May 1, 2018 / 9:41 AM / 6 months ago

Pour les Européens, la décision douanière US alimente l'incertitude

BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a déclaré mardi que la décision des Etats-Unis de prolonger d’un mois les exemptions de droits de douane sur l’acier et l’aluminium accordées aux pays de l’Union européenne, au Canada et au Mexique était de nature à entretenir l’incertitude pour les entreprises.

La Commission européenne a déclaré mardi que la décision des Etats-Unis de prolonger d'un mois les exemptions de droits de douane sur l'acier et l'aluminium accordées aux pays de l'UE, au Canada et au Mexique était de nature à entretenir l'incertitude pour les entreprises. /Photo d'archives/REUTERS/François Lenoir

Dans sa décision annoncée lundi soir, quelques heures avant l’expiration des premières exemptions temporaires accordées fin mars, la Maison blanche a précisé que des accords avaient pu être conclus pour des exemptions permanentes avec l’Argentine, l’Australie et le Brésil.

Pour ce qui est de l’Union européenne, du Canada et du Mexique, en revanche, Donald Trump a décidé pour l’instant de prolonger les exemptions “pour une dernière période de 30 jours”, au 1er juin, afin de poursuivre les négociations.

Commentant cette décision, la porte-parole de la Maison blanche Sarah Sanders a dit espérer mardi que ce délai de 30 jours permettrait de boucler les discussions.

“C’est une prolongation de 30 jours et nous nous attendons à ce que ces négociations soient bouclées à la fin de ces 30 jours”, a-t-elle dit à la presse. “J’espère que nous pourrons aboutir à quelque chose qui fonctionne pour tout le monde.”

Le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross a évoqué “des discussions potentiellement fructueuses pour réduire globalement les tensions commerciales”. “Je ne pense pas que nous ayons l’intention d’offrir des prolongations de très longue durée, ce serait contraire à l’objectif recherché”, a-t-il dit.

Bruxelles, qui estime que l’UE n’est pas la cause des surcapacités en matière d’aluminium et d’acier, réclame une exemption permanente.

“L’UE devrait être totalement et définitivement exemptée de ces mesures car elles ne peuvent être justifiées par des raisons de sécurité nationale”, a déclaré la Commission européenne.

La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, poursuivra les discussions avec ses homologues américains, le secrétaire Wilbur Ross, et le représentant au commerce, Robert Lighthizer, a précisé la Commission.

L’Allemagne, dont l’excédent commercial est très critiqué pour Donald Trump, a déclaré mardi qu’elle voulait également à une exemption permanente.

Le ministre britannique du Commerce, Liam Fox, s’est dit “ravi” de la prolongation de l’exemption jusqu’au 1er juin. Elle devrait permettre de conclure “un accord à long terme avec les Etats-Unis”, a-t-il ajouté.

A Downing Street, un porte-parole de la Première ministre, Theresa May, a précisé par la suite que Londres entendait coopérer étroitement avec ses partenaires pour obtenir une exemption permanente des droits de douanes sur l’acier et l’aluminium.

POUR UNE EXEMPTION “TOTALE ET PERMANENTE”

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et son homologue de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, ont également déclaré que la France continuerait de “plaider pour que l’UE bénéficie d’une exemption totale, permanente et non conditionnée”.

“Aucune raison ne justifie que l’UE soit soumise à des augmentations unilatérales de droits de douanes sur l’acier et l’aluminium”, déclarent-ils dans un communiqué. “La France et l’Union européenne sont des alliés des États-Unis. Elles ne sont pas à l’origine des surcapacités mondiales en aluminium et en acier.”

Les deux ministres se disent prêts à travailler avec les Etats-Unis et leurs autres partenaires “pour apporter des solutions rapides et appropriées” au problème de surcapacité mais disent qu’ils ne pourront “le faire sereinement” que lorsqu’ils obtiendront la garantie d’être exemptés de ces hausses tarifaires.

A Ottawa, le gouvernement fédéral a réaffirmé qu’imposer des droits de douane serait nuisible à l’emploi tant au Canada qu’aux Etats-Unis. “Ainsi que le Premier ministre (Justin Trudeau) l’a redit aujourd’hui, nous restons confiants dans le fait que l’administration des Etats-Unis comprendra que des tarifs douaniers nuiront au tant aux emplois américains qu’aux emplois canadiens”, a dit un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

BusinessEurope, une fédération d’entreprises de l’UE, a qualifié le nouveau répit de positif, mais a déclaré que les entreprises avaient besoin de visibilité pour pouvoir prévoir.

Les chambres de commerce et d’industrie allemandes de la DIHK ont déclaré que ce délai offrait une occasion de pouvoir mettre fin au différend commercial avec les Etats-Unis.

L’Association européenne de la sidérurgie, Eurofer, a déclaré que la décision américaine était la bienvenue, bien que temporaire. Mais elle a dit craindre une augmentation des importations vers l’UE, qui est un marché ouvert.

La Commission a fait savoir que l’UE imposerait des droits de douane sur 2,8 milliards d’euros (3,4 milliards de dollars) d’exportations américaines, dont le beurre de cacahuètes et les jeans, si ses exportations de métaux vers les États-Unis, d’une valeur de 6,4 milliards d’euros, étaient finalement soumises à des droits de douane.

Philip Blenkinsop, avec Paul Carrel à Berlin, Elizabeth Piper à Londres, Caroline Paillez à Paris et David Ljunggren à Ottawa; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Jean-Stéphane Brosse

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