August 18, 2015 / 1:16 PM / in 3 years

Le prix du porc recule sous le seuil fixé par le gouvernement

PARIS (Reuters) - Le prix du porc a baissé mardi à 1,389 euro le kilogramme au Marché du porc breton de Plérin (Côtes d’Armor), après une semaine d’absence de cotation liée au bras de fer entre industriels et éleveurs.

Le prix du porc a baissé mardi à 1,389 euro le kilogramme au Marché du porc breton de Plérin (Côtes d'Armor), après une semaine d'absence de cotation liée au bras de fer entre industriels et éleveurs. A ce tarif, il est inférieur au niveau de 1,40 euro arrêté en juin via un accord entre industriels, grande distribution et syndicats agricoles et en dessous duquel les éleveurs disent perdre de l'argent. /Photo d'archives/REUTERS/Stéphane Mahé

Ce prix de vente moyen, en baisse d’1,5 centime par rapport à la précédente cotation, a été fixé après deux tours d’enchères. Selon le site du Marché du porc breton, 33.641 porcs ont été vendus mardi et 15.748 porcs n’ont pas trouvé preneur.

Le prix moyen du marché de Plérin sert de référence pour le porc français. A 1,389 euro, il est inférieur au niveau de 1,40 euro arrêté en juin via un accord entre industriels, grande distribution et syndicats agricoles et en dessous duquel les éleveurs disent perdre de l’argent.

Le précédent cours était de 1,404 euro le kilogramme. La prochaine cotation aura lieu jeudi.

Les représentants des éleveurs de porcs ont fait part de leur désarroi.

“On sent chez tout le monde un sentiment de déception de voir les cours baisser d’un peu plus d’un centime”, a déclaré sur iTELE Paul Auffray, le président de la Fédération nationale porcine.

“On se demande si certains acteurs ne privilégient pas le pourrissement de la situation pour voir les cours baisser naturellement, semaine après semaine”, a-t-il ajouté.

Les deux principaux industriels du secteur, la Cooperl et Bigard, n’ont pas participé à la séance. Jugeant le prix de 1,40 euro intenable face à la concurrence étrangère, ils avaient boycotté les séances de cotation la semaine dernière et n’ont pas participé à une réunion lundi au ministère de l’Agriculture.

CONSEIL EUROPÉEN LE 7 SEPTEMBRE

La coopérative Cooperl, qui souhaite un retour à un prix de marché libre, soulignait la semaine dernière que ce niveau était supérieur de 0,28 euro au cours allemand et de 0,38 euro au cours hollandais.

Les responsables de cette coopérative ont été reçus mardi par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll.

“Nous avons pu de façon musclée mais posée exposer nos motifs, nos arguments et nos demandes”, a déclaré à la sortie Patrice Drillet, président de la Cooperl.

A ses yeux, le “gros sujet” reste celui de la compétitivité. Dans certaines entreprises allemandes, a-t-il fait valoir, 90% du personnel sont des travailleurs détachés payés moins d’une dizaine d’euros l’heure “quand nous, nous sommes à 25.”

Le retour de la Cooperl au marché du cadran de Plérin se fera “sous condition d’avoir réussi à faire aboutir nos négociations”, a-t-il prévenu.

Stéphane Le Foll, qui recevra Bigard mercredi, a désaprouvé la politique de la chaise vide des industriels.

“Je vais leur dire que (...) le fait de se retirer brutalement du marché n’était pas la solution qui était acceptable dans la mesure où on a besoin de discuter, on a besoin de voir quels sont les problèmes et de les traiter”, a-t-il expliqué mardi matin sur RTL.

Stéphane Le Foll a déclaré lundi que des discussions s’engageraient la semaine prochaine pour faire évoluer le système de fixation des prix et évoquer la contractualisation.

Le problème des éleveurs étant en partie lié à la concurrence au sein de l’Europe, trois rendez-vous auront lieu avant un Conseil européen sur l’agriculture le 7 septembre, a-t-il ajouté : un entretien ce mardi avec le commissaire européen à l’Agriculture, Phil Hogan, une rencontre le 28 août à Madrid avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, et une rencontre le 31 août à Berlin avec ses homologues allemand et polonais.

Figurera en bonne place dans ces discussions l’embargo russe sur les produits agroalimentaires européens, décidé en représailles aux sanctions liées à la crise ukrainienne, qui a accentué la baisse des cours du porc en Europe.

Dans ce contexte tendu, Paul Auffray n’a pas écarté la possibilité de nouvelles actions d’éleveurs en colère, sachant qu’une journée de manifestation agricole est d’ores et déjà prévue à Paris le 3 septembre.

“On sent toujours une certaine tension chez nos membres qui souhaitent en découdre avec les responsables de cette crise”, a-t-il déclaré. “Dans les jours qui viennent, il est fort à craindre des actions syndicales des agriculteurs.”

Jean-Baptiste Vey, Valérie Parent et Elizabeth Pineau

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