March 29, 2018 / 10:55 AM / 6 months ago

Des députés En marche ruent dans les brancards

PARIS (Reuters) - Politique sociale, droit d’asile, réforme constitutionnelle, guerre au Yémen : les sujets sensibles font débat au sein du groupe La République en marche de l’Assemblée, où des élus font connaître leur différence par rapport au gouvernement.

Politique sociale, droit d'asile, réforme constitutionnelle, guerre au Yémen : les sujets sensibles font débat au sein du groupe La République en marche de l'Assemblée, où des élus font connaître leur différence par rapport au gouvernement. /Photo prise le 22 janvier 2018/REUTERS/Gonzalo Fuentes

“On a des divergences fortes à LaRem. Il y a des débats, du rentre-dedans. L’objectif est de trouver, à la fin, un consensus porteur d’espoir”, témoigne sous couvert d’anonymat un député quadragénaire élu, comme nombre de ses confrères, pour la première fois en juin dernier.

Dans le sillage de la création d’une aile gauche emmenée par Brigitte Bourguignon et d’une section écologiste par François-Michel Lambert, des voix discordantes osent sortir du lot, même si l’on est encore très loin d’une fronde.

De quoi contrer une opposition prompte à traiter les élus En Marche de “groupies” d’Emmanuel Macron voire de “supermarché de godillots” selon l’expression du communiste André Chassaigne.

Parmi les derniers exemples en date figure celui du député des Deux-Sèvres issu du PS Guillaume Chiche, co-auteur d’un rapport sur la politique familiale tué dans l’oeuf par un veto du député Les Républicains (LR) Gilles Lurton, hostile à toute mise en cause du quotient familial - qui consiste à réduire l’impôt sur le revenu des parents imposables.

Défenseur d’un système plus généreux avec les familles modestes, Guillaume Chiche a été désavoué par le gouvernement, partisan du statu quo, au moins pour l’instant.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a revanche prêté une oreille attentive à la proposition du député Sacha Houlié, co-fondateur des “Jeunes avec Macron”, d’un retour de la demi-part fiscale dont bénéficiaient certaines catégories de contribuables modestes, dont les veufs et veuves.

“ÇA COGITE”

Autre démarche individuelle dans un domaine réservé du président de la République, celle du député Sébastien Nadot réclamant une commission d’enquête parlementaire sur les ventes d’armes françaises aux belligérants du Yémen.

“Je ne vais pas être dans une position très facile, mais je n’ai pas été élu pour ça”, a dit à Reuters l’élu de Haute-Garonne. “Sur le fond, c’est une façon d’aller vers une sanctuarisation d’un contrôle de ce domaine-là par les parlementaires.”

Nombre de députés regrettent comme lui le manque de supervision de l’exécutif par une assemblée qui ne serait qu’une chambre d’enregistrement où le chef du groupe LaRem, Richard Ferrand, autorise le débat interne à condition que tout le monde vote les textes au final.

“On est dans un moment où on peut faire bouger des choses du point de vue institutionnel. A LaRem, ça cogite”, dit un député tandis que se poursuivent les débats sur la réforme constitutionnelle, objet de joutes avec le Sénat.

Le projet de loi “asile et immigration” qui sera discuté en séance à partir du 16 avril continue lui aussi de faire débat dans la majorité, dont l’aile gauche espère assouplir les aspects considérés comme les plus répressifs - allongement de la durée maximale de rétention pour les étrangers en passe d’être expulsés et “délit de solidarité”, par exemple.

“Puisque la puissance publique n’arrive pas à accueillir certaines personnes dont la situation est dans un entre-deux, est-ce qu’elle a le droit d’interdire que la solidarité s’exerce ?”, s’interroge un député.

CONTRE-POUVOIR

“Nous sommes plusieurs à déposer un amendement demandant un aménagement du délit de solidarité. Nous voulons aussi que ce projet de loi puisse être évalué dans un délai rapide”, a dit à Reuters la députée LaRem du Bas-Rhin Martine Wonner.

“Notre approche est collective et on ne perd pas de vue l’idée de faire évoluer le gouvernement sur une partie du texte avant qu’il arrive dans l’hémicycle”, ajoute cette psychiatre de formation, membre de la Commission des Affaires sociales.

Le sort réservé à ces amendements reste toutefois incertain. Dans les rangs de LaRem, on évoque notamment des amendements exutoires qui permettraient à des députés de s’exprimer, à la condition qu’ils soient ensuite abandonnés.

“Nous discutons, nous ‘co-construisons’ comme nous l’avons toujours affirmé, et vous verrez qu’à la fin le texte sera adopté par une large majorité”, a dit jeudi sur LCP Richard Ferrand, évoquant notamment six heures de réunion consacrées la veille à l’examen des amendements.

Face à un exécutif déterminé à réformer coûte que coûte, au risque d’être accusé d’autoritarisme, beaucoup d’élus de la majorité veulent non seulement être une force de proposition, mais aussi une forme de contre-pouvoir.

“Nous avons été élus pour évaluer le travail du gouvernement, cela fait partie de nos prérogatives”, rappelle Martine Wonner.

“Si on est juste une courroie de transmission, et pas une instance de contrôle et d’évaluation, l’abstention a de beaux jours devant elle”, prévient Sébastien Nadot.

A 14 mois des élections européennes, et à deux ans des municipales, La République en marche doit convaincre une opinion qui a placé ses espoirs en elle au printemps 2017. Les récentes défaites de ses candidats des législatives partielles dans le Val-d’Oise, à Belfort, en Haute-Garonne et dans le Loiret sonnent, pour elle, comme autant d’avertissements.

Avec Julie Carriat et Myriam Rivet, édité par Yves Clarisse

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