June 28, 2018 / 4:53 PM / 5 months ago

Chamonix, "capitale mondiale de l'alpinisme", devenue celle du trail

CHAMONIX, Haute-Savoie (Reuters) - Depuis quelques années, piolets et crampons pour la glace ou le rocher ont cédé la place aux baskets, collants, pipettes, ou bâtons en carbone du “traileur” dans les vitrines chamoniardes et la “capitale mondiale du ski et de l’alpinisme” devient au retour du printemps celle de la course en montagne.

L'Aiguille du Midi à Chamonix. Depuis quelques années, piolets et crampons pour la glace ou le rocher ont cédé la place aux baskets, collants, pipettes, ou bâtons en carbone du "traileur" dans les vitrines chamoniardes et la "capitale mondiale du ski et de l’alpinisme" devient au retour du printemps celle de la course en montagne. /Photo d'archives/REUTERS/Robert Pratta

La saison des compétitions débutera ce week-end avec le Cross du Mont-Blanc, organisé par le Club des sports de Chamonix, dont c’est la quarantième édition. A ses débuts, en 1979, on ne parlait pas encore de “trail”, terme qui n’apparaîtra en France qu’en 1995, et personne n’imaginait que l’activité prendrait une telle ampleur.

La course à pied sortait tout juste des stades, avec la vogue du jogging importée des Etats-Unis, et les coureurs commençaient seulement à se risquer en montagne, sous l’impulsion des trublions soixante-huitards de Spiridon, la revue-culte des voisins suisses Noël Tamini et Yves Jeannotat.

Les 292 originaux qui se sont élancés cette année-là pour les 23 km du Cross du Mont-Blanc passaient presque pour des intrus au pied des grandes faces du massif. Ils resteront longtemps dans l’ombre des héros qui risquaient leur vie beaucoup plus haut. Leur nombre atteindra rapidement le millier, mais stagnera pendant vingt ans, jusqu’à cette déferlante du début des années 2000, qui a fait du trail l’activité la plus pratiquée du printemps à l’automne sur les contreforts du point culminant d’Europe occidentale.

Au Cross, l’épreuve historique de 23 km qui aura lieu samedi, se sont ajoutées sept autres courses, ce dernier week-end de juin à Chamonix. Le Marathon (42 km pour 2.700 m de dénivelé positif), apparu en 2003, est devenu l’épreuve-phare.

Les meilleurs spécialistes mondiaux de course en montagne seront au départ dimanche, mais ils y côtoieront 2.300 anonymes, ce qui est l’une des spécificités du trail. Les “90 km du Mont-Blanc”, vendredi, proposent aux plus endurants de faire rien moins que le tour de la vallée par des sentiers sauvages, parfois très aériens, et le Kilomètre vertical, qui a lieu le même jour, consiste à s’élever de 1.000 mètres sur une distance de moins de quatre kilomètres.

40.000 VISITEURS

Au total, 10.500 coureurs de 80 nationalités prendront le départ d’une des huit courses proposées, mais le nombre serait encore plus important si les dossards n’étaient pas limités, pour des raisons de protection de l’environnement, de sécurité et de convivialité, autre valeur-phare de la discipline. Comme dans la plupart des grands trails, la demande est tellement forte qu’il a fallu instaurer un système de tirage au sort.

Avec leurs familles, souvent du voyage, ce sont plus de 40.000 personnes qui vont affluer dans la vallée pour y dépenser 6,7 millions d’euros, par exemple au Salon du Marathon du Mont-Blanc, où les attendent 60 équipementiers.

La dernière semaine d’août, quand les alpinistes commencent à lover leurs cordes et à ranger leurs crampons, Chamonix attire à nouveau une dizaine de milliers de mordus de l’endurance extrême pour le fameux Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), qui propose depuis 2003 un tour complet du massif de 170 km pour 10.000 mètres de dénivelé positif via l’Italie et la Suisse.

Avec ses six déclinaisons sur des distances qui vont de 55 à 320 km, l’événement se veut le “sommet mondial” du trail. Outre les coureurs, qui viennent de 100 nations avec un panier moyen de 900 euros, 50.000 visiteurs et 800.000 internautes suivent les épreuves mises en musique par 2.000 bénévoles pendant toute une semaine.

Pour Eric Fournier, maire de la ville, l’UTMB est aujourd’hui “l’un des points d’orgue des manifestations de Chamonix”.

“D’un point de vue commercial, c’est l’une des deux meilleures journées de l’année”, résume plus concrètement Jean-Marc Peillex, son collègue de Saint-Gervais, l’une des 18 communes traversées, pour lesquelles l’événement a représenté quelque 14 millions d’euros de retombées économiques en 2015.

VALLÉE DU TRAIL

La saison s’achèvera fin septembre avec le Trail des Aiguilles rouges (54 km et 4.100 mètres de dénivelé positif), organisée par le Chamonix Mont-Blanc Marathon, l’un des tout premiers clubs de courses “hors stade” de France, mais elle s’étale aussi sur une bonne partie de l’année avec le label “Vallée du trail”.

Mis en place en 2012, il propose 500 km de sentiers balisés dans l’un des plus beaux sites montagnards du monde, des parcours référencés de différents niveaux, sur lesquels les coureurs peuvent notamment se repérer et se mesurer grâce à une application dédiée. Une “école de trail” encadrée par l’UCPA a par ailleurs été créée dans ce cadre, conçu pour fournir une offre d’accueil globale (hôtellerie, restauration, transport) adaptée aux besoins des traileurs.

Selon Marie-Noëlle Fleury, adjointe aux Sports à la mairie de Chamonix, “le trail, qui est à la portée de tous, est aujourd’hui clairement l’activité la plus pratiquée de l’hiver à l’hiver. Il fait, qui plus est, démarrer la saison touristique plus tôt au printemps et la prolonge en automne”.

Le fait est que les traileurs, très identifiables à leurs T-shirts ou leurs polaires de “finishers”, sont aujourd’hui beaucoup plus visibles que leurs cousins alpinistes, mais le regard un peu goguenard que les seconds portaient autrefois sur ces pseudo-montagnards en baskets qui se contentent de caresser les sommets du regard, a lui aussi changé.

Pour la communauté des guides, ils sont ainsi devenus une clientèle de choix, dont la forme physique permet d’envisager des sorties de grande envergure, souligne Magali Chevalier, responsable des grands événements au Club des Sport de Chamonix. Les deux “communautés” ont en outre le même souci de promotion et de préservation de cet environnement exceptionnel, un objectif inscrit dans les statuts du club, souligne-elle.

“Le trail, ajoute Marie-Noëlle Fleury, fait désormais partie intégrante de notre identité et, dans la mesure où il amène des gens du monde entier, il contribue à la mise en valeur de nos espaces naturels.”

Edité par Yves Clarisse

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