October 10, 2015 / 9:11 AM / 3 years ago

Un double attentat dans le centre d'Ankara fait 86 morts

ANKARA (Reuters) - Un double attentat à la bombe a fait 86 morts et 186 blessés samedi lors d’une manifestation rassemblant des militants de gauche et des sympathisants pro-kurde devant la principale gare ferroviaire d’Ankara.

Un double attentat à la bombe a fait 86 morts et 186 blessés samedi matin dans le centre d'Ankara, selon un bilan fourni par le ministre truc de la Santé. La double explosion s'est produite devant la gare de la capitale turque où se rassemblaient des centaines de manifestants pacifistes. /Photo prise le 10 octobre 2015/REUTERS/Stringer

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a annoncé samedi trois jours de deuil national. Des preuves solides suggèrent que la double explosion est le fait de deux kamikazes, a-t-il ajouté.

Il a évoqué comme suspects potentiels l’Etat islamique, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et le groupuscule révolutionnaire d’extrême gauche, le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C).

L’attentat intervient à trois semaines des élections législatives anticipées du 1er novembre. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier jamais commis sur le sol turc.

Des corps recouverts de drapeaux et de bannières, dont ceux de la formation pro-kurde Parti démocratique des peuples (HDP) gisaient éparpillés sur le sol parmi des taches de sang et des morceaux de corps.

“Comme les autres attaques terroristes, celle de la gare ferroviaire d’Ankara vise notre unité, notre solidarité, notre fraternité et notre avenir”, a déclaré le président Recep Tayyip Erdogan. Il a appelé à la “solidarité et à la détermination”.

Selon un bilan du ministre de la Santé, Mehmet Muezzinoglu, donné lors d’une conférence de presse, le double attentat a fait 86 morts et 186 blessés dont 28 sont en soins intensifs.

D’après des témoins, les deux explosions se sont produites à quelques secondes d’intervalle peu après 10h00 (07h00 GMT) alors que les participants à une “marche pour la paix” commençaient à se rassembler pour dénoncer la reprise des violences dans le sud-est du pays à l’appel de syndicats et d’associations de la société civile.

La double explosion n’a pas été revendiquée.

Mais la Turquie, Etat membre de l’Otan, vit en alerte renforcée depuis que Recep Tayyip Erdogan, a déclenché en juillet une “guerre synchronisée contre le terrorisme”, à la fois contre l’Etat islamique (EI) à en Syrie et contre des bases arrière des séparatistes du Parti des travailleurs des Kurdistan (PKK) dans le nord de l’Irak.

Le double attentat de samedi, en nombre de victimes, est encore plus meurtrier que ceux qui avaient touché en 2003 deux synagogues, le siège de la banque HSBC à Istanbul et le consulat britannique, qui avaient fait 62 morts. Les autorités avaient attribué ces attentats à Al Qaïda.

Les attentats de samedi ont eu lieu alors qu’on s’attendait à ce que le PKK annonce un cessez-le-feu unilatéral et rétablisse ainsi de fait la trêve qu’il observait depuis 2013 et qui a pris fin en juillet. C’est ce qui a été fait par le PKK quelques heures après l’attentat.

“COMME À DIYARBAKIR ET SURUÇ”

Le gouvernement avait par avance rejeté cette trêve qui s’annonçait, la qualifiant de “tactique” préélectorale visant à soutenir le HDP après son succès électoral de juin. Le parti AKP, la formation du président Recep Tayyip Erdogan, espère retrouver aux élections de novembre sa majorité absolue perdue en juin.

Le dirigeant du HDP, Selahattin Demirtas, a déclaré que l’attaque d’Ankara s’inscrivait dans la continuité des attaques commises contre un rassemblement électoral de son parti à Diyarbakir, où deux personnes avaient été tuées et une centaine d’autres blessées à l’avant-veille des élections du 7 juin, et à Suruç, dans le sud de la Turquie, près de la frontière syrienne, où un attentat suicide imputé à l’organisation djihadiste Etat islamique (EI) a fait 32 morts le 20 juillet dernier.

“Nous sommes face à un massacre très lourd. Une attaque féroce et barbare a été menée. C’est un prolongement ressemblant exactement à ce qui s’est passé à Diyarbakir et à Suruç”, a dit Selahattin Demirtas à la télévision.

Certains voient la main de l’Etat dans ces trois attentats contre des intérêts kurdes et accusent Erdogan et l’AKP de chercher à attiser le sentiment nationaliste, accusation que les dirigeants turcs rejettent avec véhémence.

“Suruç, Diyarbakir et maintenant Ankara, tous l’oeuvre du meurtrier Erdogan. Nous allons faire tomber le palais”, a déclaré Tarik, un étudiant de 21 ans, qui se trouvait à moins de 50 mètres des explosions de samedi.

Les autorités enquêtent sur les informations selon lesquelles les deux explosions seraient le fait de kamikazes, ont dit deux responsables du gouvernement. Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a annulé ses engagements de campagne électorale pour les trois prochains jours et a tenu une réunion d’urgence avec les chefs de la police et des agences de renseignement.

Le président français François Hollande a condamné un “odieux attentat terroriste”. Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn Jagland, a dénoncé “une attaque implacable et barbare contre des manifestants pacifiques”.

“La liberté de rassemblement et la liberté d’expression sont des piliers fondamentaux de la démocratie”, ajoute-t-il.

Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service français

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