September 10, 2015 / 4:08 PM / in 3 years

La conférence sur le climat sera un moment de vérité, dit Hulot

PARIS (Reuters) - La conférence de Paris sur le climat sera un “moment de vérité”, notamment pour les relations entre pays industrialisés et en développement, estime Nicolas Hulot, le conseiller spécial de François Hollande pour la protection de la planète.

Nicolas Hulot, le conseiller spécial de François Hollande pour la protection de la planète, estime que la conférence de Paris sur le climat sera un "moment de vérité", notamment pour les relations entre pays industrialisés et en développement. /Photo prise le 8 septembre 2015/REUTERS/Charles Platiau

A 81 jours de l’ouverture de la COP21 au Bourget, près de Paris, l’ancien animateur de télévision partage la prudence du chef de l’Etat sur l’issue de cette conférence, considérée comme une des dernières chances de parvenir à un accord universel sur la lutte contre le réchauffement climatique.

“Rien n’est joué à ce stade”, a-t-il dit dans une interview à Reuters, précisant qu’une clef du succès de cette conférence réside dans le financement de l’adaptation des pays les plus pauvres et les plus exposés aux contraintes de la lutte contre le réchauffement climatique.

“J’ai mis tout le monde en garde : les mots et les promesses ne suffiront pas. Paris est un moment de vérité.”

Cet ex-journaliste de 60 ans a bâti sa renommée sur une émission de reportage, Ushuaïa, où il se mettait en scène dans des décors naturels spectaculaires.

Converti de longue date à la défense de l’environnement, il a conseillé trois présidents français : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui l’a nommé en décembre 2012 “envoyé spécial pour la protection de la planète”.

Il sillonne depuis lors le monde pour mener une sorte de diplomatie parallèle et jouer un rôle à la fois d’observateur, d’intermédiaire et de conviction au service de la COP21.

CONTEXTE PLUS FAVORABLE

“En trois ans, j’ai visité des dizaines de pays et rencontré des milliers de personnes”, confie Nicolas Hulot. Il a ainsi pu constater une évolution favorable du contexte international depuis l’échec de la conférence de Copenhague en 2009.

“Globalement, l’ennemi que nous avions encore au moment de Copenhague, le climatoscepticisme, est résorbé”, dit-il. “Aucun des 195 Etats qui seront à Paris ne conteste la responsabilité de l’homme dans le réchauffement et l’importance de la menace.”

Du coup, estime-t-il, la mobilisation en faveur de la lutte contre ce phénomène n’a jamais été aussi forte.

“Ce qui a aussi changé c’est que nous pouvons dessiner plus facilement le modèle énergétique de demain. L’innovation s’est emballée et il y a maintenant un ensemble de technologies qui permettent d’envisager une société bas carbone.”

“En même temps, tous les pays ont été touchés sous une forme ou une autre par le réchauffement climatique depuis Copenhague”, ajoute-t-il. “La multiplication des incidents extrêmes commence à peser lourdement sur les assureurs et les réassureurs.”

Mais à moins de trois mois de la COP21, des points cruciaux n’ont toujours pas été résolus, dont celui des financements, alors qu’un objectif de 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 a été fixé à Copenhague, constate Nicolas Hulot.

“C’est un sujet crucial que l’on a eu tendance à minimiser ou à repousser dans un contexte mondial d’austérité ou de difficultés économiques”, souligne-t-il.

Or “les pays qui sont légitimement en droit de réclamer cette aide (...) ne se nourriront plus de promesses (...) Ils ont besoin que d’ici Paris on leur dise très clairement d’où viendra cet argent et quels sont les mécanismes pour y accéder.”

“INDIGENCE DE PROPOSITION”

Selon une analyse de sa fondation, les 13 pays en développement qui ont à ce jour déposé auprès de l’Onu leur contribution nationale à la réduction des émissions de gaz à effet de serre conditionnent tout ou partie de leur engagement à l’accès à des fonds internationaux.

“Il y a une légitime défiance”, souligne-t-il. “S’ils ne sont pas rassurés, on a un risque de clash à la conférence. Pour eux, le temps n’est pas le même que pour nous parce qu’ils subissent au quotidien les conséquences du réchauffement.”

L’ex-candidat malheureux à la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts pour l’élection présidentielle de 2012 déplore par ailleurs un manque de mobilisation des hommes politiques français sur la question climatique.

“On ne peut pas dire que nos deux grandes formations que sont le Parti socialiste et Les Républicains fassent preuve de compétition débordante sur ces sujets-là ; il y a franchement une indigence de proposition et de mobilisation, qui me paraît en 2015 totalement aberrante”, explique Nicolas Hulot.

“C’est bien beau d’être obsédé par l’élection présidentielle mais le sort de la France est beaucoup plus conditionné par ce qui va se passer à la Conférence de Paris que par ce qui se passera à l’élection présidentielle (de 2017).”

Les enjeux climatiques sont encore dans une large mesure, aux yeux de la majorité de l’opinion publique, une abstraction et une affaire de spécialistes.

“Un élément fantastique de communication serait justement que la classe politique soit capable d’une forme de concorde sur ce sujet et fasse oeuvre de pédagogie et de compétition positive en termes de propositions”, fait valoir Nicolas Hulot.

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