March 24, 2016 / 2:19 PM / 2 years ago

La mobilisation contre la loi Travail s'essouffle

PARIS (Reuters) - Le projet controversé de réforme du Code du travail a subi jeudi un double examen de passage, avec sa présentation en conseil des ministres et une journée de manifestations de jeunes émaillées d’incidents.

Le projet controversé de réforme du Code du travail a subi jeudi un double examen de passage, avec sa présentation en conseil des ministres et une journée de manifestations de jeunes émaillées d'incidents, comme ici à Nantes. La mobilisation marque le pas, avec 43.000 manifestants dans la toute la France, dont environ 5.000 à Paris, selon la police. /Photo prise le 24 mars 2016/REUTERS/Stéphane Mahé

La mobilisation marque le pas, avec 43.000 manifestants en France, dont environ 5.000 à Paris, selon la police. Le syndicat étudiant Unef a en revanche compté le même nombre de lycéens et d’étudiants dans les rues que le 17 mars, soit environ 150.000, et noté une progression dans certaines villes, comme à Rennes.

Le ministère de l’Education nationale a fait état de 57 lycées bloqués en fin de matinée sur un total d’environ 2.500 établissements, contre 90 le 9 mars et 115 la semaine dernière.

“Ça montre bien la détermination des jeunes de ce pays à continuer à se faire entendre (face à) un gouvernement jusqu’au-boutiste”, a déclaré le président du syndicat étudiant Unef, William Martinet, sur BFM TV.

Des débordements sont survenus en marge de la centaine de cortèges et rassemblements, notamment à Paris où “la police des polices” a ouvert une enquête après la diffusion sur internet d’une vidéo montrant un policier molester un lycéen.

“Aucune violence, d’où qu’elle vienne, ne peut être tolérée”, a déclaré Bernard Cazeneuve en marge d’une visite à Bruxelles. Le ministre de l’Intérieur a fait état de dix policiers blessés et de 45 interpellations parmi les manifestants.

Quinze interpellations ont été signalées à Paris, où deux véhicules ont été incendiés et un incendie de containers poubelles s’est propagé à la façade d’un établissement scolaire.

A Rennes, un étudiant de 24 ans a été placé en garde à vue pour violences à la suite d’échauffourées avec les forces de l’ordre en marge du cortège qui a rassemblé quelque 3.000 personnes. A Lyon, où l’on dénombrait 1.400 personnes selon les autorités, les forces de l’ordre ont interpellé trois manifestants qui lançaient des projectiles dans leur direction.

A Marseille, cinq manifestants ont été interpellés pour “violences, dégradations et outrages à personne dépositaire de l’autorité publique” et un policier a été blessé.

“SUR DEUX JAMBES”

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a dit sa “vigilance” face aux revendications des jeunes et défendu un “nouvel élan de la démocratie sociale” dans son texte, qui reste contesté malgré des modifications apportées par le gouvernement.

“Je reste toujours vigilante par rapport aux jeunes parce que c’est eux qui subissent cette hyper précarité, eux qui collectionnent ces CDD courts”, a-t-elle dit à la presse.

Cette journée constituait un nouveau test intermédiaire avant le principal rendez-vous noté au calendrier des opposants les plus résolus à la réforme, la mobilisation du 31 mars organisée à l’appel des organisations de jeunes, mais aussi de la CGT ou de Force ouvrière.

Le projet de loi, qui entend donner plus de place à la négociation collective dans les entreprises et les branches professionnelles pour renforcer la compétitivité et développer l’emploi, doit maintenant être examiné par le Parlement.

“Ce texte marche sur deux jambes, il est équilibré : à la fois de nouvelles souplesses pour les entreprises, et puis de nouvelles protections, de nouveaux droits pour les salariés”, a dit Myriam el Khomri à l’issue du conseil des ministres.

Face à la contestation, le Premier ministre, Manuel Valls, avait décidé de retarder de 15 jours sa présentation au conseil des ministres pour consulter les partenaires sociaux et amender le texte.

Ainsi, ne figurent plus dans le texte le plafonnement des indemnités prud’homales pour licenciement abusif, la possibilité pour les petits employeurs de fixer unilatéralement certaines règles en cas d’absence d’accord collectif et une disposition permettant de faire travailler plus longtemps des apprentis, sur simple information de l’inspection du travail.

Le texte commencera son cheminement au Parlement le 4 avril en commission pour un début d’examen en séance à l’Assemblée début mai et une adoption définitive prévue en juillet.

Un groupe d’élus socialistes frondeurs radicalement opposés au projet de loi et conduits par les députés Christian Paul et Laurent Baumel, propose une “contre-réforme” visant à créer une “véritable sécurité sociale professionnelle”.

Emmanuel Jarry, avec Guillaume Frouin, édité par Sophie Louet

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