October 19, 2014 / 9:23 AM / 4 years ago

Martine Aubry pour une réorientation de la politique économique

PARIS (Reuters) - Martine Aubry est passée à l’offensive dimanche en réclamant une réorientation de la politique économique de la France dans un sens plus favorable à la croissance, ce qui passe selon elle par un soutien au pouvoir d’achat des ménages et des aides aux entreprises réservées uniquement à celles qui investissent.

Martine Aubry réclame une réorientation de la politique économique de la France dans un sens plus favorable à la croissance, ce qui passe selon elle par un soutien au pouvoir d'achat des ménages et des aides aux entreprises réservées uniquement à celles qui investissent. /Photo prise le 17 mars 2014/REUTERS/Charles Platiau

Dans une interview au Journal du Dimanche et dans une contribution écrite aux états généraux du Parti socialiste, la maire socialiste de Lille se livre à une critique en règle des réformes engagées par le gouvernement et apporte son soutien aux “frondeurs” du PS, qui comptent dans leurs rangs plusieurs de ses proches.

“La politique menée depuis deux ans en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s’est faite au détriment de la croissance”, dit-elle dans les colonnes du JDD, “les déficits ne se sont pas résorbés et le chômage augmente”.

“Je demande une inflexion de la politique entre la réduction des déficits et la croissance. Je demande qu’on réoriente la politique économique”, ajoute-t-elle en évoquant sa contribution aux états généraux lancés par le Parti socialiste.

Selon l’ancienne ministre du Travail, la raison profonde du malaise des Français est l’absence de cap. “On ne mobilise pas un pays sur la seule gestion financière, on doit donner la destination du voyage”, déclare-t-elle.

Elle reproche à François Hollande, dont elle ne cite jamais le nom, sa politique de l’offre, qui repose sur des baisses de charges et de fiscalité des entreprises, alors qu’il faut aussi à ses yeux soutenir la demande, celle des ménages et des collectivités locales.

Elle propose ainsi de cibler les aides uniquement sur les entreprises exposées à la concurrence internationale ou qui investissent et embauchent, ce qui doit permettre de libérer 20 milliards d’euros sur les 41 milliards prévus par le Pacte de responsabilité.

VIEILLES RECETTES LIBÉRALES

Ce montant servirait à soutenir l’investissement des collectivités locales, menacé par la baisse programmée des dotations de l’Etat, et le pouvoir d’achat des ménages.

Pour cela, Martine Aubry propose d’agir sur les loyers avec la loi Duflot sur l’immobilier, que le gouvernement de Manuel Valls a entrepris d’édulcorer, la politique familiale, et des tarifs pour l’eau et l’énergie plus faibles pour les besoins essentiels. Elle juge encore nécessaire de créer davantage d’emplois aidés en attendant le retour de la croissance.

La fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG permettrait aussi de distribuer du pouvoir d’achat aux plus modestes, en l’accompagnant d’un prélèvement à la source qui “permettrait d’éviter de se retrouver dans la difficulté quand votre revenu baisse brutalement.”

A l’inverse, la maire de Lille n’a pas de mots assez durs pour dénoncer les dernières réformes envisagées par le gouvernement.

Croire qu’il y a un gisement d’emplois dans l’extension du travail dominical “est un mirage”. “Le pouvoir d’achat ne va pas s’accroître par miracle parce que l’on consomme un jour de plus”, dit-elle, et toute réforme en ce sens se ferait “au détriment du petit commerce (...) et donc, in fine, aussi de l’emploi.”

Elle s’oppose de même à toute modification des règles de l’assurance chômage, un autre thème évoqué ces derniers jours par le gouvernement, “au moment où il y a tant de chômeurs”.

A la question de savoir quel rôle elle entend jouer dans la seconde moitié du quinquennat de François Hollande, elle répond : “Je suis candidate... au débat d’idées.”

“RENGAINES DU PASSÉ”

Le plaidoyer de Martine Aubry en faveur d’une réorientation de la politique économique est au coeur de sa contribution aux états généraux du PS lancés par le Premier secrétaire du parti Jean-Christophe Cambadélis.

“Notre idéal n’est ni le libéralisme économique, ni le social libéralisme”, peut-on lire dans un texte publié sur le site internet www.ensemble-reussir.fr. “Notre projet, c’est une nouvelle social-démocratie”.

Face à cette salve de critiques, le Premier ministre Manuel Valls a réagi indirectement à la sortie de Martine Aubry lors d’un discours à Paris devant le forum républicain du Parti radical de gauche.

“Je sais qu’au sein de la gauche le questionnement est permanent, le débat fait partie de notre ADN, nous sommes capables de le pousser tous jusqu’aux extrémités les plus incroyables”, a-t-il dit.

“A gauche, nous avons toujours considéré la diversité comme une richesse, nous la faisons vivre chaque jour, même chaque dimanche, parfois un peu trop et il faut avoir les nerfs solides. Mais là-dessus comptez sur moi pour avoir les nerfs solides”.

Le chef de file des députés PS Bruno Le Roux a quant à lui appelé à se méfier des formules.

“Quand on dit ‘attention, arrêtons avec les vieilles recettes libérales’ c’est caricaturer l’action de ce gouvernement”, a-t-il dit sur Radio J.

“Le débat politique ne peut toujours consister à vouloir revenir en arrière, ce qui est important aujourd’hui c’est la capacité des socialistes à imaginer demain, à être dans l’innovation et pas uniquement dans la reprise d’anciens débats”, a-t-il ajouté.

Un avis partagé par le président UMP du Sénat, Gérard Larcher, qui a fustigé des “rengaines du passé”.

“Dans les propos de Martine Aubry, je sens un peu de naphtaline, je sens un peu une conception d’il y a quinze ans, d’il y a vingt ans”, a-t-il déclaré dans le Grand Rendez-vous Europe 1-Le Monde-i>télé.

“Mme Aubry indique les recettes du passé, celles qui n’ont pas marché (...) il faut avoir le courage de réformer”, a-t-il ajouté. “Je crois que le mot statue est bien la marque de Martine Aubry, elle est pétrifiée”.

Yann Le Guernigou et Marine Pennetier

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