estimé à plus d’un million de personnes depuis l’an dernier.

POUR AMNESTY, LA TURQUIE N’EST PAS UN PAYS SÛR

De leur côté, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’organisation non gouvernementale Amnesty International ont émis des objections à l’application de l’accord, Amnesty accusant Ankara d’avoir renvoyé illégalement en Syrie des milliers de personnes qui tentaient de fuir la guerre.

“Tout à leur hâte de sceller leurs frontières, les dirigeants de l’UE ont délibérément fermé les yeux sur un fait très simple : la Turquie n’est pas un pays sûr pour les réfugiés syriens et la situation se dégrade en outre de jour en jour”, a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

La Commission européenne a déclaré enquêter sur ces accusations et dit vouloir aborder le sujet avec les autorités turques.

Melissa Fleming, porte-parole du HCR, a déclaré à Genève lors d’un point de presse que des vides juridiques importants subsistaient en Grèce comme en Turquie et elle a appelé toutes les parties concernées à faire en sorte que tous les mécanismes de protection soient en place avant les premiers retours.

A Athènes, le Parlement grec a amendé la législation sur le droit d’asile afin de permettre l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie. Le texte a été adopté par 169 des 300 députés de la Vouli, le Parlement monocaméral.

Avant le vote, le ministre de l’Immigration, Yiannis Mouzalas, s’était efforcé de rassurer les députés de Syriza, le parti du Premier ministre Alexis Tsipras, quant aux risques de violation des droits des migrants.

“Je vous assure, et je crois que cela soulagera tout le monde, que nous respecterons scrupuleusement les procédures en matière de droits de l’homme prévues par le droit international et la Convention de Genève”, a-t-il dit.

BRUXELLES AFFICHE SON OPTIMISME

Parallèlement, rien n’indique que la Turquie aura modifié à temps sa propre législation pour assurer une protection internationale aux non Syriens renvoyés des îles grecques dans le cadre de l’accord avec l’UE.

Le Parlement turc siégeait vendredi mais on dit de source autorisée que l’ordre du jour ne prévoyait aucun texte lié à l’accord sur les migrants et la session ne devrait pas reprendre avant mardi.

La Commission européenne, elle, continue d’afficher son optimisme sur la mise en oeuvre de l’accord.

“Les préparatifs sont bien engagés pour assurer que le retour des personnes dont la demande d’asile a été déclarée inacceptable et de celles qui n’ont pas demandé de protection puisse débuter avec la réinstallation de Syriens depuis la Turquie le 4 avril”, a déclaré Mina Andreeva, porte-parole de l’exécutif communautaire.

Interrogée sur les vides juridiques en Turquie liés au traitement des non Syriens, elle a répondu que personne ne serait renvoyé en Turquie sans bénéficier d’une protection internationale.

Au total, quelque 53.000 migrants et réfugiés se trouvent en Grèce, dont les pays voisins du nord ont fermé leurs frontières.

Le HCR a dénoncé la détérioration de la situation dans les “hot spots” de Lesbos et Samos ainsi que dans le port athénien du Pirée et à Idomeni, à la frontière de la Macédoine.

“Le risque de mouvements de panique et de blessures sur ces sites et d’autres est réel”, a déclaré sa porte-parole.

avec Gabriela Baczynska, Alastair Macdonald et Francesco Guarascio à Bruxelles, Lefteris Papadimas et Renee Maltezou à Athènes, Tulay Karadeniz et Nick Tattersall à Ankara; Marc Angrand et Guy Kerivel pour le service français

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