September 14, 2015 / 5:05 AM / in 3 years

Berlin cherche à endiguer le flot des réfugiés, l'UE divisée

BERLIN/BRUXELLES (Reuters) - L’Allemagne a rétabli dimanche des contrôles à ses frontières pour endiguer le flot de réfugiés affluant sur son territoire, en disant arriver aux limites de ses capacités d’accueil.

Policiers allemands sur l'autoroute A3 qui relie l'Allemagne à l'Autriche, à Rottal Ost près de Passau dans le sud du pays.L'Allemagne a rétabli dimanche des contrôles à ses frontières pour endiguer le flot de réfugiés affluant sur son territoire, en disant arriver aux limites de ses capacités d'accueil. /Photo prise le 13 septembre 2015/REUTERS/Michael Dalder

A la veille d’une réunion cruciale d’une Union européenne profondément divisée face à la gestion de cette crise, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a appelé tous les Etats membres à se montrer solidaires avec Berlin en acceptant le système de quotas contraignants proposé par la Commission, mais que rejettent plusieurs pays d’Europe de l’Est.

L’Allemagne a annoncé que les contrôles frontaliers seraient d’abord réintroduits à sa frontière avec l’Autriche, par où transitent des milliers de personnes depuis que la chancelière Angela Merkel a de fait ouvert le territoire allemand aux réfugiés il y a une semaine.

“L’objectif de cette mesure est de limiter l’afflux actuel vers l’Allemagne et d’en revenir à des procédures ordonnées pour l’entrée des personnes dans le pays”, a expliqué le ministre allemand de l’Intérieur Thomas de Maizière.

La libre circulation à l’intérieur des frontières des 26 pays signataires des accords de Schengen est un des piliers du projet européen mais des contrôles peuvent être réintroduits à condition qu’ils soient temporaires, pendant une durée variant de dix jours à deux ans, dans les cas de figure exceptionnels.

“La libre circulation des personnes grâce à Schengen est un symbole unique de l’intégration européenne”, a déclaré la Commission européenne dans un communiqué en réaction à la décision de Berlin. “Cependant, le revers de la médaille est une meilleure gestion commune de nos frontières extérieures et une solidarité accrue face à la crise des réfugiés.”

TRENTE-QUATRE MIGRANTS SE NOIENT AU LARGE DE LA GRÈCE

Lors d’une réunion d’urgence lundi à Bruxelles, les ministres de l’Intérieur des Vingt-Huit examineront la proposition de la Commission européenne de répartir de manière contraignante à travers l’UE 160.000 demandeurs d’asile arrivés ces derniers mois en Italie, en Grèce et en Hongrie, selon des critères de taille, de population ou de poids économique.

“Il faut désormais progresser rapidement sur les propositions de la Commission”, a déclaré l’exécutif bruxellois dans son communiqué, alors que des dizaines de milliers de migrants fuyant la guerre ou la misère au Proche-Orient et en Afrique cherchent une vie meilleure en Europe.

Mais une réunion préparatoire, dimanche soir à Bruxelles, n’a produit aucun résultat, plusieurs pays d’Europe centrale campant sur leur refus d’accepter des quotas de répartition contraignants, en arguant que le projet de la Commission encouragerait un afflux supplémentaire de réfugiés et menacerait la cohésion de leurs sociétés.

Une partie de ces migrants cherchent à rejoindre l’UE via la Grèce, à partir des côtes de Turquie, en effectuant des traversées périlleuses à bord d’embarcations de fortune. Trente-quatre personnes, parmi lesquels 15 enfants, sont mortes noyées dimanche au large de l’île grecque de Farmakonisi, ont déclaré les garde-côtes grecs.

L’Allemagne, économie la plus riche d’Europe, est l’une des destinations les plus prisées des migrants qui de Grèce, traversent les Balkans puis la Hongrie et l’Autriche pour rejoindre son territoire, où ils sont accueillis avec bienveillance.

Selon la police bavaroise, 13.000 demandeurs d’asile sont arrivés à Munich samedi et 4.500 autres dimanche. Depuis le 31 août, 63.000 réfugiés sont arrivés à Munich et de l’avis de l’administrateur bavarois Christoph Hillenbrand, la ville ne pourra pas indéfiniment faire face à un tel afflux.

PARIS ET BERLIN VEULENT PARLER D’UNE MÊME VOIX

Pour tenter de ralentir le flot de réfugiés, Berlin a interrompu le trafic ferroviaire avec l’Autriche jusqu’à 5h00 du matin lundi.

Le chancelier autrichien Werner Faymann a déclaré que pour le moment, Vienne ne comptait pas introduire de contrôles supplémentaires à sa frontière mais que les conséquences de la décision de Berlin étaient difficiles à prévoir.

Plusieurs ministres du gouvernement d’Angela Merkel ont estimé que le pays arrivait au bout de ses capacités d’accueil et ont exhorté les autres pays membres de l’UE à faire preuve d’un peu plus de solidarité.

“C’est vrai: l’absence de décisions européennes dans la crise des réfugiés accule l’Allemagne à la limite de ses possibilités”, a souligné le vice-chancelier Sigmar Gabriel dans une interview parue sur le site internet du Tagesspiegel.

Face au grand nombre de migrants bloqués dans des conditions précaires et chaotiques en Hongrie, Angela Merkel a de fait suspendu le week-end dernier l’application du mécanisme de Dublin, qui prévoit que chaque demandeur d’asile dans l’UE dépose sa demande dans le pays où il est entré en premier.

Mais Thomas de Maizière a souligné que l’Allemagne comptait toujours sur la mise en oeuvre de ce règlement. “Nous ne pouvons pas permettre que les réfugiés choisissent librement où ils veulent rester. Ce n’est le cas nulle part ailleurs dans le monde”, a-t-il dit.

Assurant que l’Allemagne et la France parleraient d’une même voix lundi lors de la réunion de Bruxelles, le ministère français de l’Intérieur s’est également prononcé dimanche soir pour le “respect scrupuleux” des dispositions de Dublin.

Paris et Berlin appuient le système de répartition obligatoire préconisé par le président de la Commission Jean-Claude Juncker. Plusieurs pays d’Europe centrale ont en revanche réaffirmé dimanche qu’ils y étaient hostiles.

Le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, et le ministre slovaque de l’Intérieur, Robert Kalinak, ont ainsi averti que leurs pays opposeraient leur veto à la mise en place de quotas obligatoires de migrants.

La Pologne, par la voix de son secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Rafal Trzaskowski, s’est dite prête à accepter davantage de migrants que les 2.000 pour l’instant prévus si plusieurs conditions sont remplies, dont le renforcement de la sécurité des frontières extérieures de l’UE.

Selon le HCR, 8.500 migrants venus de Grèce sont entrés en Macédoine entre samedi soir et dimanche après-midi. La chaîne de télévision hongroise TV M1 a rapporté quant à elle que 8.000 à 10.000 migrants avaient pénétré en Autriche dimanche à 18h00 et plusieurs milliers d’autres étaient attendus avant la fin de la journée.

Noah Barkin, Jens Hack, Francois Murphy, Michele Kambas et Alkis Konstantinidis à Athènes; Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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