March 30, 2018 / 1:32 PM / 7 months ago

Le pari risqué de la CGT

PARIS (Reuters) - Pari stratégique ou risque démesuré, la proposition de la CGT d’organiser une manifestation interprofessionnelle le 19 avril afin d’augmenter la pression politique, qui a été déclinée par les autres syndicats, a des allures de quitte ou double.

Pari stratégique ou risque démesuré, la proposition de la CGT d'organiser une manifestation interprofessionnelle le 19 avril afin d'augmenter la pression politique, qui a été déclinée par les autres syndicats, a des allures de quitte ou double. /Photo d'archives/REUTERS/Vincent Kessler

La CGT, qui veut profiter du mouvement de grève touchant la fonction publique et la SNCF pour arriver à une “convergence des luttes”, a annoncé qu’elle souhaitait organiser une mobilisation réunissant les “travailleurs, les privés d’emploi, les retraités et les jeunes” pour “imposer le progrès social”.

Dans une interview publiée dans l’Humanité mardi, son secrétaire général, Philippe Martinez, explique que “plutôt que de globaliser et de donner un mot d’ordre”, il veut proposer “à tous de se mobiliser sur la base de leurs propres revendications pour qu’ils agissent ensemble en même temps”.

Les syndicats représentatifs du secteur privé (FO, CFDT, CFE-CGC et CFTC) ont rapidement décliné cette offre, estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour engager les forces militantes.

“Si (la CGT) s’entête à mener des actions solitaires, elle risque de se bloquer encore plus dans un coin de l’échiquier des relations sociales”, a estimé Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du Travail (IST), en référence aux manifestations de septembre et octobre 2017 contre les ordonnances du Code du travail, faiblement suivies.

La centrale a déjà perdu dix points aux élections professionnelles de la SNCF en vingt ans, précise-t-il. Elle a également perdu sa place de premier syndicat dans le secteur privé en mai dernier au profit de la CFDT.

“UN RÉVEIL DES PEUPLES”

Selon lui, Philippe Martinez “attend un réveil des peuples”. “Si le monde grogne, il ramasse la mise, mais sinon, la CFDT et FO tireront avantage de son isolement et de sa superbe.”

Pour l’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy et président d’Alixio, Raymond Soubie, il s’agit plus d’une campagne de communication pour montrer “qu’il y a un mouvement social puissant qui est en train de se créer en France” à son initiative.

“Philippe Martinez fait moins (cette journée) pour la faire réussir que pour prouver qu’il est seul derrière l’ensemble du peuple pour enclencher un mouvement social national”, dit-il.

“C’est risqué si tout le monde dit: ‘c’est un fiasco épouvantable’”, ajoute-t-il. Mais autrement, “elle garde son image de la grande CGT, fédératrice des luttes et à la sauvegarde des travailleurs”.

Le professeur d’histoire politique et sociale à l’université de Cergy-Pontoise, Stéphane Sirot, estime pour sa part qu’on se trouve à un “tournant du quinquennat d’Emmanuel Macron” qui peut être propice pour la CGT.

“On est dans une phase où, jusqu’à l’été, il va y avoir une succession de mouvements sociaux à un rythme tout à fait inédit dans la période récente”, a-t-il dit à Reuters en référence à la grève par intermittence des syndicats de la SNCF qui commencera le 3 avril pour se terminer, théoriquement, en juin.

POUR SE “REVIVIFIER”

A cela s’ajoute une succession de mobilisations: chez les salariés de Carrefour (en grève le week-end de Pâques), les salariés d’Air France, les retraités, le personnel des maisons de retraites médicalisées (Ehpad), les magistrats, la fonction publique pénitentiaire, le secteur de l’énergie.

“Forcément, dans une stratégie syndicale, ça peut être jugé comme étant un moment où il est possible de se revivifier et de mettre en place une contre-offensive sociale.”

Près des trois quart des Français estiment que la politique sociale menée par Emmanuel Macron est injuste, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié le 21 mars.

“On voit bien qu’il y a peut être une distanciation qui est en train de s’opérer avec le pouvoir politique”, ajoute Stéphane Sirot. “Ça créé un contexte qui n’est plus du tout le même que celui de l’automne”.

Il explique également que la CGT peut vouloir organiser cette manifestation qui coïncide avec une journée de grève des cheminots pour renforcer le mouvement de ces derniers.

“La stratégie du pouvoir est de chercher à isoler ce mouvement des cheminots en faisant valoir qu’il s’agit d’une catégorie spécifique qui a des revendications particulières”, a-t-il précisé.

“On peut y voir aussi de la part de la CGT la volonté d’éviter cette stratégie d’isolement en faisant en sorte que d’autres viennent démontrer que le mécontentement est plus général.”

Edité par Yves Clarisse

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