April 27, 2018 / 12:42 PM / 4 months ago

Mai-68, un héritage toujours controversé en politique

PARIS (Reuters) - Cinquante ans après, les protagonistes de Mai-68 ont disparu du paysage politique et pourtant le souvenir de ce printemps sans pareil demeure un sujet de litige entre la gauche et la droite, entre nostalgiques de la contestation et partisans d’un retour à l’état antérieur.

Une manifestation dans les rues de Nantes. Cinquante ans après, les protagonistes de Mai-68 ont disparu du paysage politique et pourtant le souvenir de ce printemps sans pareil demeure un sujet de litige entre la gauche et la droite, entre nostalgiques de la contestation et partisans d'un retour à l'état antérieur. /Photo prise le 7 avril 2018/REUTERS/Stéphane Mahé

Emmanuel Macron échappe à cette bataille mémorielle : quasi silencieux sur la question, le chef de l’Etat ne s’est rangé ni dans un camp, ni dans l’autre, fidèle en cela à sa stratégie de dépassement des clivages traditionnels.

“Mai-68, ce fut un moment. Il est passé”, balaie le président français dans l’un de ses rares commentaires sur le sujet, prononcé au cours d’un entretien à La Nouvelle Revue française et cité par Le Monde dans son édition du 28 avril.

Une distance qui ne l’a pas empêché de recevoir en 2017 le soutien de Daniel Cohn-Bendit, incarnation de la fronde étudiante.

Comme Emmanuel Macron, la plupart des figures politiques aujourd’hui au tout premier plan n’ont pas connu les turbulences de mai, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon, alors meneur du mouvement dans son lycée de Lons-le-Saunier (Jura).

Benoît Hamon et Valérie Pécresse n’avaient pas un an quand les pavés ont commencé à pleuvoir sur les CRS, Marine Le Pen et Olivier Faure sont tous deux nés en août 1968, Edouard Philippe en 1970, Laurent Wauquiez en 1975. Et Emmanuel Macron en 1977.

D’une génération politique à l’autre, la mémoire de Mai-68 a conservé toute sa charge idéologique - alors même qu’elle est devenue plus consensuelle, si ce n’est évanescente dans le reste de la société.

VALMY ET AUSTERLITZ

C’est vrai en particulier à droite et à l’extrême droite où on voit la révolte étudiante et les grèves concomitantes comme le point de départ d’un effondrement de l’autorité, des valeurs et de pratiquement tout le reste.

“En finir avec Mai-68 fait partie de notre projet”, a encore déclaré Marine Le Pen le mois dernier, à Lille, sous les applaudissements des militants du Front national.

En octobre, Laurent Wauquiez - élu deux mois plus tard président des Républicains (LR) - a lui aussi fustigé les “dégâts” causés selon lui par l’esprit soixante-huitard.

“Mai-68, c’est ‘il est interdit d’interdire’, Mai-68, c’est au fond le début de la déconstruction”, a-t-il argué lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI. “Moi, je crois au contraire qu’il faut reconstruire, (...) qu’il faut redonner des repères.”

Interrogé sur les possibles festivités du cinquantième anniversaire, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes avait dit préférer qu’on célèbre les victoires militaires de Valmy et Austerlitz ou l’appel du général de Gaulle, en 1940.

Avant lui, Nicolas Sarkozy avait voulu, lors de sa campagne présidentielle de 2007, liquider “l’héritage de Mai-68 qui a introduit le cynisme dans la société et dans la politique”, “le culte de l’argent-roi, du profit à court terme, de la spéculation” - avant de passer le sujet sous silence en 2012.

Un paradoxe tant l’ex-président, deux fois divorcé, marié à une ex-mannequin devenue chanteuse, entouré d’une famille recomposée, incarne d’une certaine façon le legs soixante-huitard, ont persiflé à l’époque ses opposants.

“UN TOURNANT”

La critique de mai traverse en réalité toute l’histoire du gaullisme depuis cinquante ans.

Car, selon l’historien Jérôme Pozzi, les fidèles du général ont vécu 1968 comme une victoire à court terme - le pouvoir a tenu - mais comme une défaite à plus long terme, symbolisée par l’élection de François Mitterrand 13 ans plus tard.

“Mai-68 est un tournant dans l’histoire des droites et notamment dans la famille gaulliste. Il y a cette idée que le mouvement est une remise en cause de la République gaullienne, du bilan du général”, selon Jérôme Pozzi, maître de conférences à l’université de Lorraine.

Le thème rencontre d’autant plus d’écho à droite que cet électorat-là est en moyenne plus âgé que les autres - en témoigne le succès de François Fillon auprès des personnes âgées de plus de 65 ans et plus en 2017 - donc plus susceptible d’avoir assisté de près ou de loin aux événements.

Mais, à gauche aussi, certains dirigeants continuent à agiter le souvenir des barricades.

“À Toulouse, l’université est foudroyée par l’autoritarisme macroniste. À quand la destitution des destitueurs ? Vivement mai 68 !”, a écrit Jean-Luc Mélenchon sur Twitter, le 20 mars.

“Mai-68 reste une référence pour ce que l’on est en train de construire”, a pour sa part déclaré le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, dans une interview publiée par Le Monde le 11 avril. “On est toujours sur l’idée de partir des réalités des salariés et de les faire converger. En ce sens, la démarche est similaire.”

Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse

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