July 20, 2018 / 1:01 PM / 4 months ago

Macron fragilisé par la gestion erratique du cas Benalla

PARIS (Reuters) - La réplique tardive de l’Elysée aux actes délictueux de son collaborateur Alexandre Benalla peut “éteindre l’incendie” mais ne sort pas le chef de l’Etat d’une phase extrêmement mauvaise dans l’opinion, estiment vendredi des analystes.

La réplique tardive de l'Elysée aux actes délictueux de son collaborateur Alexandre Benalla peut "éteindre l'incendie" mais ne sort pas le chef de l'Etat d'une phase extrêmement mauvaise dans l'opinion, estiment vendredi des analystes. /Photo prise le 20 juillet 2018/REUTERS/Philippe Wojazer

Plus de deux mois et demi après avoir été informé des violences commises le 1er mai par ce proche d’Emmanuel Macron, l’Elysée a annoncé vendredi qu’une procédure de licenciement avait été engagée en raison de “faits nouveaux”, en l’occurrence le détournement présumé d’images de vidéosurveillance.

Jeudi, le chef de l’Etat, qui a fait de l’exemplarité le maître-mot de son mandat, a éludé les questions, laissant le porte-parole de l’Elysée souligner la “dureté” de la sanction alors décidée par la présidence, une simple mise à pied de 15 jours signifiée le 2 mai qui n’a satisfait ni une opposition vent debout ni la majorité. Emmanuel Macron opposait encore vendredi son mutisme à la tempête médiatique.

“A chaque instant et de manière cohérente, la présidence de la République s’est attachée à avoir un traitement ferme et proportionné compte tenu de notre connaissance des faits”, a fait valoir vendredi une source à l’Elysée.

“Jeudi soir, la préfecture de police informe l’Elysée qu’Alexandre Benalla aurait été destinataire d’un document appartenant à la préfecture de police de Paris et qu’il n’était pas autorisé à détenir”, explique-t-on à propos du dernier rebondissement en date dans cette affaire.

“La présidence a jugé que ce fait constituait une faute et a décidé, compte tenu de l’avertissement notifié au mois de mai dernier, d’engager son licenciement”, a-t-on ajouté.

LA FONCTION PRÉSIDENTIELLE ÉCORNÉE

“C’est une phase extrêmement mauvaise pour le président de la République et je ne suis pas sûr que le fait de réagir à retard va modifier la situation”, estime Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et Opinion de Harris Interactive.

“Ça peut éventuellement éteindre un peu l’incendie mais ça n’améliore pas la situation du président de la République.”

Cette affaire renforce selon lui “l’image d’une personne assez autoritaire et qui parfois fait preuve d’arrogance” sur fond de dégradation dans l’opinion.

“Les Français considèrent Emmanuel Macron, plus que par le passé, comme quelqu’un qui veut profiter de sa position institutionnelle”, poursuit Jean-Daniel Lévy.

Pour Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap, “ça ressemble à une affaire d’Etat dans la mesure où ces manquements graves à l’éthique républicaine ont été révélés par un média (Le Monde-NDLR) et non pas gérés à la hauteur de la gravité des faits par l’Elysée lui-même”.

“C’est la première affaire qui écorne l’image d’Emmanuel Macron sur ce à quoi il avait toujours prêté beaucoup d’attention qui est l’image de la fonction présidentielle”, qu’il veut en rupture avec ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande.

“C’est quand même très gênant pour le président que ce soit sous la pression de l’opinion, des médias, qu’une réponse à la hauteur a été trouvée”, a-t-il ajouté. “Évidemment mieux vaut tard que jamais, mais ce retard à l’allumage ne doit véritablement pas se reproduire parce que ça veut dire qu’il y a une défaillance au sommet de l’Etat”.

“PAS À L’AISE”

Selon la présidente de l’agence de communication Albera Conseil, Patricia Chapelotte, l’annonce du licenciement est positive, mais la communication de l’Elysée, via un communiqué, n’est toujours pas à la hauteur.

“La communication aujourd’hui n’est (...) pas incarnée. On a un porte-parole, il faut que ce porte-parole porte la parole de l’Etat”, dit-elle. “Il devrait incarner la communication, porter les bons messages et permettrait de contrebalancer les commentaires des uns et des autres”.

Ce silence, “ça donne le sentiment qu’Emmanuel Macron (...) n’est pas à l’aise avec cette histoire, donc s’il n’est pas à l’aise, c’est qu’il a des choses à cacher. La politique de la chaise vide ne marche jamais en politique”.

Florian Silnicki, fondateur de l’agence de communication LaFrenchCom, estime que le président de la République doit maintenant envoyer un message “clair et fort”.

“Il devrait utiliser des mots forts pour condamner les actions d’Alexandre Benalla, pour étanchéiser son image”, dit-il.

Il ne faut pas reléguer cette affaire au simple rang de crise médiatique, dit-il. “Les crises médiatiques sont très proches des crises politiques. L’emballement des médias n’est que le reflet de l’intérêt des Français sur cette affaire.”

Jean-Baptiste Vey et Caroline Pailliez, édité par Sophie Louet

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