December 2, 2018 / 10:38 AM / 14 days ago

Après le chaos à Paris, le gouvernement cherche la parade

PARIS (Reuters) - L’exécutif a exclu dimanche d’instaurer à ce stade l’état d’urgence au lendemain des violences survenues en marge de manifestations de “Gilets jaunes” d’une ampleur inédite depuis les émeutes dans les banlieues en 2005.

Emmanuel Macron réunit une partie de son gouvernement en urgence ce dimanche, au lendemain des scènes des chaos observées à Paris et ailleurs en France en marge des manifestations de "Gilets jaunes" protestant à l'origine contre la vie chère. /Photo prise le 27 novembre 2018/REUTERS/Philippe Wojazer

Les scènes de chaos observées samedi dans les quartiers chic de Paris ont poussé Emmanuel Macron à organiser une réunion de crise à l’Elysée, où ont été conviés le chef du gouvernement, Edouard Philippe, et les ministres en première ligne.

Le chef de l’Etat a demandé à son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, de réfléchir à “la nécessité éventuelle d’une adaptation du dispositif de maintien de l’ordre dans les jours à venir”, selon une source à la présidence.

La possibilité de rétablir l’état d’urgence - “pas un tabou” avait auparavant estimé Christophe Castaner - n’a toutefois pas été soulevée, fait-on également savoir à l’Elysée.

“Je ne suis pas certaine que nous en soyons arrivés à ce stade”, a jugé la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, devant des journalistes, estimant qu’il y avait “d’autres modes de solutions que le rétablissement de l’état d’urgence”.

Outre Christophe Castaner, Emmanuel Macron a également mis à contribution Edouard Philippe, chargé d’organiser des consultations à partir de lundi.

Le chef du gouvernement recevra la maire de Paris, Anne Hidalgo, puis seront conviés les présidents de groupes et de partis représentés à l’Assemblée nationale, de même que les représentants d’un collectif de “Gilets jaunes” se disant prêts à nouer le dialogue, précise-t-on à Matignon.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, au nom du Rassemblement national (ex-Front national) et de La France insoumise, figurent sur la liste des invités, dit-on de même source.

“Nous ne resterons pas sourds et muets la semaine prochaine et dans les jours qui viennent”, a déclaré le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, sur France Inter, sans plus de précision sur les annonces à venir.

136.000 MANIFESTANTS

Avant cette réunion en petit comité, Emmanuel Macron s’est rendu au pied de l’Arc de Triomphe, au centre de la place de l’Etoile, et sur l’avenue Kléber, où il a été accueilli par des applaudissements et des huées de passants.

Ces deux lieux emblématiques du Paris de carte postale ont été le théâtre de heurts particulièrement intenses samedi.

Selon le dernier bilan du ministère de l’Intérieur, la mobilisation s’est émoussée en ce troisième samedi consécutif, avec 136.000 manifestants à l’échelle nationale, contre 166.000 le 24 novembre et 282.000 le 17 novembre.

Mais elle a donné lieu à des scènes d’une violence sans précédent dans l’histoire récente de la capitale.

Les dizaines de carcasses de véhicules incendiés, les vitrines brisées d’agences bancaires et de maisons de luxe ainsi que les vestiges de barricades jonchant certaines rues de l’Ouest parisien témoignaient dimanche matin de la violence des face-à-face de la veille.

Les heurts ont commencé sur la place de l’Etoile en début de matinée avant de s’étendre à d’autres quartiers, notamment aux abords de l’avenue des Champs-Elysées, où la circulation était interdite, de la gare Saint-Lazare et du jardin des Tuileries.

Des scènes du même genre se sont produites dans d’autres villes, comme à Marseille, Bordeaux, Charleville-Mézières et au Puy-en-Velay, chef-lieu de Haute-Loire, où la préfecture a été la proie des flammes.

Au total, 133 personnes ont été blessées à Paris, dont 23 parmi les forces de l’ordre, selon le décompte du ministère de l’Intérieur. Au plan national, le bilan s’élève à 263 blessées, dont 5 gravement touchés.

Les forces de l’ordre ont placé 630 personnes en garde à vue, dont plus de 370 rien qu’à Paris.

“IL FAUT QU’ON SORTE DE CETTE CRISE”

L’exécutif a imputé ces violences à des groupes d’”extrémistes” et de “casseurs” mais selon le procureur de Paris Rémy Heitz, qui s’est exprimé dimanche, il est encore trop tôt pour dresser le profil-type des personnes arrêtées.

“Ce qui s’est passé aujourd’hui à Paris n’a rien à voir avec l’expression pacifique d’une colère légitime”, a réagi samedi Emmanuel Macron depuis Buenos Aires, où il a participé à un sommet des pays les plus industrialisés de la planète.

Depuis le début du mouvement, l’exécutif a annoncé plusieurs séries de mesures, sans accéder à la demande des “Gilets jaunes” d’annuler les hausses de taxes sur l’essence et le diesel. Aucun signe d’un changement de cap n’était perceptible dimanche.

“Maintenant il faut qu’on sorte de cette crise”, a jugé le président du Sénat, Gérard Larcher, lors du Grand jury RTL-Le Figaro-LCI.

Pour Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, et Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national (ex-Front national), la résolution passe par une dissolution de l’Assemblée nationale, synonyme de nouvelles élections législatives.

Le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez, plaide plutôt pour la tenue d’un référendum sur la fiscalité écologique.

Christophe Castaner et Laurent Nunez seront entendus mardi par la commission des lois du Sénat, qui souhaite faire la lumière “sur les émeutes, les agressions contre les forces de sécurité et les actes de vandalisme et de destruction survenus à Paris et dans plusieurs villes de France”.

Simon Carraud, Myriam Rivet et Jean-Baptise Vey et service France, édité par Yves Clarisse

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