September 17, 2015 / 12:48 PM / 3 years ago

Un proche de Blaise Compaoré prend le pouvoir au Burkina Faso

par Nadoun Coulibaly et Mathieu Bonkoungou

Membres de la garde présidentielle à Ouagadougou. La garde présidentielle du Burkina Faso a annoncé jeudi la dissolution du gouvernement de transition et la création d'un nouveau "conseil national pour la démocratie" dirigé par le général Gilbert Diendéré, bras droit de l'ancien président Blaise Compaoré, renversé par des manifestations en octobre 2014. /Photo prise le 17 septembre 2015/REUTERS/Joe Penney

OUAGADOUGOU (Reuters) - La garde présidentielle du Burkina Faso a annoncé jeudi la dissolution du gouvernement de transition et la création d’un nouveau “conseil national pour la démocratie” dirigé par le bras droit de l’ancien président Blaise Compaoré, renversé par des manifestations en octobre 2014.

Au moins trois personnes ont été tuées et une soixantaine d’autres blessées dans des affrontements survenus à Ouagadougou après le coup d’Etat. Selon des témoins, des soldats ont effectué des tirs de sommation pour disperser des manifestants qui lançaient des pierres en direction des forces de l’ordre. Le bilan des victimes a été fourni par une source hospitalière.

Le général Gilbert Diendéré, qui a servi comme chef de l’état-major particulier de Compaoré pendant 27 ans et a dirigé un réseau de renseignement en Afrique de l’Ouest, a pris la tête de la junte responsable de ce coup d’Etat militaire.

Interrogé sur France 24, il a assuré que Blaise Compaoré n’avait joué aucun rôle dans le putsch et affirmé que le président de transition et le Premier ministre seraient bientôt libérés. “(...) Je n’ai pas eu de contact avec lui, ni avant ni même après, il ne m’a pas appelé, je ne l’ai pas appelé non plus”, a-t-il dit.

Ce putsch, qui intervient moins d’un mois avant les élections présidentielle et législatives prévues le 11 octobre, met fin aux espoirs d’une transition politique pacifique dans le pays.

Le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), qui fut pendant trois décennies l’un des piliers du régime, a procédé aux arrestations du président de transition Michel Kafando, du Premier ministre Yacouba Isaac Zida et de deux autres ministres.

“Nous n’allons pas les garder indéfiniment, nous allons les libérer et ils vont rentrer chez eux”, a affirmé le général Diendéré sur France 24.

“Tout changement de ce genre-là (un coup d’Etat-NDLR) apporte des violences, j’en suis conscient, mais (je compte) sur l’esprit patriotique des uns et des autres pour éviter les débordements et éviter les violences qui pourraient plonger notre pays dans une situation de chaos”, a-t-il ajouté.

“ARMÉE AU SEIN DE L’ARMÉE”

“Nous savons très bien qu’un coup d’Etat n’est jamais accepté par la communauté internationale mais nous demandons à la communauté internationale de bien comprendre le sens de notre action et nous nous engageons à respecter certains principes.”

Le RSP n’a jamais cessé d’intervenir dans la vie politique du pays depuis la destitution de Blaise Compaoré, contraint de quitter le pouvoir en octobre sous la pression de manifestants qui refusaient sa tentative de se maintenir en place en modifiant la Constitution.

La garde présidentielle est passée à l’action trois jours après qu’une commission du gouvernement de transition a recommandé sa dissolution.

Dans son rapport remis au Premier ministre, la commission décrivait le régiment de 1.200 hommes comme “une armée au sein de l’armée”. En février, le RSP avait tenté de forcer le Premier ministre à démissionner parce que celui-ci avait le projet de réduire ses effectifs.

Jeudi, des soldats ont procédé à des tirs de sommation pour disperser un rassemblement d’une centaine de personnes sur la place de l’Indépendance à Ouagadougou pour dénoncer ce coup de force. Des soldats patrouillaient les rues de la capitale dans des pick-ups, frappant et arrêtant des protestataires.

“Les forces patriotiques, réunies ensemble dans le Conseil national pour la démocratie, ont décidé aujourd’hui de mettre fin à un régime de transition perverti”, a annoncé le colonel Mahamadou Bamba dans un communiqué lu sur la chaîne de télévision RTB.

“Le régime de transition s’est progressivement écarté des objectifs de refondation d’une démocratie consensuelle. (...) L’intervention du CND a pour but principal d’enclencher un processus cohérent, juste et équilibré devant conduire à la mise en place d’un système institutionnel robuste”, a-t-il ajouté.

UN HOMME DE L’OMBRE

L’officier, parlant au nom des putschistes, a précisé que la modification de la loi électorale empêchant les partisans de Compaoré de se présenter avait “créé des divisions et des frustrations dans la population”.

Le conseil militaire a, en outre, annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes du pays ainsi que l’instauration d’un couvre-feu de 19h00 à 06h00. La haute fonction publique aura pour tâche d’assurer les tâches gouvernementales.

Personnage au physique imposant (il mesure près de deux mètres), Gilbert Diendéré est connu pour sa discrétion et pour son aptitude à manoeuvrer en coulisses.

Conseiller militaire particulier de Blaise Compaoré, il avait joué un rôle déterminant dans la libération d’otages occidentaux détenus pas des groupes islamistes au Sahel.

Sous la présidence de Compaoré, le Burkina s’était imposé comme un partenaire privilégié de la France et des Etats-Unis dans la lutte contre les activistes liés à Al Qaïda. Le pays a notamment accueilli les 220 membres des forces spéciales françaises de l’opération Barkhane basés à Ouagadougou.

Le président du Parlement intérimaire Moumina Cheriff Sy a condamné le putsch et appelé l’armée à intervenir pour mettre fin au coup d’Etat.

“La transition a été mise en place par la volonté du peuple qui a fixé sa durée et sa mission. Ce n’est pas un groupuscule qui va changer la donne. En l’absence du président Kafando, j’assume désormais la présidence de la transition. J’appelle les forces militaires à prendre toutes les dispositions pour mettre fin à cette forfaiture”, a-t-il dit à Reuters.

Ancienne puissance coloniale, la France “condamne fermement le coup d’Etat au Burkina Faso”, a déclaré François Hollande, qui a appelé “à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées, à la remise en place des autorités de la transition et à la reprise du processus électoral”.

Dans un message publié sur son site internet, le ministère français des Affaires étrangères recommande aux Français présents à Ouagadougou de rester confinés dans leur domicile et aux voyageurs de reporter tout projet de déplacement au Burkina.

La Maison blanche s’est déclarée vivement préoccupée. Elle a condamné “avec la plus grande fermeté” le putsch et réclamé un arrêt immédiat des violences.

Nadoun Coulibaly, Mathieu Bonkoungou, avec John Irish et Marine Pennetier à Paris; Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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