December 5, 2018 / 4:29 PM / 11 days ago

Compte à rebours lancé pour la légitimité verte de la France

PARIS (Reuters) - En suspendant pour six mois trois mesures de fiscalité verte, l’exécutif est loin d’avoir éteint les revendications sociales et il lui reste à démontrer qu’une transition écologique inclusive est possible, estiment mercredi associations et élus écologistes au lendemain des annonces du Premier ministre.

Emmanuel Macron parle au One Planet Summit à New York, le 26 Septembre 2018. En suspendant pour six mois trois mesures de fiscalité verte, l'exécutif est loin d'avoir éteint les revendications sociales et il lui reste à démontrer qu'une transition écologique inclusive est possible, estiment mercredi associations et élus écologistes au lendemain des annonces du Premier ministre. /Photo prise le 26 septembre 2018/REUTERS/Shannon Stapleton

Nouvel affront pour la cause environnementale pour certains, avertissement sur la nécessité d’accompagner de la transition pour d’autres, la décision du gouvernement ouvre en tout cas une brèche dans la légitimité de la France à porter et honorer des engagements pour la planète au niveau international.

Après avoir annoncé mardi une “pause”, le Premier ministre Edouard Philippe a esquissé mercredi devant l’Assemblée la possibilité d’une suppression de la taxe sur les carburants.

“Si un accord intervient, si et seulement si un accord intervient, nous l’inscrirons dans le projet de loi de finances rectificative prévu au printemps”, a-t-il ajouté.

Sur la scène diplomatique, où Emmanuel Macron a été sacré “Champion de la Terre” lors de la deuxième édition du “One Planet Summit” en septembre dernier, le moratoire annoncé résonne comme un aveu d’impuissance qui n’est pas passé inaperçu auprès d’éminents climato-sceptiques.

“Je suis heureux que mon ami Emmanuel Macron et les manifestants à Paris soient tombés d’accord sur la conclusion à laquelle je suis parvenu il y a deux ans”, s’est exclamé le président américain Donald Trump mardi soir, sur Twitter.

“L’Accord de Paris est irrémédiablement mauvais, car il augmente le prix de l’énergie pour les pays responsables, tout en blanchissant les pires pollueurs”, a-t-il ajouté.

UNE “PAUSE” QUAND LE CLIMAT S’EMBALLE

Depuis la COP 24 à Katowice en Pologne, Pierre Cannet, responsable des programmes climat et énergie au WWF France, réfute que la pause annoncée représente un renoncement.

“Il y a un ultimatum qui est lancé sur ces six mois de pause, qui est de faire la preuve en France, par le dialogue, qu’une transition écologique, sociale et solidaire est possible”, estime-t-il.

“Ce serait une erreur de cantonner cette crise à l’enjeu environnemental”, note-il, soulignant l’ampleur des revendications des “Gilets jaunes”. “Il faudra être vigilant sur l’instrumentalisation qui pourra en être faite à l’étranger.”

Parmi les politiques, l’eurodéputé Yannick Jadot dénonce dans un entretien au Parisien un recul loin d’apporter des solutions : “On voit que ce gouvernement préfère reculer sur la protection de l’environnement que d’avancer sur la justice sociale”, estime-t-il.

Pour la tête de liste des écologistes à l’élection européenne de 2019, Emmanuel Macron rejoint le cercle des présidents ayant sacrifié la fiscalité écologique sur l’autel de la contestation pour le pouvoir d’achat ; à l’instar de Nicolas Sarkozy qui, après le Grenelle de l’environnement en 2007, avait finalement abandonné la taxe carbone en 2010, et François Hollande, revenu sur l’écotaxe poids lourds face à la mobilisation des “Bonnets rouges” en Bretagne en novembre 2016.

Plus indulgent, l’ancien ministre Nicolas Hulot a salué mardi une décision “nécessaire, incontournable, courageuse et de bon sens, et qui n’injurie pas le futur”.

“Moins on fera de choses pour le changement climatique, plus les inégalités sociales seront fortes”, estime Sarah Fayolle, chargée des questions climat et pollution de l’air de Greenpeace France.

Au-delà des questions intérieures, reste que le moratoire décidé sur les six premiers mois de l’année ouvre la possibilité d’un retard sur les engagements internationaux pris par la France, à l’heure où le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) appelle à des objectifs bien plus radicaux que ceux de l’Accord de Paris pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

Mardi, le jour-même de la “pause” annoncée par Edouard Philippe, les ministres de l’Union européenne ont approuvé un “paquet énergie propre”. La directive prévoit de porter à 32% d’ici 2030 la part de l’énergie produite à partir de sources renouvelables au niveau de l’UE, d’améliorer l’efficacité énergétique d’au moins 32,5% à la même échéance et définit un cadre de gouvernance pour faire respecter ces objectifs.

Julie Carriat, édité par Yves Clarisse

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