October 25, 2014 / 12:27 PM / 4 years ago

Exécution par pendaison d'une jeune femme iranienne

DUBAI (Reuters) - Une Iranienne de 26 ans, Reyhaneh Jabbari, condamnée pour avoir tué un homme qu’elle accusait d’avoir voulu la violer, a été pendue samedi, a annoncé l’agence de presse iranienne Irna.

Dans les couloirs de la prison Evin de Téhéran. Une Iranienne de 26 ans, Reyhaneh Jabbari, a été pendue samedi matin dans le centre carcéral de la capitale iranienne malgré les nombreux appels à la clémence adressés par des organisations humanitaires et des personnalités aux autorités iraniennes. /Photo d'archives/REUTERS/Morteza Nikoubazl

Malgré les nombreux appels à la clémence lancés en sa faveur, la jeune femme a été exécutée à l’aube à la prison Evin de Téhéran. Elle avait été reconnue coupable d’avoir poignardé à mort en juillet 2007 à l’aide d’un couteau de cuisine un homme qu’elle accusait d’avoir voulu la violer alors qu’elle était adolescente au moment des faits.

Jabbari avait plaidé la légitime défense au cours de son procès mais elle n’est pas parvenue à convaincre les juges, aux divers stades de la procédure judiciaire jusqu’à la Cour suprême. Les magistrats s’en sont tenus à une stricte application de la loi du talion.

Suivant la loi coranique (charia) en vigueur en Iran depuis la révolution islamique de 1979, un sursis de dix jours avait été accordé, le temps que la famille de la victime décide d’accorder ou non son pardon à l’accusée.

L’annonce de la prochaine mise à exécution de la sentence avait provoqué des condamnations et des appels à la clémence en provenance des Etats-Unis et de l’Union européenne. Le gouvernement du président Hassan Rohani, élu l’an dernier sur des promesses de libéralisation du régime, avait tenté de faire commuer la sentence.

Le ministre de la Justice Mostafa Pour-Mohammadi avait dit début octobre qu’une “bonne fin” était en vue, mais la presse officielle avait ensuite fait savoir que la famille de l’homme abattu ne s’était pas laissée convaincre d’approuver la clémence pour Reyhaneh Jabbari.

Seule une grâce du chef religieux, l’ayatollah Ali Khamenei, aurait pu lui éviter la peine capitale mais le guide suprême de la Révolution iranienne n’a jamais fait mention de l’affaire.

“TACHE SANGLANTE”

Immédiatement après l’exécution, le parquet de Téhéran a publié un communiqué pour répondre à l’élan de sympathie suscité par le sort de la jeune femme.

“Jabbari a avoué à plusieurs reprises avoir commis un acte prémédité, puis elle a tenté de détourner le cours de la justice en inventant cette accusation de viol”, indique le texte cité par l’agence Irna.

“Mais tous ses efforts pour feindre l’innocence se sont révélés vains dans les différentes phases de la procédure. Les preuves étaient solides. Elle avait informé un proche par texto de son intention de tuer. Il a été démontré avec certitude qu’elle avait acheté l’arme du crime, un couteau de cuisine, deux jours avant de commettre l’assassinat”, ajoute le communiqué.

L’association de défense des droits de l’homme Amnesty International a condamné l’exécution et a évoqué “une enquête et un procès comportant de graves manquements”.

“C’est une nouvelle tache sanglante pour le bilan de l’Iran en matière des droits de l’homme”, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice-adjointe d’Amnesty International pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord.

“Tragiquement, ce cas est loin d’être rare. Une fois de plus, l’Iran a insisté pour appliquer la peine de mort malgré des doutes sérieux sur l’impartialité du procès.”

Selon Amnesty International, l’Iran est le deuxième pays qui exécute le plus au monde derrière la Chine. Selon le Centre de documentation pour les droits de l’homme en Iran basé aux Etats-Unis, le nombre total d’exécutions s’élève à 531 depuis le début de l’année d’après un bilan arrêté à fin septembre.

L’exécution de Reyhaneh Jabbari intervient à un moment délicat pour le président Rohani qui tente d’opérer un rapprochement avec les Occidentaux après des décennies d’hostilités tout en étant soumis à la pression des religieux conservateurs dans son pays.

Mehrdad Balali; Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français

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