March 15, 2020 / 10:27 AM / 4 months ago

Rideau tiré sur la France, passée en stade 3 face à l'épidémie de coronavirus

PARIS (Reuters) - La France a basculé dimanche dans un autre monde, bouleversé par le resserrement drastique des mesures de lutte contre la propagation du coronavirus et la fermetures des bars, restaurants et commerces non indispensables.

Dans le Vieux-Nice. La France a basculé dimanche dans un autre monde, bouleversé par le resserrement drastique des mesures de lutte contre la propagation du coronavirus et la fermetures des bars, restaurants et commerces non indispensables. /Photo prise le 13 mars 2020/REUTERS/Eric Gaillard

A Saint-Germain-des-Prés, dans le Paris historique des intellectuels et des artistes devenu lieu touristique majeur, le Café de Flore et la Brasserie Lipp qui avaient continué à servir tout au long de la Deuxième Guerre mondiale n’ont pas rouvert dimanche matin.

“Au moins pendant la guerre on savait contre qui on se battait. Là, nous n’en avons pas la moindre idée”, dit le maître d’hôtel qui se souvient des récits de ses anciens collègues sur la période de l’Occupation.

Sophie Chardonnet, croisée devant le Flore, se désole: “C’est triste de voir ces cafés fermés, espérons que ce ne sera pas trop long.”

Dans le Marais, haut lieu du tourisme avec son musée Picasso, ses stands réputés de falafels et ses boutiques normalement ouvertes les dimanches, les rues sont anormalement calmes. Des panonceaux apposés sur les devantures annoncent qu’elles n’ouvriront pas. Le magasin Michael Kors invite ses clients à se mettre à l’achat en ligne.

Un marché alimentaire a pu ouvrir - les commerces alimentaires ne sont pas concernés par les mesures annoncées samedi soir par Edouard Philippe -, et des Parisiens descendent dans leurs boulangeries acheter des viennoiseries.

Dans le 16e arrondissement de Paris, les rues sont calmes. Seuls quelques passants promènent leur chien ou courent le long des berges de la Seine. Un peu plus loin, de longues files d’attente se forment devant une pharmacie et une boulangerie, les clients tentant de respecter une distance minimum de sécurité entre eux.

Du côté de Passy, une rue très commerçante, quelques fleuristes ont défié les directives et ont ouvert malgré tout.

“Nous fermerons à midi. C’est trop difficile de jeter toutes nos fleurs. Certains sont en colère contre nous, mais d’autres entrent et font des achats de dernière minute”, témoigne Laurent Binder, 41 ans, qui travaille pour un fleuriste sur le marché de Passy.

Sur l’esplanade du Trocadéro, face à la tour Eiffel, quelques touristes profitent de la vue et du soleil qui règne sur Paris en ce dimanche pas comme les autres.

“Qu’est-ce qu’on peut y faire ? C’est un moment particulier. On peut simplement essayer de se protéger et voir ce qui va se passer”, dit Laura, une Américaine de 26 ans en voyage en Europe. “Je suis arrivée de Belgique il y a une semaine et j’avais l’intention d’aller ensuite en Italie. Tant pis.”

Dans le quartier de la Gare de l’Est, les cafés et restaurants, d’habitude ouverts le dimanche, sont fermés. Mais le marché Saint-Quentin accueille les habitants et des files d’attente se forment devant le boulanger ou le charcutier. “Nous avons beaucoup de monde depuis deux jours. Les gens font des provisions, c’est clair et net”, dit le fromager.

Dans un bureau de vote du 9e arrondissement, où l’on est reçu par un assesseur qui verse du gel hydroalcoolique dans les mains, les électeurs respectent le marquage au sol pour maintenir les distances de sécurité.

Les assesseurs portent des masques, ne prennent pas en main les pièces d’identité et ne tamponnent pas la carte d’électeur, contrairement à l’usage.

“Je ne suis pas inquiète, mais c’est sérieux. Je fais ce qu’il faut, je prends bien soin de moi, je reste chez moi. Je fais attention à ce que je mange, à bien dormir, à garder le moral. Et puis je fais ce qu’on me dit”, dit Valérie, une psychothérapeute de 50 ans, croisée dans la file d’attente.

Les élections municipales auraient-elle du être reportées ?, lui demande-t-on. “Non. Regardez, on n’est pas en danger là”, répond-elle en montrant l’espace entre les électeurs.

A LYON, alors que l’heure était à la fête dans les rues, les bars et sur les terrasses samedi soir avant la fermeture des établissements, ce dimanche matin donne l’impression d’une ville morte.

Dans le quartier de la Presqu’Ile, dans le centre, les terrasses des cafés et des restaurant, habituellement bondées et joyeuses le dimanche matin, ont baissé le rideau de fer. Les rares passants font la queue, à distance respectable, devant les boulangeries restées ouvertes.

Quasiment aucune voiture ne circule. Les stations Vélo’V sont pleines. Le seul lieu d’animation est le marché Saint-Antoine, où les Lyonnais se pressent pour faire des provisions.

Julia sort de chez elle avec son fils Léo, 4 ans, sur son petit vélo. “Il fait beau on va prendre l’air, c’est très compliqué de garder les enfants enfermés à la maison des journées entières, on va faire un tour au parc de la tête d’or, même si le zoo est fermé paraît-il”, dit cette enseignante de 40 ans.

Autre lieu d’animation, toute relative, les bureaux de vote. A la mairie du cinquième arrondissement, sur la colline de Fourvière, une forte odeur de gel hydro-alcoolique flotte dans l’air du bureau de vote. Trois personnes sont en train de voter. L’une d’elle a remonté un foulard sur le bas de son village et peste devant l’arrivée du maire sortant de Lyon Gérard Collomb, accompagné de ses collaborateurs et d’un groupe de journalistes.

Après avoir voté, Gérard Collomb a l’air grave. “C’est une élection particulière. La déclaration du Premier ministre hier montre qu’on est passé à un stade supérieur”, confie-t-il.

A MARSEILLE, la Canebière, le Vieux-Port et tout le centre fonctionnent comme au ralenti tandis que des agents de la police municipale vérifient que les commerçants se sont bien conformés aux nouvelles directives.

“Je pensais pouvoir ouvrir car je vends uniquement des savons de Marseille qui sont recommandés pour se laver les mains. La police municipale est passée pour me dire de fermer”, dit Djamel, gérant d’un magasin dans le quartier touristique du Panier. “On fait comme tout le monde, on écoute même si ça va avoir des conséquences sur le chiffre d’affaires du magasin”, poursuit-il.

A RENNES, ville étudiante réputée pour ses soirées animées et sa “rue de la Soif” où s’alignent les enseignes de cafés et de fast-food, tous les rideaux sont fermés ce dimanche et les rues désertes, alors que la nouvelle de la fermeture des bars et restaurants avait été accueillie samedi soir avec un mélange de fatalisme et d’inquiétude.

Philippe Tournedouët, patron du Bistrot de la Cité, un des lieux de rendez-vous mythiques de la capitale bretonne, avait déjà programmé sa fermeture dans les prochains jours, s’attendant à une telle mesure qu’il juge “logique” compte tenu de la pandémie.

Mais beaucoup de patrons redoutent les conséquences économiques de cette décision. “Le problème, c’est qu’on ne sait pas combien de temps cela va durer. Pendant quelques jours on peut s’occuper avec la paperasse mais les charges vont continuer à tomber et ça peut être très lourd financièrement. J’espère que le gouvernement va prévoir des indemnisations”, a déclaré à Reuters Yvan Pasquet, patron du Gabier Noir, un bar situé dans le quartier de la gare de Rennes.

A NICE, sur le marché du cours Saleya, les amateurs de socca, la spécialité locale à base de farine de pois chiche, se pressent en fin de matinée pour acheter les dernières parts sans vraiment respecter de distance de sécurité entre eux.

“J’aurais voulu fermer mais il faudrait pour cela que l’on soit dans la liste des commerces concernés. Nous sommes cinq, je ne peux pas prendre les salaires à ma charge sans aide. C’est angoissant”, explique Marie-Thé, la patronne de ce réputé point de vente à emporter.

La France a basculé dimanche dans un autre monde, bouleversé par le resserrement drastique des mesures de lutte contre la propagation du coronavirus et la fermetures des bars, restaurants et commerces non indispensables. /Photo prise le 14 mars 2020/REUTERS/Benoit Tessier

Autour d’elle, les étals des maraîchers sont vidés par un fort afflux de clients qui en ont profité pour faire des provisions, comme sur le très fréquenté marché de la Libération.

Mais le plus saisissant dans cette ville aux 2.035 restaurants, bars et cafés pour 7.640 emplois, est sans conteste le paysage de terrasses désertes alors qu’elles sont traditionnellement bondées le dimanche. Place du Palais de Justice, totalement vide, quelques serveurs s’emploient à rentrer de lourds oliviers décoratifs à l’intérieur d’un restaurant récemment ouvert.

A quelques pas de là, le kiosquier Sami semble bien seul : “J’ai fait 35% de ventes en moins, je pense que seuls les gens qui allaient voter sont venus ainsi que quelques riverains”, dit-il.

Bureau de Paris avec les correspondants à Lyon, Marseille, Rennes et Nice

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