March 27, 2018 / 2:09 PM / 6 months ago

Des dissonances à droite sur les "fichés S"

PARIS (Reuters) - Les propositions de Laurent Wauquiez en matière de lutte antiterroriste ne font pas l’unanimité à droite, certaines figures de l’opposition n’hésitant pas à exprimer des réserves sur la question particulière des personnes sous surveillance.

Les propositions de Laurent Wauquiez en matière de lutte antiterroriste ne font pas l'unanimité à droite, certaines figures de l'opposition n'hésitant pas à exprimer des réserves sur la question particulière des personnes sous surveillance. /Photo prise le 7 décembre 2017/REUTERS/Robert Pratta

Le président des Républicains (LR) a solennellement réclamé lundi l’internement des islamistes “les plus dangereux” et l’expulsion de “ceux qui ne sont pas français”, sans plus de précisions sur les implications juridiques de ces dispositifs.

“Il faut les mettre hors d’état de nuire avant qu’ils ne fassent couler le sang”, a dit Laurent Wauquiez lors de cette déclaration aux accents de réquisitoire anti-Macron prononcée trois jours après les attaques de Trèbes et Carcassonne (Aude), commises au nom de l’Etat islamique (EI).

Dès lundi, le sarkozyste Frédéric Péchenard, ex-directeur général de la police nationale, a jugé que des mesures de rétention imposées à des milliers de personnes faisant l’objet de fiches “S” n’auraient “pas beaucoup de sens”.

“C’est très difficile techniquement mais c’est très difficile bien sûr juridiquement”, a estimé l’ex-policier, aujourd’hui élu à la région Île-de-France, sur Europe 1.

Le patron du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, a pour sa part déclaré sur Public Sénat qu’il fallait commencer par utiliser l’arsenal existant.

A l’Assemblée, les députés LR ont unanimement souscrit mardi à la ligne Wauquiez lors d’une réunion de groupe, selon le vice-président de LR Damien Abad. Mais, a-t-il ajouté devant la presse, le sujet doit encore être débattu lors d’un bureau politique du parti, en fin de journée.

“Il ne s’agit pas de jeter l’anathème sur le gouvernement”, a également déclaré Damien Abad, nettement plus mesuré que son président pour qui Emmanuel Macron “ne combat pas le terrorisme” et fait preuve d’une “coupable naïveté”.

“CONCOURS LÉPINE”

L’ambiguïté réside principalement dans la nature du fichier S, qui permet aux renseignements de répertorier plus de 25.000 personnes sous surveillance, dont quelque 10.000 pour radicalisation, mais ne vaut pas déclaration de culpabilité.

Parallèlement, un autre fichier, celui des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), crée en 2015, recense près de 20.000 personnes.

Selon la députée LR Valérie Boyer, les déclarations de Frédéric Péchenard s’expliquent par un “amalgame qui est malvenu”.

“Non, ce n’est pas les fichiers S. Nous, ce que nous demandons, ce sont les personnes qui sont sur le fichier des radicalisés, qu’on appelle improprement fichier S aussi”, a-t-elle déclaré à la presse mardi.

Laurent Wauquiez a pourtant explicitement parlé des fichés “S” à plusieurs reprises depuis 2015.

Invité mardi sur Europe 1, le vice-président de LR Guillaume Peltier a mentionné à la fois le fichier S et le fichier FSPRT pour défendre les mesures de rétentions préventives, en invoquant d’autres critères, comme la “consultation régulière de sites salafistes”, et la “fréquentation de mosquées salafistes”.

Comme Laurent Wauquiez, Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), a énuméré lundi des propositions empruntant au même registre de la fermeté, comme l’expulsion des ressortissants étrangers fichés S ou la déchéance de nationalité pour les binationaux.

“Je trouve assez lamentable, indigne et minable le concours Lépine (...) de la bonne idée qui va protéger tous les Français”, leur a répondu mardi le centriste Jean-Christophe Lagarde, par déclarations à la presse interposées, dans une allusion transparente.

“Est-ce qu’on pense qu’on va interner 20.000 personnes. Il faut arrêter de prendre les gens et les Français pour des c.. au prétexte de l’émotion qu nous saisit tous”, a encore dit le président de l’UDI, qui fut un allié naturel de l’UMP puis de LR jusqu’à la rupture de facto de leur pacte ces derniers mois.

Simon Carraud, édité par Yves Clarisse

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