March 24, 2016 / 6:03 PM / 2 years ago

Six arrestations dans l'enquête sur les attentats de Bruxelles

par Alastair Macdonald, Ingrid Melander et Foo Yun Chee

Opération des forces de sécurité belges à Schaerbeek, dans le nord de l'agglomération bruxelloise. Six personnes ont été arrêtées jeudi soir dans le cadre de l'enquête sur les attentats dans la capitale belge. /Photo prise le 25 mars 2016/REUTERS/Vincent Kessler

BRUXELLES (Reuters) - L’enquête sur les attentats du 22 mars à Bruxelles s’est poursuivie jeudi soir avec l’arrestation de six personnes dans la capitale belge tandis que la classe politique accusait le coup, les ministres de l’Intérieur et de la Justice ayant proposé leur démission.

Aucun détail n’a été communiqué pour l’heure sur l’identité de ces six personnes.

Les forces de sécurité ont également procédé à des perquisitions dans les communes de Schaerbeek, dans le nord de l’agglomération bruxelloise, de Jette (ouest) ainsi que dans le centre de la capitale belge, écrit le parquet fédéral belge dans un communiqué diffusé en fin de soirée.

Selon la presse belge, ces opérations ont débuté peu avant 21h00 (20h00 GMT) et ont mobilisé d’importants moyens avec déploiement d’unités spéciales d’intervention et d’un hélicoptère.

La Libre Belgique précise que trois des six personnes interpellées se trouvaient dans une voiture stationnée en face du bâtiment du parquet fédéral, en plein centre de la capitale.

Les autorités belges ont abaissé d’un cran le niveau d’alerte en vigueur, qui passe de quatre - le maximum - à trois, deux jours après les attentats qui ont fait au moins 31 morts et 270 blessés.

Les trois membres du commando qui a attaqué mardi matin l’aéroport de Bruxelles-Zaventem sont partis de Schaerbeek. Deux d’entre eux, Ibrahim el Bakraoui et Najim Laachraoui, se sont fait exploser sur place. Le troisième homme, qui apparaît vêtu d’une veste claire et d’un chapeau sur les images filmées par les caméras de surveillance, est en fuite. Il aurait laissé sur place la charge la plus puissante, qui a explosé avec retard et n’a pas fait de victimes.

Un troisième kamikaze, Khalid el Bakraoui, frère d’Ibrahim, s’est fait exploser une heure plus tard à la station de métro de Maelbeek. Un autre homme, filmé à ses côtés dans le métro, est aussi recherché par les forces de sécurité.

Les auteurs des attentats de Bruxelles projetaient à l’origine de viser une centrale nucléaire en Belgique mais ont dû changer leurs plans après les arrestations de la semaine dernière, affirme le journal belge La Dernière Heure (DH) qui cite une source policière.

La famille de Najim Laachraoui, kamikaze soupçonné d’être aussi l’un des coordinateurs et artificiers depuis Bruxelles des attaques du 13 novembre, a évoqué jeudi “un garçon gentil” et a dit ne pas avoir décelé le moindre signe de radicalisation avant son départ pour la Syrie, début 2013.

COUP DE THÉÂTRE POLITIQUE

Les ministres belges de l’Intérieur et de la Justice, Jan Jambon et Koen Geens, ont offert leur démission jeudi, après les manquements révélés à la suite des attentats, mais le Premier ministre Charles Michel, évoquant “une situation de guerre”, leur a demandé de rester à leur poste.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mercredi qu’Ibrahim el Bakraoui avait été arrêté en juin près de la frontière syrienne et expulsé à sa demande le mois suivant aux Pays-Bas. Bruxelles et Amsterdam ont alors été informées qu’il s’agissait d’un djihadiste présumé, a-t-il souligné.

Les autorités belges, qui ne le considéraient pas comme tel, n’ont pas demandé son extradition. Il n’avait pourtant pas respecté les règles de la libération conditionnelle dont il avait bénéficié après une condamnation à neuf ans de prison pour des faits de grand banditisme, ce qui aurait justifié son retour en prison. Deux autres responsables turcs ont indiqué qu’il avait été expulsé une deuxième fois.

“Si l’on aligne tous les faits, on peut se poser de grandes questions sur un certain nombre de choses, tant en ce qui concerne la justice que les développements ensuite au niveau policier”, a reconnu jeudi Jan Jambon.

“En d’autres circonstances, je n’aurais pas accédé à la demande du Premier ministre de rester”, a-t-il ajouté.

UN RÉSEAU EUROPÉEN

Les Pays-Bas se sont également défendus face aux annonces turques. Le ministre de l’Intérieur Ard van der Steur a dit qu’Ibrahim el Bakraoui “n’était enregistré nulle part et les autorités turques n’ont pas dit pour quelle raison il avait été expulsé”. Il a en outre reproché à Ankara de ne pas avoir suivi “la procédure normale”.

De sources américaines proches du dossier, on affirme en revanche que les frères Bakraoui figuraient bien sur la liste noire des Etats-Unis avant les attentats.

Les enquêteurs sont convaincus que les auteurs des attentats de Bruxelles appartiennent au même réseau que celui qui a organisé les attaques du 13 novembre à Paris.

Le parquet belge a ainsi confirmé qu’il avait lancé en décembre dernier un mandat d’arrêt international contre Khalid el Bakraoui, dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Paris.

La presse belge affirme qu’il avait, à l’instar de son frère, enfreint en mai les règles de sa remise en liberté conditionnelle après une condamnation pour des faits de droits commun.

RÉPONSE COMMUNE

Les ministres européens de l’Intérieur et de la Justice, réunis dans l’urgence hier à Bruxelles à deux pas de l’attentat contre la station de métro de Maelbeek, ont à nouveau plaidé pour la conclusion rapide d’un accord sur l’échange de renseignements stratégiques, et notamment de données concernant les passagers des compagnies aériennes (Passenger Name Record, PNR).

Koen Geens, ministre belge de la Justice, s’est félicité de progrès dans “l’échange d’informations et les enquêtes conjointes”, ajoutant que plusieurs de ses homologues avaient promis jeudi de lui fournir des éléments.

Signe supplémentaire de l’étendue de la menace en Europe, la France a annoncé jeudi avoir déjoué un projet d’attentat “à un stade avancé” et interpellé un individu de nationalité française soupçonné d’appartenir à un réseau terroriste. Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a précisé qu’”à ce stade, aucun élément tangible ne relie ce projet aux attentats de Paris et de Bruxelles”.

Autre lien crucial entre les attentats de Paris et Bruxelles, Salah Abdeslam a brusquement changé de stratégie judiciaire. Il veut désormais rentrer en France “le plus vite possible”, a déclaré jeudi son avocat à la presse.

Après sa capture, vendredi à Molenbeek, ce Français d’origine marocaine de 26 ans avait dans un premier temps fait savoir qu’il refusait d’être remis aux autorités françaises.

Julie Carriat pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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