May 3, 2018 / 11:24 AM / 6 months ago

La fin de l'"exit tax" choque l'opposition française

PARIS (Reuters) - L’opposition française de droite comme de gauche s’offusque de la suppression de “l’exit tax” annoncée par Emmanuel Macron, considérée par ses détracteurs comme un nouveau cadeau aux plus fortunés, là où le gouvernement prône l’”efficacité” fiscale.

L'opposition française de droite comme de gauche s'offusque de la suppression de "l'exit tax" annoncée par Emmanuel Macron, considérée par ses détracteurs comme un nouveau cadeau aux plus fortunés, là où le gouvernement prône l'"efficacité" fiscale. /Photo d'archives/REUTERS/Eric Vidal

Dans un entretien au magazine Forbes, le président s’est prononcé pour la suppression de cet impôt mis en place sous Nicolas Sarkozy avec l’objectif de freiner l’exil fiscal, notamment vers la Belgique.

Interrogé à ce sujet mercredi soir sur BFM TV, Edouard Philippe a dit ne pas croire “du tout à la portée de cette taxe” qui rapporte “entre 10 et 15 millions d’euros par an.”

“Je ne crois pas beaucoup à la portée des symboles en matière de fiscalité, je crois que ce qui est important est de viser l’efficacité : nous voulons faire de la France le pays le plus attractif, économiquement, d’Europe, et nous pouvons le faire”, a-t-il assuré, rappelant que la fin de l’”exit tax” correspond à une promesse de campagne d’Emmanuel Macron.

Cette taxe, qui a “rapporté très peu”, a “un caractère très désincitatif parce qu’elle dit à des gens qui veulent créer des entreprises en France : ‘si ça va bien, on vous taxera’, et donc encourage le départ”, a expliqué jeudi sur France Inter le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux.

Fustigée à gauche sur le thème d’Emmanuel Macron “le président des très riches” - une formule de l’ancien président François Hollande -, la suppression de cette taxe crée aussi des remous à droite, au nom de la défense de la valeur travail et des classes moyennes.

La plupart des grands entrepreneurs français “ont bénéficié de cette école gratuite, ils ont bénéficié de nos universités quasi gratuites”, a fait valoir jeudi sur BFM TV et RMC la présidente LR de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse. “Ils ont bénéficié d’un système de service public français, et bien c’est normal qu’ils paient leurs impôts en France.”

“TENTATION THATCHÉRIENNE”, DIT BERTRAND

Un an après l’entrée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy a décrit un bilan “clairement déséquilibré”, jugeant que les efforts demandés “pèsent essentiellement sur les classes moyennes”.

Un avis partagé par le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand.

“Les premiers de cordée, dans notre pays, ils ont déjà été bien servis. Ceux qui travaillent ont quand même le sentiment d’être les grands oubliés, à raison, de cette première année d’élection d’Emmanuel Macron”, a estimé sur France 2 celui qui a quitté le parti Les Républicains il y a quelques mois.

Dans un entretien à L’Express, Xavier Bertrand déplore en outre “une tentation thatchérienne chez Emmanuel Macron”, en référence aux choix ultralibéraux de l’ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher (1979-1990).

“Emmanuel Macron ressemble à lui-même, il ne se positionne pas du tout par rapport à des références ou à des exemples”, a répliqué Edouard Philippe à cette attaque. “Il est élu par les Français pour transformer la France. Il ne va pas chercher ses recettes chez les autres, à une époque ou à une autre”.

Sur franceinfo, le député LR Eric Ciotti a déploré un “cadeau aux très riches”, une critique qui rejoint celles exprimées par le nouveau premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, qui rappelle que ce choix s’ajoute notamment à la refonte de l’Impôt de solidarité sur la fortune.

“Voilà maintenant qu’il leur dit ‘non seulement vous n’avez plus d’impôt mais en plus vous allez pouvoir mettre votre argent à l’étranger’. On est chez les fous”, a-t-il dit sur France 2.

“Avec @EmmanuelMacron c’est encore et toujours “Exit la taxe” pour les plus fortunés. Plusieurs centaines de milliers d’euros d’économie en moyenne pour quelques centaines de grandes fortunes qui pourront désormais s’exiler fiscalement en toute impunité”, a renchéri sur Twitter le député Boris Vallaud.

Pour La France insoumise, Emmanuel Macron est “le président des évadés fiscaux”.

“C’est une décision injuste et coûteuse. C’est une preuve de plus que le gouvernement est complice de l’évasion fiscale et n’entend pas lutter contre ces pratiques immorales”, écrit le parti de Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué à l’approche de la manifestation “Stop Macron” organisée samedi Paris.

Au Front national, Ludovic Pajot, député du Pas-de-Calais, dénonce un “choix inadmissible” dans un communiqué.

“Loin de la contestation sociale qui s’amplifie en France, l’annonce depuis l’étranger, en anglais, de la suppression d’une taxe (...) démontre à nouveau à quel point Macron est déconnecté des préoccupations des Français”, écrit-il.

Elizabeth Pineau avec Caroline Paillez, édité par Yves Clarisse

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