June 11, 2018 / 4:33 PM / 5 months ago

La méthode de Macron face à Trump en question après le G7

PARIS (Reuters) - La volte-face de Donald Trump à l’issue d’un sommet du G7 traversé par des lignes de fracture sans précédent entre Washington et ses alliés met en lumière les limites de la méthode “amicale” adoptée par Emmanuel Macron à l’égard de son homologue américain depuis un an, estiment des analystes.

La volte-face de Donald Trump à l'issue d'un sommet du G7 traversé par des lignes de fracture sans précédent entre Washington et ses alliés met en lumière les limites de la méthode "amicale" adoptée par Emmanuel Macron à l'égard de son homologue américain depuis un an, estiment des analystes. /Photo prise le 8 juin 2018/REUTERS/Leah Millis

“On a un retournement complet dans les relations personnelles entre Emmanuel Macron et Donald Trump”, estime Laurence Nardon, chercheuse et responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri. “Macron, qui bénéficiait d’une conjoncture favorable, avait fait le pari de devenir un allié proche de Trump avec l’arrière-pensée que ça lui permettrait de le faire bouger sur un certain nombre de gros dossiers”.

Le pari, “c’était de jouer sur la psychologie de Trump et de lui tendre la main au milieu des alliés européens plus hostiles, comme (la chancelière allemande Angela) Merkel. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que ça n’a pas marché”, ajoute-t-elle. “Pourtant c’était un pari intelligent, cela aurait été idiot de ne pas tenter le coup, Trump étant imprévisible. Mais en définitive, le président américain ne fait que peu de cas des avis de ses alliés, y compris le seul allié qui semble être son ami sur la scène internationale”.

Depuis leur première poignée de mains en marge du sommet de l’Otan il y a un an, les deux dirigeants ont alterné gestes et déclarations d’amitié - notamment lors de la visite en grande pompe à Paris de Donald Trump - et divergences assumées, sur le climat, l’Iran, la question palestinienne ou encore le commerce.

Sur ce dernier point, le sommet du G7 a donné lieu à des échanges vifs par tweet et prises de paroles interposées. Avant l’ouverture du sommet, les deux dirigeants ont toutefois affiché leur “bonne relation” lors d’un tête-à-tête “cordial”.

En vain. Quelques heures après l’annonce d’un communiqué commun, le président américain se fendait d’un tweet dans lequel il rejetait les termes de la déclaration finale obtenue après de longues tractations. Une volte-face accueillie froidement par les autres membres du G7, au premier rang desquels la France qui a dénoncé une forme d’’”incohérence” et d’”inconsistance” et appelé à être “sérieux”.

“WISHFUL THINKING”

“Chaque fois qu’on veut traiter Donald Trump comme s’il était un président ‘normal’, capable d’être raisonné, on se trompe, on le voit et sur ce plan là le ‘wishful thinking’ (prendre ses rêves pour la réalité-NDLR) de Macron a été pris en défaut”, estime le géopoliticien Dominique Moïsi. “Le retrait de Trump du communiqué final n’est pas surprenant, c’est plutôt le fait qu’il se soit laissé aller à le signer qui l’est”.

“Il y a eu une forme d’excès d’optimisme de la part d’Emmanuel Macron mais également des autres chefs d’Etat qui avaient tellement envie qu’il y ait accord et que le G7 continue avec les Etats-Unis”, dit-il. “Ça n’a rien à voir avec Emmanuel Macron, c’est la personnalité particulière de Trump, il joue une partie de poker menteur, il fait du marketing auprès de ses électeurs et le reste est très secondaire pour lui”.

Il y a eu une erreur de diagnostic, abonde Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales. “Trump ne fait pas de diplomatie mondiale mais de la diplomatie électorale, son objectif ce n’est pas d’améliorer la situation internationale mais de plaire à son électorat.”

“On a perdu un an à s’acharner à plaire à Trump, à tenter de le réorienter vers des choses plus positives alors qu’on aurait pu utiliser ce temps pour marquer l’unité et la résolution de l’Europe et le refus de cette dérive”, ajoute-t-il. “A chaque fois on lui a expliqué qu’on pourrait trouver un meilleur accord, notamment sur l’Iran ou encore aménager sa politique commerciale et ça a conduit à ancrer Trump dans sa conviction”.

Pour Laurence Nardon, dans cette nouvelle phase “d’opposition ferme” qui s’ouvre avec Washington, il va s’agir avant tout pour les pays de l’Union européenne “de montrer un front commun afin de tenir tête aux exigences des Etats-Unis”.

“La question c’est de savoir si ce front ne va pas se fissurer. L’Allemagne pourrait être tentée par un accord bilatéral” face aux menaces américaines de taxer les voitures allemandes importées aux Etats-Unis”, souligne-t-elle.

“Il faut tenir bon, c’est à celui qui cède en premier donc il ne faut pas que ce soit nous”, ajoute-t-elle. “C’est fragile mais il faut essayer et l’amitié pourra ensuite peut-être reprendre le dessus.”

Edité par Yves Clarisse

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