February 2, 2016 / 3:22 PM / in 2 years

Offensive de l'armée syrienne, la réunion de Genève menacée

par Suleiman Al-Khalidi et John Irish

Le chef de la délégation de Damas, Bachar al Djaafari, à son arrivée à Genève, où les Nations unies tentent d'amorcer des négociations de paix intersyriennes. Sur le terrain, les forces gouvernementales syriennes appuyées par l'aviation russe ont poursuivi leur progression mardi dans la région d'Alep, la grande ville du nord-ouest de la Syrie divisée entre loyalistes et rebelles. /Photo prise le 2 février 2016/REUTERS/Pierre Albouy

AMMAN/GENEVE (Reuters) - Les forces gouvernementales syriennes appuyées par l’aviation russe ont poursuivi leur progression mardi dans la région d’Alep, la grande ville du nord-ouest de la Syrie divisée entre loyalistes et rebelles, compliquant la tâche des Nations unies qui tentent d’amorcer des négociations de paix intersyriennes à Genève.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et des médias d’Etat syriens, les forces fidèles à Bachar al Assad ont avancé au nord-ouest d’Alep en direction de Nouboul et Al Zahraa. Ces deux villages chiites, à une vingtaine de kilomètres de la ville d’Alep, sont restés fidèles au régime mais sont encerclés par les forces rebelles.

Les gains territoriaux des forces pro-Assad menacent les lignes d’approvisionnement des insurgés entre la Turquie et Alep.

Cette offensive majeure, la première dans le secteur depuis l’entrée en action de l’aviation russe fin septembre, a débuté lundi, alors que se poursuivaient à Genève les tractations en vue de l’ouverture de “négociations de proximité” sous l’égide des Nations unies. L’envoyé spécial de l’Onu, Staffan de Mistura, a certes annoncé lundi en début de soirée l’ouverture officielle de ces discussions indirectes entre les représentants du gouvernement et de l’opposition.

Mais il a été démenti mardi par le chef de la délégation de Damas, Bachar al Djaafari. “Les conditions formelles ne sont pas encore réunies. Nous sommes toujours dans la phase préparatoire avant le lancement officiel des négociations indirectes”, a-t-il dit à la presse après deux heures et demie d’entretien avec l’émissaire onusien.

“Pour préparer ce lancement officiel, il nous faut les deux délégations mais dans l’autre camp, la délégation n’a pas été finalisée”, a poursuivi le diplomate syrien.

“LE RÉGIME ET LA RUSSIE MENACENT LE PROCESSUS POLITIQUE”

Le Haut Conseil pour les négociations (HCN), regroupement de groupes d’opposition et de mouvements rebelles formé en décembre à Ryad, lui non plus n’est pas sur la ligne du représentant de l’Onu.

Une nouvelle rencontre qui était programmée en fin de journée entre De Mistura et la délégation de l’opposition a été annulée.

“Il est évident à travers la situation actuelle que le régime et ses alliés, en particulier la Russie, sont déterminés à rejeter les efforts de l’Onu pour mettre en oeuvre le droit international”, a déclaré Salim al Mouslat, porte-parole du HCN.

“Les actes du régime et de la Russie menacent gravement les premières étapes du processus politique”, a-t-il ajouté.

Pour l’opposition, qui souligne que sa délégation n’est pas à Genève pour négocier mais pour tester les intentions du régime, il ne peut y avoir de discussions même indirectes tant que le gouvernement syrien bombarde des secteurs civils, maintient le blocus des villes assiégées et refuse de libérer des détenus.

Ces conditions figurent dans la résolution 2254 adoptée à l’unanimité le 18 décembre dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies. Son article 12 demande l’accès de l’aide humanitaire aux zones assiégées et l’article 13 exige l’arrêt du bombardement des populations civiles.

“Nous avons dit clairement à l’émissaire de l’Onu qu’il ne doit pas interpréter à tort les échanges que nous avons avec lui comme le début d’un processus de négociation”, prévenait dès lundi soir Monzer Makhous, membre du HCN, avant d’insister: “Nous ne sommes là que pour quelques jours. Soyons clairs, quelques jours seulement: s’il n’y a pas de progrès sur le terrain, nous partirons.”

De Mistura a souligné pour sa part qu’il appartenait aux grandes puissances impliquées dans le processus syrien de mettre en place des cessez-le-feu en Syrie.

“BATAILLE DÉCISIVE”

Dans la région d’Alep, où les forces pro-gouvernementales progressent depuis deux jours avec l’appui de l’aviation russe, l’heure n’est pas à un cessez-le-feu.

Joint par Reuters, un commandant rebelle a annoncé un déploiement de renforts, dont des missiles antichar TOW de conception américaine, l’arme la plus efficace de la rébellion syrienne fournie dans le cadre d’un programme supervisé par la CIA, en vue de ce qu’il a qualifié de “bataille décisive”.

“Nous y avons envoyé de nouveaux combattants ce matin, des armes plus lourdes. Il y aura semble-t-il, si Dieu le veut, une bataille décisive dans le nord”, a dit Ahmed al Séoud, commandant de la Division 13 de l’Armée syrienne libre (ASL).

Le secteur d’Alep et les territoires situés au nord de la deuxième ville du pays, vers la frontière turque, sont stratégiques pour les deux camps.

D’après un correspondant de la chaîne de télévision pro-gouvernementale Al Mayadine intégré aux forces gouvernementales, plus de 150 frappes aériennes ont accompagné leur progression ces deux derniers jours.

L’intervention russe, ordonnée fin septembre par Vladimir Poutine, a bouleversé la donne militaire en Syrie.

Dans une interview accordée la nuit dernière à Reuters, en marge d’un déplacement en Jordanie, le secrétaire britannique au Foreign Office, Philip Hammond, a accusé le président russe d’attiser le confit.

“Il m’est toujours pénible de constater que tout ce que nous entreprenons est saboté par les Russes”, a-t-il dit. “Le problème, avec les Russes, c’est que, pendant qu’ils parlent, ils bombardent, et ils prêtent main forte à Assad.”

Les forces gouvernementales syriennes, appuyées par l'aviation russe, ont poursuivi leur progression mardi dans la région d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Cette offensive majeure a lieu alors que les tractations se poursuivent à Genève en vue de l'ouverture de pourparlers de paix sous l'égide des Nations unies. /Photo prise le 31 janvier 2016/REUTERS/Abdalrhman Ismail

avec Tom Perry à Beyrouth et Kinda Makieh à Genève; Eric Faye, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Tangi Salaün

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