January 23, 2020 / 9:46 AM / 2 months ago

Une majorité politiquement fragile au défi des réformes

PARIS (Reuters) - En présentant vendredi en conseil des ministres sa réforme des retraites à l’origine d’un conflit social d’une rare ampleur, Emmanuel Macron marque un point sans remporter la bataille, à l’approche d’élections municipales périlleuses pour son camp.

En présentant vendredi en conseil des ministres sa réforme des retraites à l'origine d'un conflit social d'une rare ampleur, Emmanuel Macron marque un point sans remporter la bataille, à l'approche d'élections municipales périlleuses pour son camp. /Photo prise le 20 janvier 2020/REUTERS/Denis Charlet

Politiquement, la plus longue grève de l’histoire de la RATP et de la SNCF laissera des traces, un an après le conflit des “Gilets jaunes” qui a déstabilisé le pays comme rarement sous la Ve République.

“L’accouchement d’une transformation aussi majeure que l’avènement de la retraite à points est forcément douloureux mais on retiendra le résultat”, veut croire le député La République en marche (LaRem) Bruno Bonnell.

Après des semaines de grèves et de blocages, qui perdurent sous des formes diverses, un membre du gouvernement regrette toutefois un “déficit de pédagogie” tandis qu’un député LaRem met en garde contre “l’image d’un quinquennat du bordel avec des grèves, des crispations, des violences”.

Un climat qui donne envie, selon lui, de voter [pour la présidente du Rassemblement national-NDLR Marine] Le Pen” à la présidentielle de 2022, et risque de compromettre les chances de la majorité aux élections municipales de mars.

A mi-mandat, Emmanuel Macron se retrouve à la tête d’une France où les deux-tiers de ses concitoyens ne lui font pas confiance, avec des opposants tentés par la violence.

“Il y a les minorités visibles et les majorités silencieuses”, relativise Roland Lescure, président (LaRem) de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée.

Et l’élu de donner comme exemple le succès du “grand débat” et la deuxième place “d’un chouïa” de la majorité derrière le Rassemblement national aux élections européennes de mai 2019, organisées juste après la crise des “Gilets jaunes”.

“Quand les gens s’expriment vraiment, la détestation n’est peut-être pas si flagrante”, a-t-il dit à Reuters. “La question est ce que pensent les gens qui n’ont pas de convictions très fortes. Et la France est clivée sur tous les sujets”.

MACRON EN RETRAIT

La campagne des municipales des 15 et 22 mars à peine lancée, un proche d’Emmanuel Macron prédit déjà qu’elles vont “mal se passer pour En Marche car c’est le scrutin pour lequel le programme politique pèse le moins.”

La République en marche, née en 2016, brigue dans les urnes un ancrage territorial qui lui fait cruellement défaut.

Anticipant des résultats médiocres, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il “ne tirerai[t] pas de conséquences automatiques sur le plan national” et qu’il resterait en retrait de la campagne.

“Le président de la République n’est pas l’homme d’un parti et je suis attaché à cette règle”, a confié le 15 janvier, en marge de ses voeux à la presse, celui qui s’était pourtant engagé pour les élections européennes.

Des crispations au sein de la majorité sont apparues dans bien des villes, déteignant sur le groupe LaRem à l’Assemblée, où plusieurs députés ont jeté l’éponge, et même sur le gouvernement dont deux ministres, Didier Guillaume (Agriculture) et Jean-Baptiste Lemoyne (Commerce extérieur) sont candidats dans la même ville de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).

A Paris, la guerre fratricide entre le candidat désigné Benjamin Griveaux et le dissident Cédric Villani favorise la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, donnée gagnante par tous les sondages.

Face aux scénarios du pire, le président joue le détachement : “Je vis dans l’espoir secret et la croyance chevillée au corps qu’à la fin l’intelligence collective et la bienveillance triomphent.”

Défaits depuis 2017 mais bien implantés localement, Républicains et socialistes espèrent se refaire une santé aux dépens de LaRem.

Et s’élèvent d’autant contre une circulaire du ministère de l’Intérieur invitant les préfets à n’attribuer une nuance politique qu’aux candidats des communes de 9.000 habitants et plus. Une “manipulation politique” destinée selon eux à minimiser un mauvais score du parti présidentiel, qui pourrait aussi pâtir de la poussée écologiste annoncée dans les sondages.

Avec Michel Rose, édité par Sophie Louet

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