January 11, 2016 / 7:14 AM / 3 years ago

David Bowie emporté par un cancer à l'âge de 69 ans

par Paul Sandle et Guy Faulconbridge

A Brixton, dans le quartier de Brixton, dans le sud de Londres, où est né David Bowie. Le musicien et comédien britannique est décédé dimanche d'un cancer à l'âge de 69 ans. /Photo prise le 11 janvier 2016/REUTERS/Stefan Wermuth

LONDRES (Reuters) - Le chanteur et musicien britannique David Bowie, figure du glam rock et artiste novateur en réinvention permanente, est mort dimanche d’un cancer à l’âge de 69 ans.

“David Bowie est mort paisiblement aujourd’hui entouré par sa famille après un combat courageux de 18 mois contre le cancer”, indique son entourage dans un message mis en ligne lundi matin sur sa page Facebook officielle.

“Blackstar”, son dernier album, le 26e d’une riche carrière entamée à la fin des années 1960, était sorti vendredi, date de son 69e anniversaire.

Visionnaire, inventeur de Ziggy Stardust, son avatar androgyne au glamour extraterrestre, Bowie, qui avait également fait des apparitions remarquées au cinéma, a inspiré cinquante ans durant la scène rock mais aussi le monde de la mode et produit certaines des chansons les plus marquantes de sa génération.

Né David Robert Jones le 8 janvier 1947 dans le quartier de Brixton, dans le sud de Londres, David Bowie fait ses premiers pas dans le monde de la musique, sous influence jazz, en étudiant le saxophone à l’âge de 13 ans.

Les premiers groupes dans lesquels il joue, comme The Kon-Rads ou The King Bees, le font entrer sur une scène pop qu’il ne quittera plus. Dès 1969, année de la conquête de la Lune, il signe son premier succès majeur avec “Space Oddity”, son “Major Tom” aux pilules protéinées et ses échanges radio avec le “groundcontrol”.

La chanson, dont Bowie confiera plus tard que les paroles lui ont été inspirées par le “2001, Odyssée de l’espace” de Stanley Kubrick vu sous substances, se hisse à la cinquième place des ventes au Royaume-Uni.

APPARITION CHOC À TOP OF THE POPS

Mais c’est trois ans plus tard, en créant le personnage de Ziggy Stardust, rock star androgyne à la vie sexuelle débridée, qu’un Bowie outrageusement maquillé, perruque orange et costumes excentriques, part à la conquête de la planète du rock.

En juillet 1972, son apparition à l’émission musicale culte de la BBC Top of The Pops, est une révélation. De nombreux Britanniques le voient pour la première fois à la télévision. Ses yeux vairons, sa combinaison moulante bariolée, sa guitare bleue et son bras négligemment passé autour des épaules de son guitariste Mick Ronson sont un choc.

“Cette performance a fait de Bowie une star, ancrant son personnage de Ziggy Stardust dans la conscience de la nation”, écrit Dylan Jones, du magazine GQ.

Cette même année, Bowie accomplit son coming out dans les colonnes du journal Melody Maker, une déclaration qui en fait un des pionniers de la reconnaissance de l’homosexualité dans un pays où elle n’a été dépénalisée qu’en 1967.

En 1976, au magazine Playboy, il se dit bisexuel. Avant d’affirmer la décennie suivante, dans le magazine Rolling Stone, que cette déclaration fut sa “plus grande erreur” et qu’il a toujours été un “hétérosexuel caché”.

Sur le plan musical, Bowie, désormais parmi les musiciens les plus connus de part et d’autre de l’Atlantique, travaille avec Lou Reed, dont il coproduit le “Walk on the Wild Side”, et avec John Lennon. “Fame”, qu’il co-écrit avec l’ex-Beatle et enregistre sur son album “Young Americans”, lui offre son premier titre numéro un aux Etats-Unis.

Mais les excès le rattrapent. Evoquant ses prises répétées de cocaïne, il déclare à cette époque: “Un jour en Californie, j’ai saigné du nez. La moitié de mon cerveau s’est échappée. Il fallait faire quelque chose.”

Alors Bowie retraverse l’Atlantique, s’installe d’abord en Suisse puis gagne Berlin, en pleine Guerre froide. Il y produit avec Brian Eno certains de ses titres sans doute les moins commerciaux alors, mais les plus ambitieux, dont ““Low” et “”Heroes” en 1977.

UN EXTRATERRESTRE TOMBÉ SUR TERRE

Six ans plus tard, le caméléon opère une nouvelle mue. Il signe un contrat mammouth avec EMI, empochant plusieurs millions de dollars en échange de cinq albums. Le premier, “Let’s Dance”, produit par Nile Rodgers, le guitariste de Chic, le ramène en tête des ventes.

Suivront une reprise en duo de “Dancing in the Street” avec Mick Jagger pour Band Aid et une apparition au concert Live Aid contre la famine en Ethiopie, brushing impeccable, costume gris croisé, chemise blanche et cravate à motifs jaunes.

Au cinéma, il joue les vampires avec Catherine Deneuve et Susan Sarandon dans “Les Prédateurs” de Tony Scott (1983), incarne la même année un militaire britannique au tempérament rebelle sadisé par un officier japonais dans un camp de prisonniers de guerre dans “Furyo” de Nagisa Oshima (1983), prête ses traits à Ponce Pilate dans “La Dernière tentation du Christ” de Martin Scorsese (1988).

A Broadway, il est à l’affiche de “The Elephant Man”, la comédie musicale adaptée du film de David Lynch, qui le fait également tourner dans son film “Twin Peaks: Fire Walk With Me”.

En 2004, Bowie, victime d’une crise cardiaque, est opéré en urgence. De “Reality” (2003) à “The Next Day” (2013), dix ans s’écoulent sans que Bowie ne diffuse de nouveaux albums.

Sorti vendredi, marquant un certain retour aux influences jazz, “Blackstar”, produit avec Tony Visconti, collaborateur de longue date (les deux hommes avaient travaillé ensemble à Berlin), a été salué par la critique. Le Guardian parle d’une “rupture fascinante avec son passé”. Rolling Stone évoque un “joyau anti-pop, son meilleur depuis les années soixante-dix”.

Sur le clip qui accompagne Lazarus, chanson extraite de l’album, Bowie apparaît sur un lit d’hôpital, les yeux bandés. “Look up here, I’m in heaven” (Lève les yeux, je suis au ciel), chante-t-il. “I’ve got scars that can’t be seen. I’ve got drama, can’t be stolen. Everybody knows me now. Look up here, man, I’m in danger. I’ve got nothing left to lose.” (J’ai des cicatrices qu’on ne peut voir, des drames qu’on ne peut voler. Tout le monde me connaît désormais. Lève les yeux, je suis en danger. Je n’ai plus rien à perdre).

“Sa mort n’a été en rien différente de sa vie: une oeuvre d’art”, a commenté Visconti. “Il a composé ‘Blackstar’ pour nous, c’est son cadeau d’adieu. Je savais depuis un an que cela se passerait ainsi. Néanmoins, je n’y étais pas préparé. C’était un homme extraordinaire, rempli d’amour et de vie. Il sera toujours avec nous. Mais pour le moment, pleurer est approprié.”

Les Rolling Stones ont exprimé leur profonde tristesse à l’annonce de la mort de leur “cher ami”. David Bowie était “un artiste extraordinaire et un véritable excentrique”, dit le groupe dans un communiqué.

Madonna a salué elle le talent unique d’un génie, d’un “game changer” capable de révolutionner la musique. “The Man who Fell to Earth. Ton esprit vivra à jamais”, poursuit la star américaine en référence au film “L’Homme qui venait d’ailleurs” réalisé au milieu des années 1970 par Nic Roeg, qui avait offert à Bowie son premier grand rôle de cinéma, celui d’un extraterrestre tombé sur Terre.

Nicolas Delame et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Mathilde Gardin et Pierre Sérisier

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