March 12, 2019 / 7:14 PM / 7 months ago

Le Boeing 737 MAX interdit de vol en Europe après l'accident en Ethiopie

ADDIS-ABEBA/PARIS (Reuters) - L’Europe a suspendu à son tour mardi les vols de Boeing 737 MAX, emboîtant le pas à plusieurs pays asiatiques après la catastrophe aérienne en Ethiopie qui a fait 157 morts.

L'Europe a suspendu à son tour mardi les vols de Boeing 737 MAX, emboîtant le pas à plusieurs pays asiatiques après la catastrophe aérienne en Ethiopie qui a fait 157 morts. /Photo prise le 5 février 2019/REUTERS/Jason Redmond

“Par mesure de précaution, l’AESA a publié aujourd’hui une directive de navigabilité, effective à 19h00 GMT, suspendant toutes les opérations de vol de tous les modèles de Boeing 737-8 MAX et 737-9 MAX en Europe”, a déclaré l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA), dont l’annonce avait été précédée par des décisions unilatérales de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni parmi d’autres.

L’Inde, via son ministère de l’aviation civile, a elle aussi annoncé peu après qu’elle immobilisait avec effet immédiat tous les 737 MAX “jusqu’à ce que des modifications et des mesures de sécurité adéquates soient prises pour garantir leur utilisation sûre”.

La décision des régulateurs européens constitue le revers le plus sérieux pour Boeing après le crash de dimanche et met la pression sur les régulateurs américains, très discrets jusqu’ici.

Le groupe de Chicago, premier constructeur aéronautique mondial, a dit comprendre les décisions de ces différents pays tout en réaffirmant “toute sa confiance” dans son monocouloir.

Les causes de la tragédie de dimanche, cinq mois après la chute d’un autre 737 MAX 8 ayant tué 189 personnes en Indonésie, ne sont pas encore connues.

L’enquête sur l’accident du Boeing de Lion Air en octobre dernier n’a pas encore livré ses conclusions mais l’attention s’est portée sur le rôle des systèmes informatiques à bord ainsi que sur la formation des pilotes et la maintenance.

Boeing a annoncé son intention d’actualiser ses logiciels dans les prochaines semaines.

Rien ne permet à ce stade d’établir un lien entre les deux accidents, même si l’un et l’autre se sont produits peu après le décollage.

Sans faire explicitement référence aux événements, Donald Trump s’est lamenté mardi de la complexité du pilotage des avions modernes. “Je ne sais comment c’est pour vous, mais je ne veux pas d’Albert Einstein comme pilote. Je veux des grands professionnels de l’aviation qui soient capables de prendre facilement et rapidement le contrôle d’un avion !”, a tweeté le président américain.

TRENTE PAYS ENDEUILLÉS

Donald Trump s’est ensuite entretenu avec le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, a dit une source proche du dossier, sans plus de détails.

Avant l’annonce de l’AESA la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie, l’Irlande, l’Autriche et la Norvège avaient également décidé une interdiction temporaire des vols de 737 MAX 8, tout comme la Pologne et la Turquie. Singapour, l’Australie, la Malaisie et Oman avaient auparavant fait des annonces similaires, après la Chine et l’Indonésie lundi.

Pour les experts, il est trop tôt pour spéculer sur les causes de l’accident. La plupart résultent d’un enchaînement unique de facteurs humains et techniques.

Si elles sont exploitables, les boîtes noires de l’appareil d’Ethiopian Airlines, retrouvées lundi, pourraient rapidement livrer des éléments d’explication même si les enquêtes sur les catastrophes aériennes durent généralement autour d’un an.

Compte tenu des difficultés d’identification des corps sur le site du crash, Ethiopian Airlines a estimé qu’il faudrait au moins cinq jours avant de commencer à remettre les dépouilles aux familles.

Les 157 victimes - 149 passagers et huit membres d’équipage - étaient d’une trentaine de nationalités. Parmi elles figurent au moins 21 agents des Nations unies et neuf Français.

“Nous sommes musulmans et devons enterrer nos morts immédiatement”, déplorait Noordin Mohamed, un Kenyan de 27 ans dont la mère et le frère ont péri dans la catastrophe.

“Perdre un frère et sa mère le même jour sans pouvoir enterrer leurs corps est une grande souffrance”, a-t-il dit à Reuters à Nairobi où le vol était attendu.

Le Boeing d’Ethiopian Airlines s’est écrasé dans un champ dimanche peu après son décollage d’Addis-Abeba, creusant un cratère de feu.

BOEING POURSUIT SA CHUTE EN BOURSE

Les autorités américaines ont dit qu’elles continuaient à juger ces avions sûrs Ted Cruz, sénateur républicain qui préside la sous-commission de l’aviation et de l’espace, a jugé qu’il serait “prudent” pour les Etats-Unis “d’immobiliser temporairement le 737 MAX”.

Deux autres membres influents du Sénat, l’ex-candidat républicain à la présidentielle Mitt Romney et la démocrate Elizabeth Warren, candidature à l’investiture de son parti pour l’élection de 2020, ont demandé à la Federal Aviation Administration, l’agence américaine de l’aviation civile, d’immobiliser les appareils.

Mike Daniel, ancien enquêteur au bureau des accidents de la FAA, juge prématuré de clouer au sol les 737 MAX. “Pour moi il est presque surréaliste que certains régulateurs décident aussi rapidement d’immobiliser l’appareil sans aucune information factuelle de l’enquête”, a-t-il dit à Reuters.

A Wall Street, l’action Boeing a de nouveau chuté, terminant la journée sur un repli de 6,15%. Sa baisse atteint ainsi de 11,5% depuis lundi matin, sa pire performance sur deux séances depuis juillet 2009. La valeur boursière du groupe a ainsi fondu de 26,65 milliards de dollars (23,6 milliards d’euros).

La nouvelle version du 737, l’avion le plus vendu au monde, est cruciale pour l’avenir de Boeing, qui en a 4.661 dans son carnet de commandes.

A Nairobi, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) a érigé un petit mémorial pour Victor Tsang, un de ses agents qui a péri dans la catastrophe.

“Bon voyage mon ami, à bientôt de l’autre côté”, disait une inscription dans le livre de condoléances posé à côté d’une photo encadrée, d’un bouquet de fleurs et d’une bougie. En milieu d’après-midi, 250 messages noircissaient déjà 23 pages du livre.

avec Jamie Freed et Aradhana Aravindan à Singapour, Katharine Houreld et Hereward Holland à Nairobi, Eric Johnson à Seattle, James Pearson à Hanoï, Alexander Cornwell à Dubai, Heekyong Yang à Seoul, Tracy Rucinski à Chicago et David Shepardson in Washington, Véronique Tison pour le service français, édité par Bertrand Boucey et Marc Angrand

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