November 29, 2019 / 5:51 PM / in 8 days

Retraites: Les marins veulent sauver leur régime vieux de 400 ans

LA ROCHELLE (Reuters) - Concentré sur sa mission, le capitaine de remorqueur Jean-Yves Lagarde s’assure que les cargos amarrés au port de commerce de La Rochelle ne sont pas menacés par les derniers soubresauts de la tempête “Sébastien” qui a sévi dans la nuit.

Dans le cadre de la réforme, le dispositif de retraite pourrait être modulé en fonction du temps effectif passé en mer. /Photo prise le 27 novembre 2019/REUTERS/Régis Duvignau

Cette tempête, née au Nord-Est des Antilles, a suffi à rompre une partie des amarres d’un cargo aux premières heures de la journée. Appelé en renfort par la capitainerie, l’officier a rameuté son équipage pour mettre en sécurité ce géant des mers.

A 45 ans, ce père de famille ne se sent pas encore prêt à partir en retraite, mais il reconnaît sentir déjà “la fatigue générale liée au travail”. C’est ce qui le pousse à défendre les spécificités de son régime de retraite, qui lui permet de partir dès 52,5 ans s’il cumule 37,5 années de service.

Officier de la marine marchande, Jean-Yves Lagarde cotise au régime social des marins, fondé en 1673 par Colbert, alors secrétaire d’Etat de la maison de Louis XIV, dans le but de fournir aux marins estropiés une pension d’invalidité.

Ce système, qui concerne la pêche, le commerce, les cultures marines et la plaisance professionnelle, pourrait être amené à disparaître, si Emmanuel Macron mène à bien son projet de régime universel par points, qui vise à réduire les inégalités de traitement entre les assurés.

Une aberration pour Jean-Yves Lagarde, qui est prêt à se mobiliser le 5 décembre aux côtés des syndicats pour dénoncer le projet. “On a quand même un système qui tient la route depuis quatre siècles”, dit-il. “Il est en parfaite adéquation avec la pénibilité générale du travail.”

L’officier de marine parle d’expérience. Pendant dix ans, il a parcouru le monde au “long cours”, sur ces cargos qui partent en mission plus de trois mois pour transporter des marchandises de port en port.

UN RÉGIME DES RETRAITES DÉSÉQUILIBRÉ

Après avoir inhalé quantité de vapeurs d’hydrocarbures, subi la chaleur infernale des moteurs dans la soute et avoir été menacé par des pirates de Java, il estime avoir eu plus que sa part d’épreuves.

Le métier de remorqueur, qu’il exerce depuis 13 ans, lui permet, certes, de rentrer chez lui tous les soirs, mais le rythme est encore décousu. Il alterne une semaine intensive de travail, où il doit être disponible 24h sur 24, et est en moyenne réveillé une nuit sur deux, avec une semaine de repos.

Malgré l’attachement à ce régime de retraite, il admet que le système n’est plus viable financièrement. On comptait, en 2018, 38.956 marins actifs pour 111.319 retraités, soit un ratio d’environ 0,3 actif pour un retraité. Pour combler le déficit structurel du régime, l’Etat finance 79% des pensions versées, une forme de soutien non-déguisé à cette activité.

Jean-Paul Delevoye, le haut-commissaire à la réforme des retraites, a conscience que les conditions de travail sont particulièrement difficiles en mer, déclare un de ses proches. En revanche, il s’interroge sur le fait que les marins en service à terre, dans les capitaineries par exemple, bénéficient des mêmes avantages que les autres.

Dans le cadre de la réforme, le dispositif de retraite pourrait ainsi être modulé en fonction du temps effectif passé en mer.

“Ça va exploser tout le régime des marins”, a déclaré à Reuters Jean-Philippe Chateil, secrétaire général de la fédération des officiers de marine marchande CGT, qui explique que pour rester affilié au régime spécial, il n’est pas possible de rester à terre plus que quelques années. Passé ce délai, les personnes concernées basculent dans le régime général.

Pour le capitaine Jean-Yves Lagarde, ces métiers ont eux aussi leur lot de pénibilité - travail de nuit, stress - et il n’y a pas lieu de “les jalouser”.

Il ne serait pas avisé de diviser la communauté, ajoute-t-il, “la solidarité des marins n’est pas un vain mot”.

Caroline Pailliez, édité par Jean-Michel Bélot

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