January 12, 2016 / 4:53 PM / in 2 years

François Hollande ou la tentation du statu quo préélectoral

par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry

A quinze mois de l'élection présidentielle, la tentation est grande pour François Hollande de lever le pied sur les réformes afin de rassembler une gauche critique sans faiblir contre le chômage, principal échec à ce stade d'un quinquennat finissant. /Photo prise le 9 janvier 2016/REUTERS/Michel Euler/Pool

PARIS (Reuters) - A quinze mois de l’élection présidentielle, la tentation est grande pour François Hollande de lever le pied sur les réformes afin de rassembler une gauche critique sans faiblir contre le chômage, principal échec à ce stade d’un quinquennat finissant.

Le président français a martelé qu’il réformerait jusqu’à “la dernière seconde” de son mandat et dirait “le moment venu” s’il est de nouveau candidat, ce dont personne ne doute, même si une partie de la gauche réclame une primaire.

A la tête d’un pays miné par le chômage, il est confronté à deux camps au sein de sa famille politique : ceux qui, comme le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, réclament des réformes à marche forcée au nom de “l’urgence économique” et ceux qui ne veulent pas de nouvelles mesures “libérales”.

“Il est clair qu’il ne va à peu près rien faire en matière économique et sociale d’ici la fin de son quinquennat”, prédit l’économiste Elie Cohen. “La première raison est qu’il n’a pas la majorité parlementaire pour le faire ; la deuxième est son obsession, d’ici la présidentielle, de se conforter à gauche.”

Pour éviter des candidatures multiples dans son camp, le chef de l’Etat doit donner des gages à l’aile gauche du PS, mais aussi aux radicaux, aux écologistes, voire aux communistes. “Ce n’est certainement pas en poursuivant son agenda de réformes qu’il les séduira”, explique l’économiste.

François Hollande a fait de la baisse du chômage une condition de sa candidature et présentera lundi un nouveau plan emploi sous l’oeil méfiant de syndicats qui craignent une flexibilité accrue du marché du travail.

RECENTRAGE VERS LA GAUCHE

Il a promis dans ses voeux du 31 décembre d’offrir une formation à 500.000 chômeurs. A l’agenda figure aussi le projet de loi de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, sur la réforme du Code du travail et le compte personnel d’activité qui réunira tous les droits des salariés.

Ce texte pourrait être fusionné avec un texte sur les nouvelles opportunités économiques préparé par Emmanuel Macron, qui vise surtout à libéraliser l’accès à certaines professions, comme les boulangers et les coiffeurs.

Un traitement interprété comme une tentative d’affaiblir l’influence du ministre de l’Economie et d’éviter un nouveau recours à l’article 49-3 de la Constitution, qui autorise le gouvernement à faire adopter une loi sans vote à l’Assemblée nationale.

Ces textes votés, les ultimes mois du quinquennat pourraient être ceux du statu quo au nom du rassemblement à gauche.

“Après le tournant social-libéral de la deuxième année, il y a une espèce de léger recentrage vers la gauche”, explique l’économiste Nicolas Bouzou. “Le climat entre le gouvernement et les partenaires sociaux est suffisamment compliqué pour qu’on n’attende pas de grandes réformes.”

S’il invite le gouvernement à agir davantage contre le chômage et la précarité, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, prédit aussi une pause pré-électorale.

“Je ne suis pas certain que l’année 2016 soit une année de surcharge de travail pour l’Assemblée nationale”, déclarait-il mardi lors de ses voeux à la presse.

DÉPART DE LAURENCE BOONE

Le départ, annoncé lundi, de Laurence Boone, conseillère économique du président, sonne comme le signe d’une fin de cycle. “C’est un mauvais signal dans la mesure où ça veut sans doute dire qu’elle considère qu’il n’y a plus grand-chose à faire à l’Elysée”, juge Nicolas Bouzou.

Avant d’arriver à la présidence, Laurence Boone s’était montrée très critique avec le pouvoir, fustigeant en mai 2014 dans L’Opinion une “absence totale de politique économique, qui va conduire la France dans trois ans à mettre droite et gauche classiques au troisième rang derrière le Front national”.

Des propos tenus alors même que François Hollande avait déjà annoncé le lancement du “pacte de responsabilité”, des baisses de charges et d’impôts en faveur des entreprises qui ont symbolisé le changement de politique de l’exécutif.

Le patron du groupe Axa, Henri de Castries, qu’elle a décidé de rejoindre, déclarait lui-même samedi dernier : “Par manque de courage et de vision, notre pays n’avance pas.”

Après 18 mois à l’Elysée, où elle s’est surtout occupée de la zone euro, Laurence Boone part “en très bon termes” avec le président, assure-t-on cependant dans l’entourage de ce dernier.

Le cycle qui débute est-il celui du “président-candidat” ? Pour convaincre du bien-fondé de ses ambitions, le chef de l’Etat n’aura en tout cas pas trop de ses 40 ans d’expérience politique pour faire oublier son échec face au chômage.

“Comme c’est un homme politique rusé, il va essayer de déplacer le terrain”, pense Elie Cohen. “Il va dire par exemple qu’une tendance a été inversée pour le chômage des jeunes, qu’il y a une nette reprise de la création d’emplois dans le secteur marchand, même si ça se concentre dans l’intérim.”

“S’il est vraiment décidé à être candidat, ce que je crois, il trouvera l’habillage nécessaire”.

Avec Jean-Baptiste Vey et Michel Rose, édité par Yves Clarisse

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