August 1, 2018 / 4:25 PM / 3 months ago

Les réformes sociales passent, le chômage résiste

PARIS (Reuters) - L’adoption de la réforme de la formation professionnelle, de l’assurance chômage et de l’apprentissage clôt le deuxième grand chantier social d’Emmanuel Macron mais le chômage de masse résiste en France, au risque d’affaiblir le chef de l’Etat.

L'adoption de la réforme de la formation professionnelle, de l'assurance chômage et de l'apprentissage clôt le deuxième grand chantier social d'Emmanuel Macron mais le chômage de masse résiste en France. /Photo prise le 27 juillet 2018/REUTERS/Rafael Marchante

Le texte définitivement adopté mercredi par le Parlement vise à renforcer les droits à la formation professionnelle, à faire décoller l’apprentissage et à intégrer sous certaines conditions les démissionnaires et les indépendants au régime d’assurance chômage.

L’objectif est de sécuriser les travailleurs après avoir flexibilisé le Code du travail avec la réforme de septembre dernier et de s’attaquer au chômage estimé à 8,9% de la population active au sens du Bureau international du travail (BIT), selon les derniers chiffres de l’Insee publiés en mai.

“Si on n’est pas capable de réduire le chômage au moment où il y a une forte croissance avec une forte demande de travail des entreprises, quand ça va redescendre, ça va être très compliqué. Il faut absolument être capable d’y répondre maintenant”, indique-t-on dans l’entourage de la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Mais le taux de chômage baisse lentement. Sur un an, il a diminué de 0,4 points en France métropolitaine au sens du BIT, alors qu’Emmanuel Macron a promis de le ramener à 7% de la population active à la fin de son quinquennat.

Et les emplois créés ne sont pas toujours de qualité. Au premier trimestre de 2018, la part des CDD ou des emplois intérimaires chez les 15-64 ans était de 12,17%. Cette part était de 10% environ en 2007. Les contrats de moins d’un mois représentent par ailleurs 80% des embauches, selon l’Unédic.

UNE POPULARITÉ EN BAISSE

“La part des contrats temporaires CDD et intérim n’a jamais été aussi élevée et on n’observe pas du tout de retournement” constate Mathieu Plane de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

“La question, c’est : est-ce que les mesures de flexibilisation viseront à réduire cette dualité? Est-ce que progressivement, on aura plus d’embauches en CDI? C’est un point d’interrogation”, ajoute-t-il.

Le risque pour l’exécutif est que la lenteur de la reprise n’alimente l’impatience des Français vis-à-vis du gouvernement.

L’indice de confiance envers le président n’a été que de 40% en juin, son plus bas niveau depuis son élection, selon le baromètre Harris interactive pour Délits d’Opinion.

“Emmanuel Macron est nettement qualifié de président des riches. Ce n’est pas positif en France”, dit Jean-Daniel Lévy, directeur chez Harris interactive.

“Ce genre d’information alimente l’idée que, quand bien même il y a une reprise de la croissance, il n’y a pas un partage égalitaire. Cela crée un sentiment d’injustice sociale”.

Interrogée sur France Inter, Muriel Pénicaud a demandé lundi un peu de patience : “les réformes structurelles” ont besoin de “18 mois, deux ans, trois ans” pour donner “leur plein effet”.

BONUS-MALUS OBLIGATOIRE

Et le gouvernement entend ajouter des mesures qui pourraient accélérer la baisse du chômage, en phase avec la “séquence sociale” souhaitée par Emmanuel Macron lors de sa rencontre le 17 juillet avec les partenaires sociaux.

La réforme de l’assurance chômage vise justement à s’attaquer à ce problème de dualité du marché du travail. Elle prévoit l’ouverture anticipée de négociations pour une nouvelle convention afin de limiter les contrats précaires.

L’entourage de la ministre a confirmé que la nouvelle convention ne serait entérinée que si un bonus-malus pénalisant le recours abusif aux contrats courts était mis en place.

Ce dispositif n’était pour l’instant qu’une menace planant sur les partenaires sociaux au cas où ils ne parviendraient pas à régler le problème de la précarité au niveau des branches.

“S’il n’y a pas de bonus-malus, il n’y aura pas d’agrément”, assure une source au ministère du Travail. Cette dernière ajoute que le dispositif sera “vraisemblablement” calculé en fonction des fins de contrats, soit le nombre d’inscriptions que l’entreprise génère à Pôle emploi.

En attendant, la ministre mise sur son plan d’investissement compétences (PIC), qui doit former un million de jeunes et un million de chômeurs éloignés de l’emploi avant 2022.

Selon Jean-Daniel Lévy, les Français peuvent être patients “à partir du moment où ils voient la cohérence des réformes”.

Le texte de réforme prévoit également des dispositions pour garantir davantage de droits aux travailleurs des plates-formes, encourager l’égalité hommes-femmes au travail, faciliter l’insertion des personnes handicapées dans le milieu professionnel et encadrer le travail détaché.

Il a été adopté à 137 voix contre 30. Les groupes de gauche ont voté contre, tout comme Les Républicains.

Edité par Yves Clarisse

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