July 26, 2015 / 9:54 AM / 3 years ago

L'armée turque frappe l'Etat islamique et les Kurdes

ANKARA (Reuters) - L’aviation et l’armée de terre turques ont mené dans la nuit de vendredi à samedi de nouvelles attaques contre l’Etat islamique (EI) en Syrie et contre des camps du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Irak, Ankara voulant créer une “zone de sécurité” à ses frontières.

Des avions de chasse turcs et des forces au sol ont lancé samedi des attaques contre l'Etat islamique en Syrie et contre des camps du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Irak, Ankara expliquant vouloir créer "une zone de sécurité" à ses frontières. /Photo d'archives/REUTERS/Umit Bektas

La Turquie poursuivra ce genre d’opérations tant qu’elle se sentira menacée, a commenté le Premier ministre turc lors d’une conférence de presse à Ankara. “Ces opérations ne sont pas des opérations ponctuelles et continueront tant que des menaces viseront la Turquie”, a dit Ahmet Davutoglu.

Une fois l’EI chassé du nord de la Syrie, “des zones de sécurité seront créées de façon naturelle”, a pour sa part déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. “Nous avons toujours défendu les zones de sécurité et les zones d’exclusion aérienne en Syrie”, a-t-il ajouté.

La Turquie a longtemps voulu une zone d’exclusion aérienne ou une “zone de sécurité” dans le nord de la Syrie mais Washington n’y était pas favorable, les Etats-Unis estimant qu’une pression militaire directe sur l’EI et non “une zone de sécurité” était la meilleure façon de mettre fin aux combats dans la région et à l’afflux de réfugiés en Turquie.

Après avoir longtemps été réticente à s’engager dans la lutte contre l’Etat islamique, qui contrôle une grande partie du nord et de l’est de la Syrie, ainsi que de vastes territoires dans le nord et l’ouest de l’Irak, la Turquie a pour la première fois bombardé vendredi matin des positions du groupe fondamentaliste sunnite en Syrie.

ARRESTATIONS

La Turquie a aussi autorisé cette semaine les avions de la coalition internationale menée par les Etats-Unis à décoller de ses bases militaires pour procéder à des frappes contre l’EI.

Ce changement de stratégie fait suite à l’attentat suicide attribué à l’EI qui a fait 32 morts lundi dernier à Suruç, dans le sud-est de la Turquie, près de la frontière syrienne.

De nombreuses victimes de cet attentat étaient kurdes, ce qui a déclenché une vague de violences dans le Sud-Est turc, à majorité kurde. Les activistes kurdes ont accusé le président turc Recep Tayyip Erdogan et l’AKP, le parti islamo-conservateur qu’il a fondé, de soutenir secrètement l’EI contre les Kurdes syriens, ce que réfute Ankara.

La police turque a interpellé ces deux derniers jours des centaines de personnes soupçonnées de militer pour la cause kurde ou de faire partie de l’EI. Près de 600 personnes au total ont été interpellées.

De nombreuses voix accusent le président turc de se servir de la campagne contre l’EI pour accentuer la répression contre les Kurdes.

Le parti d’opposition prokurde HDP (Parti démocratique des peuples) a réagi dans un communiqué en expliquant qu’il était “inacceptable qu’Erdogan et le gouvernement AKP combattent le peuple kurde dans le cadre de leur lutte contre l’Etat islamique”.

MANIFESTATIONS

Il demande que “cessent immédiatement les opérations militaires, les bombardements, les détentions politiques et les pressions.”

Les frappes aériennes turques dans le nord de l’Irak ont visé des entrepôts du PKK, des “sites logistiques” et des locaux d’habitation, a précisé le Premier ministre turc dans un communiqué.

Ces raids fragilisent encore les discussions de paix entamées en 2012 avec les séparatistes du PKK pour tenter de mettre fin à un conflit qui a fait plus de 40.000 morts en trente ans.

Le PKK a estimé samedi que la trêve avec Ankara n’avait “plus aucun sens” après les attaques de l’aviation turque contre ses positions, qui ont fait selon le groupe kurde un mort et trois blessés.

Les opérations militaires turques contre le PKK ont entraîné des manifestations en Turquie, où la police est intervenue à Ankara pour disperser un millier de protestataires, et en France, où 1.500 personnes ont défilé à Paris.

“La Turquie joue un double jeu. Elle tente de convaincre les médias du monde entier qu’elle frappe Daech mais en réalité elle bombarde les Kurdes dans le nord de l’Irak”, a déclaré l’un des manifestants.

A Istanbul, les autorités ont fait savoir qu’elles n’autorisaient pas une marche de protestation prévue dimanche. Selon la presse turque, des policiers ont été pris à partie dans des quartiers kurdes de la ville.

Avec Gulsen Solaker et Orhan Coskun; Marc Joanny, Danielle Rouquié et Guy Kerivel pour le service français

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