August 5, 2015 / 9:49 AM / in 3 years

Le nouveau canal de Suez, enjeu économique et politique

ISMAILIA, Egypte (Reuters) - C’est en présence de dizaines de dignitaires étrangers, dont François Hollande, et sous haute protection que le président égyptien, Abdel Fattah al Sissi, inaugurera jeudi l’extension du canal de Suez, un chantier colossal qui illustre tout à la fois les ambitions économiques et les difficultés sécuritaires de l’Egypte.

Un cargo traversant le nouveau canal de Suez. C'est en présence de dizaines de dignitaires étrangers, dont François Hollande, et sous haute protection que le président égyptien, Abdel Fattah al Sissi, inaugurera jeudi cette extension du canal de Suez, un chantier colossal qui illustre tout à la fois les ambitions économiques et les difficultés sécuritaires de l'Egypte. /Photo prise le 29 juillet 2015/REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

La construction d’une nouvelle voie et l’élargissement d’une partie du canal initial, creusé il y a 145 ans, ont nécessité 11 mois de travaux pour un coût total de huit milliards de dollars (7,4 milliards d’euros). Les entreprises mobilisées ont dragué au total plus de 250 millions de mètres cubes de sable et de terre.

Elu en juin 2014, Abdel Fattah al Sissi avait rapidement relancé le projet de l’extension du canal, en donnant un an à l’armée, chargée de l’ouvrage, pour achever les travaux, un délai tenu avec quelques jours d’avance.

Erigé en symbole de la “nouvelle Egypte”, l’ouvrage doit permettre de multiplier par deux la capacité de transport du canal, en permettant son accès à des bateaux de plus grande taille tout en ramenant de 22 à 11 heures la durée du trajet entre la Méditerranée et la mer Rouge.

Le canal devrait ainsi renforcer sa position parmi les toutes premières voies maritimes du monde, et surtout augmenter ses recettes: les autorités espèrent voir celles-ci passer de cinq à 15 milliards de dollars d’ici 2023.

Le creusement d’un nouveau canal annexe de 9,5 km reliant Port Saïd à la Méditerranée, d’un coût annoncé de 60 millions de dollars, doit débuter dès vendredi et le gouvernement prévoit aussi la construction d’une importante zone industrielle et logistique près du Canal.

La manne du transport maritime est évidemment bienvenue pour un pays qui souffre de l’effondrement du tourisme et de la raréfaction des investissements étrangers depuis la chute d’Hosni Moubarak en 2011 et les troubles politiques et sécuritaires qu’elle a engendrés.

UNE CIBLE POUR L’EI

La cérémonie de jeudi sera d’ailleurs placée sous haute surveillance: le Sinaï tout proche est depuis plusieurs mois régulièrement secoué par des attaques attribuées à des groupes islamistes et le mois dernier, la branche locale de l’Etat islamique (EI), “Province du Sinaï”, a annoncé avoir tiré une roquette sur un navire égyptien en Méditerranée.

Il y a dix jours, le passage dans l’extension du canal des tout premiers navires marchands s’est d’ailleurs déroulé sous la protection d’hélicoptères et de bâtiments de l’armée égyptienne

Des dirigeants du Golfe, des chefs d’Etat africains et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, figurent au nombre des personnalités annoncées pour l’inauguration du nouveau canal.

La présence de François Hollande, compatriote de Ferdinand de Lesseps, l’inspirateur du “premier” canal à la fin du 19e siècle, marque aussi la priorité donnée par Le Caire à la sécurité, après la commande de 24 avions de chasse Rafale.

Plusieurs appareils fabriqués par Dassault Aviation, ainsi qu’une frégate multimissions Fremm elle aussi vendue à l’Egypte en février, seront présentés au public lors des cérémonies d’Ismaïlia annoncées par les autorités locales comme “pharaoniques”.

Les deux chefs d’Etat doivent avoir jeudi un entretien en tête à tête pour évoquer la lutte contre le terrorisme, la situation au Yémen ou encore la récente intervention militaire turque contre l’EI, mais aussi le réchauffement climatique et l’économie.

“C’est un moment important de l’histoire de l’Egypte que la France ne devait pas ignorer”, souligne un diplomate français.

“Quel que soit le bilan et les perspectives qu’on peut porter sur la présidence Sissi, l’Egypte a retrouvé un caractère incontournable sur le plan régional. C’est un partenaire avec lequel il faut travailler”, ajoute-t-il.

Eric Knecht et Yusri Mohamed, avec Elizabeth Pineau à Paris, Marc Angrand pour le service français

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