November 9, 2015 / 6:14 AM / in 3 years

Victoire en vue pour le parti d'Aung San Suu Kyi en Birmanie

NAYPYITAW/HINTHADA, Birmanie (Reuters) - Le parti au pouvoir en Birmanie a concédé lundi sa défaite face au parti de l’opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi qui semblait en passe de remporter une large victoire aux premières élections libres organisées depuis 25 ans en Birmanie et de former un gouvernement.

Militants de la Ligue nationale démocratique rassemblés devant le siège de la LND, à Rangoun, en Birmanie. Le parti au pouvoir a concédé lundi sa défaite face au parti de l'opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi qui semble en passe de remporter une large victoire aux premières élections libres organisées depuis 25 ans dans le pays et de former un gouvernement. /Photo prise le 9 novembre 2015/REUTERS/Jorge Silva

“Nous avons perdu”, a déclaré Htay Oo, président par intérim du Parti de la solidarité et du développement de l’Union (USDP), créé par l’ancienne junte militaire, dans un entretien à Reuters.

La commission électorale a ensuite commencé à annoncer les résultats des élections de dimanche circonscription par circonscription. Les 12 sièges de la première vague, situés à Rangoun, première ville et ex-capitale du pays, ont tous été remportés par la LND.

En fin de journée lundi, la LND disposait, selon la commission, de 49 sièges sur les 54 premiers sièges attribués à la chambre basse, dont 330 sièges étaient soumis à compétition, les 110 sièges restants étant désignés par l’armée.

De son côté, la LND a effectué ses propres calculs à partir des résultats en provenance des bureaux de vote et s’estime en passe de remporter plus de 70% des sièges qui étaient ouverts à la compétition au Parlement, soit plus des deux tiers nécessaires pour former le premier gouvernement démocratiquement élu du pays depuis le début des années 60.

“Ils doivent accepter les résultats, même s’ils ne le veulent pas”, a déclaré à Reuters le porte-parole de la LND Win Htein. Selon lui, le parti d’Aung San Suu Kyi pourrait remporter plus de 90% des sièges, dans le centre du pays, région très peuplée.

A Washington, le porte-parole de la Maison blanche, Josh Earnest, a salué “un pas important et encourageant” dans le processus démocratique.

Il a toutefois ajouté que le système politique birman devait être encore amélioré et qu’il était trop tôt pour parler d’un changement de la politique des Etats-Unis envers la Birmanie.

“Mais il est clair que pour la première fois des millions de gens ont pu participer à une élection ouverte et sérieuse en Birmanie “, a dit Josh Earnest.

“ÉTAPE IMPORTANTE”

Daniel Russel, secrétaire d’Etat adjoint, a salué un “sacré pas en avant pour le processus démocratique”. “Le plus dur reste à faire”, a-t-il cependant ajouté.

En France, le président François Hollande a salué des “élections historiques” qui “constituent une étape importante dans le processus de transition démocratique”.

“La France adresse ses félicitations aux candidats qui ont déjà été déclarés élus et appelle au respect, par toutes les parties, de la volonté populaire qui s’est exprimée avec clarté”, ajoute l’Elysée.

Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix 1991, est âgée de 70 ans. Elle est apparue souriante au balcon du siège de son parti à Rangoun. Dans un bref discours à ses partisans, elle leur a demandé d’être patients et d’attendre les résultats officiels du scrutin.

Quel que soit le résultat final des élections, son parti devra composer avec des militaires qui restent très présents dans les rouages de l’Etat.

D’abord, un quart des sièges du Parlement restera occupé par des militaires non élus, comme le prévoit la Constitution rédigée par ces derniers.

En outre, une clause de la Constitution empêche Aung San Suu Kyi de briguer la présidence du fait de la nationalité étrangère de ses enfants, qu’elle a eus avec le Britannique Michael Aris, mort depuis plus de quinze ans.

Mais elle a réaffirmé la semaine dernière qu’elle dirigerait le gouvernement si son parti remporte les élections législatives, disant qu’elle serait “au-dessus du président.”

Enfin, des positions ministérielles sont réservées à l’armée. La Constitution lui donne aussi le droit de se substituer au gouvernement dans certaines circonstances. Enfin, les militaires détiennent, à travers des sociétés holding, une forte emprise sur l’économie.

Les résultats partiels du scrutin montrent que certains des principaux dirigeants de l’USDP ne pourront être élus. Parmi eux figurent son président par intérim Htay Oo qui s’est dit “surpris” de sa propre défaite.

Avec Aubrey Belford; Benoît Van Overstraeten, Eric Faye, Danielle Rouquié et Guy Kerivel pour le service français

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