April 14, 2018 / 10:28 AM / 2 months ago

Syrie: La France défend une action légitime, "objectif atteint"

par Marine Pennetier et Jean-Baptiste Vey

Les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi par la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni contre l'arsenal chimique syrien sont "légitimes" et ont atteint leur objectif, a déclaré samedi Jean-Yves Le Drian. /Photo prise le 14 avril 2018/REUTERS/Michel Euler

PARIS (Reuters) - Les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi par la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni contre l’arsenal chimique syrien, sept jours après une attaque chimique imputée au régime de Bachar al Assad, sont légitimes et ont atteint leur objectif, a déclaré samedi la ministre française des Armées.

“Compte tenu des informations dont nous disposons, je peux affirmer que la mission est un succès”, a dit Florence Parly lors d’une conférence de presse après un conseil de défense autour du chef de l’Etat, Emmanuel Macron.

“Ses objectifs militaires sont atteints et la capacité de la Syrie à concevoir, produire et stocker des armes chimiques a été considérablement amoindrie”, a-t-elle ajouté.

“Désormais le temps est à l’action diplomatique et humanitaire”, a conclu Florence Parly, selon qui le Conseil de sécurité de l’Onu doit maintenant prendre le relais.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait dès la fin de l’opération, samedi matin, expliqué lors d’une déclaration à l’Elysée les raisons de ces raids.

“L’escalade chimique en Syrie n’est pas acceptable parce que le régime syrien avait pris l’engagement de démanteler intégralement son arsenal chimique”, a-t-il dit.

“En septembre 2013, le Conseil de sécurité avait décidé par sa résolution 2118 que la Syrie devrait se tenir à cet engagement sous peine d’encourir des mesures relevant du chapitre VII de la charte des Nations unies”, qui prévoit un “recours à des mesures militaires”.

Le régime de Bachar al Assad “savait à quoi il s’exposait en employant une nouvelle fois ces armes odieuses contre son peuple, en choisissant délibérément de défier le droit international”, a-t-il ajouté en référence à l’attaque chimique du 7 avril dans la Ghouta attribuée au régime syrien.

“L’action qui a été conduite par nos forces armées (...) est légitime, elle vise à mettre un terme à une atteinte grave au droit, elle est circonscrite à des objectifs précis : la destruction des capacités chimiques du régime syrien afin de l’empêcher de commettre de nouveaux carnages chimiques”, a poursuivi le ministre des Affaires étrangères.

PAS DE NOUVELLES FRAPPES ENVISAGÉES

Quelques heures plus tard, alors que tous les avions français étaient revenus de leur mission, Jean-Yves Le Drian a précisé sur BFM TV que de nouvelles frappes n’étaient pas envisagées à ce stade par l’armée française.

“Il faut que Bachar al Assad en tienne compte, ses alliés aussi”, a-t-il ajouté. “Si d’aventure elle (la ligne rouge-NDLR) était refranchie, il y aurait une autre intervention mais je pense que la leçon sera comprise.”

Après le conseil de défense qui a eu lieu samedi en fin d’après-midi pour évaluer l’impact des frappes, Florence Parly a annoncé que tous les missiles français avaient atteint leurs cibles et qu’il n’y avait pas de victime collatérale.

Douze missiles - trois de croisière et neuf Scalp - ont été tirés par l’armée française contre deux sites, la France ayant choisi ses cibles de manière autonome en coordination avec ses alliés, a expliqué le chef d’état-major des Armées, François Lecointre, lors de la même conférence de presse.

Cinq frégates - trois frégates multimissions FREMM, une frégate anti-aérienne et une frégate anti-sous-marine - et un pétrolier ravitailleur ont été engagés, une FREMM tirant trois missiles, ainsi que cinq Rafale, quatre Mirage 2000-5, deux Awacs et des ravitailleurs, les Rafale tirant neuf missiles.

François Lecointre a précisé que la France n’avait pas participé aux tirs sur le centre de recherche situé près de Damas mais frappé deux autre sites dans la région de Homs : un site de stockage souterrain qu’elle a frappé seule avec sept missiles Scalp qui ont atteint avec “certitude” leur cible et un site d’assemblage visé avec les Américains et les Britanniques, et qui a été détruit comme le prouvent “les images satellite”.

MACRON DANS LE BUNKER DE L’ELYSÉE

La ministre des Armées, Florence Parly, a dit que l’opération avait été menée “à 03h00 du matin heure de Paris”, avec “un raid aérien parti en début de nuit depuis plusieurs bases aériennes en France”.

L’opération a été suivie depuis le poste de commandement “Jupiter”, situé dans le bunker du palais de l’Elysée, en liaison avec l’état-major des armées. Autour de la table, Emmanuel Macron et dix membres de sa garde rapprochée, dont son équipe diplomatique et son chef d’état-major particulier l’amiral Bernard Rogel, étaient présents.

“Nous ne cherchons pas la confrontation et nous refusons toute logique d’escalade militaire”, a souligné Florence Parly. “C’est la raison pour laquelle, avec nos alliés, nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont.”

Selon François Lecointre, les forces russes présentes en Syrie ont adopté une simple attitude d’”observation” grâce au processus de “déconfliction” mené en amont, contrairement aux menaces proférées par certains officiels russes.

“Le système russe de défense n’a pas fonctionné parce qu’il n’a pas été activé contre les missiles français, britanniques et américains”, a-t-il dit.

Côté syrien, la défense sol-air a bien fonctionné, mais son activité “a été très faible, voire moins que ça”, les avions syriens étant quant à eux restés au sol, a-t-il ajouté.

LA RUSSIE POINTÉE DU DOIGT DANS UN RAPPORT

Jean-Yves Le Drian a expliqué que le déplacement d’Emmanuel Macron en Russie fin mai n’était pas remis en cause.

Pourtant, un rapport français basé sur des sources ouvertes et des renseignements déclassifiés publié samedi pointe du doigt les responsabilités de la Russie dans l’attaque chimique du 7 avril attribuée “sans doute possible” au régime de Damas.

“Il n’existe pas d’autre scénario plausible que celui d’une action des forces armées syriennes dans le cadre d’une offensive globale dans l’enclave de la Ghouta orientale”, peut-on lire.

L’utilisation de telles munitions “permet de déloger des combattants ennemis abrités dans des habitations afin d’engager le combat urbain dans les conditions les plus avantageuses pour le régime”, note le document.

Or la Russie, alliée indéfectible de la Syrie, “a indéniablement apporté un soutien militaire actif aux opérations de reconquête de la Ghouta orientale”, peut-on y lire.

“Elle a par ailleurs constamment apporté une couverture politique au régime syrien sur l’emploi de l’arme chimique, que ce soit au Conseil de sécurité de l’Onu ou à l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), en dépit des conclusions contraires du JIM” - mécanisme conjoint d’enquête ONU-OIAC.

L’extrême gauche et l’extrême droite ont été les seules samedi matin à condamner l’intervention française.

“C’est une aventure de revanche nord-américaine, une escalade irresponsable, a déclaré sur Twitter Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, selon lequel la France est intervenue “sans preuve, sans mandat de l’Onu et contre elle, sans accord européen et sans vote du Parlement français”.

Pour la présidente du Front national, Marine Le Pen, “ces frappes contre la Syrie nous engagent dans une voie aux conséquences imprévisibles et potentiellement dramatiques”.

Avec Emmanuel Jarry, édité par Yves Clarisse

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