January 27, 2020 / 1:56 PM / 5 months ago

Villani briguera la mairie de Paris en candidat libre

PARIS (Reuters) - Les exhortations d’Emmanuel Macron n’ont pas entamé la détermination de Cédric Villani à briguer la mairie de Paris face à Benjamin Griveaux, malgré les risques politiques de cette double candidature dans une élection jugée un temps imperdable pour le camp présidentiel.

Les exhortations d'Emmanuel Macron n'ont pas entamé la détermination de Cédric Villani à briguer la mairie de Paris face à Benjamin Griveaux, malgré les risques politiques de cette double candidature dans une élection jugée un temps imperdable pour le camp présidentiel. /Photo prise le 25 janvier 2020/REUTERS/Benoit Tessier

Au lendemain d’un rendez-vous à l’Elysée, qui a démontré l’implication du chef de l’Etat dans la préparation du scrutin des 15 et 22 mars annoncé comme difficile pour La République en marche (LaRem), Cédric Villani a été écarté du mouvement qui l’avait fait entrer à l’Assemblée nationale en 2017.

Le scientifique “n’est plus adhérent” de LaRem, a dit lundi sur Radio Classique le délégué général du parti, Stanislas Guerini, anticipant une exclusion qui sera discutée mercredi en bureau exécutif.

Cédric Villani avait acté dimanche à l’issue de l’entretien avec Emmanuel Macron une “divergence majeure” et dit son choix de briguer la mairie de la capitale en “toute indépendance”, en bâtissant une “coalition pour le climat”, sans rejoindre le candidat investi par LaRem, Benjamin Griveaux.

A pied, en métro, en auto ou en Vélib’, le scientifique de 46 ans va donc poursuivre sa campagne au pas de course, multipliant déplacements et contacts, des écologistes aux radicaux, sans céder aux sirènes qui l’invitent à renoncer.

Un sondage Odoxa-CGI pour Le Figaro publié dimanche le place à 10% - le seuil pour qu’une liste passe au deuxième tour -, à six points derrière Benjamin Griveaux. L’écart était de deux points dans une enquête Ifop pour Le Journal du Dimanche du 19 janvier.

Dans le sondage Odoxa, le candidat Europe Ecologie-Les Verts David Belliard est à 14,5%. Un émiettement qui profite à la maire sortante Anne Hidalgo, en tête à 23%, devant l’ancienne ministre Les Républicains Rachida Dati, 20%.

Les prochains sondages diront si la mise à l’écart de Cédric Villani lui profitera ou pas. De l’avis d’une militante, cet acte d’autorité trahit les idéaux d’un mouvement né en 2016 autour de l’idée “macroniste” de bâtir au-delà des clivages partisans d’un monde alors jugé dépassé.

“On passe, comme ça, du rassemblement à l’exclusion en trois ans ?”, a-t-elle dit à Reuters. “Exclure Cédric Villani, c’est exclure la moitié des militants En Marche de Paris.”

“IL AIME LES PROBLÈMES DIFFICILES”

Entré en dissidence au terme d’un processus d’investiture qu’il juge tronqué, Cédric Villani creuse son sillon en homme libre venu à la politique après une carrière de mathématicien auréolée de la médaille Fields, qui l’a aussi vu diriger le prestigieux institut Henri Poincaré.

“Paris a besoin d’air frais”, déclarait-il samedi à Reuters lors d’une journée de campagne au programme fourni. “Ce n’est pas à coup de tractations entre appareils qu’on gagne une élection à Paris”.

“Restez vous-mêmes”, lui a demandé un passant croisé au marché Monge, dans le Ve arrondissement où Cédric Villani a fait ses études. “Comptez-sur moi”, lui a répondu l’élu au style singulier - costume trois-pièces, montre à gousset et broche en forme d’araignée sur l’épaule.

Venu en voisin, un scarabée épinglé à sa veste en signe de soutien, le philosophe des sciences Etienne Klein ne doute pas de la ténacité de son ami.

“Cédric Villani, il aime les problèmes difficiles. Et plus il y a d’obstacles, plus sa détermination est grande. Ceux qui essaient de lui opposer toutes sortes d’arguments pour le dissuader renforcent sa détermination”, analyse le physicien.

Le 5 février, Cédric Villani présentera au théâtre Trianon son programme municipal, qui comprend un plan d’investissements de cinq milliards d’euros pour l’écologie sur la mandature.

Cédric Villani dans un café lors de sa campagne politique à Paris. /Photo prise le 25 janvier 2020/REUTERS/Benoit Tessier

Il défend aussi l’idée de faire débarquer en Seine-Saint-Denis les voyageurs de l’Eurostar et du Thalys pour désengorger les gares parisiennes, là où Benjamin Griveaux veut transformer le quartier de la gare de l’Est en “Central Park” parisien.

Bien que tous deux fidèles à Emmanuel Macron, les deux élus attirent des publics différents dans une capitale où un tiers de l’électorat a voté pour le camp présidentiel en 2017 et aux européennes de 2019, laissant espérer pour ce printemps une victoire qui aurait retenti dans le monde entier.

Elle est aujourd’hui compromise, comme l’est le score de La République en marche pour l’ensemble du scrutin municipal dans un climat social alourdi par la contestation contre la réforme des retraites.

Edité par Sophie Louet

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